Y2054
Pensées



Y2054 Pensees

Sur un banc, dans un jardin, à Stockholm, un voisin. Il s’avère qu’il est iranien, qu’il a fui la révolution islamiste. Il a dû apprendre le suédois, et sa vie a totalement changé en raison du fanatisme, qui a touché son Iran du nord. Nous avons des téléphones de même marque : coréens, Samsung. Il me montre ses photos, depuis le temps où il était étudiant. A-t-on le droit d’orienter tellement différemment la vie des gens ?

Une grande impatience au pied des ascenseurs, qui mettent longtemps à arriver… Mais eux sont impassibles, sans nous communiquer leur patience.

"Anéantissement du moi"… Un slogan de bon ton, de l’ordre du "moralement correct". En général, l’affirmation coexiste avec l’égoïsme le plus éhonté, l’agressivité la plus démesurée. Faire semblant.

L’humilité ne se dit pas humble ; la grandeur ne se dit pas grande.

Pauvres gens, qui distribuent des publicités. Ne pas les confondre avec les prescripteurs impérieux, au nom de la manière normale, disent-ils, de vivre.

La virulence, au lieu des idées ; elle en tient lieu, et l’agressivité prend toute la place.

Des otages… Un attentat à Tel Aviv, dans un restaurant. Quatre morts, cinq blessés. Réaction d’Israël ? Annuler le voyage de 83 000 Palestiniens, qui partaient à cause du Ramadan. Quel rapport entre les deux ? Tout Palestinien est un suspect en puissance ? La logique des nazis, après un "honteux attentat". Imaginer que ce genre de représailles, de pure vengeance inutile, aura le moindre impact positif. Mais les dirigeants d’Israël sont plutôt brutaux, vindicatifs, méprisants. Un soufi, Aboul Hasan Karaqani, parle de la ferveur des Juifs, qui s’adressent à Dieu. Pour lui, celle de toute une vie correspond à la ferveur musulmane d’un seul instant. Pourquoi ? Parce que les musulmans sont les chéris de Dieu, et les Juifs des vulgaires, qui n’ont rien à voir avec lui. On lit que "Jérusalem vomit les Juifs". Qu’ont-ils à voir, en effet, avec cette ville, trop sainte pour eux ?Le même mépris, chez les chrétiens et les musulmans. Quant aux Juifs eux-mêmes, ils ne sont pas très différents.

Publicité murale : Kovac, nous aimons ce que tu fais, nous admirons la manière dont tu le fais. Tout cela, pour un candidat. A moins qu’il s’agisse d’un champion sportif. Saints de notre époque démunie, se vouant au néant, faute d’autre chose. Tu n’as aucune qualité, mais tu en admires une autre. Celle d’un héros evhémérien, passager ou plus durable. Mais toi, tu n’as rien, te contentant de choisir ton idole, et de la révérer, la substituant à toi.

Poutifar est homosexuel ; il délaisse sa femme. Achète Yossef au marché aux esclaves, ébloui par lui, par la blancheur de sa peau. Quand il cherche à prendre possession du corps de son serviteur, Gabriel intervient, et le châtre. Voici un précurseur d’Abélard, mais lui avait pu prendre cette Héloïse. D’avance, il avait dit, sans la connaître encore, si elle ne veut pas être ma maîtresse, je la violerai. Le viol, une pré-castration. Poutifar était le chef des cuisiniers, ou des bourreaux. Mutilé par Gabriel, il change de vocation, et devient Poutifar, Cohen de On. On, qui ressemble à Aïn ; mais ici, le néant. Le dieu Atoum, avec son ennéade de neuf dieux. Il a créé le monde, en crachant ou en se masturbant. Dans une solitude absolue, qui exclut tout amour. Vie de Poutifera, qui a acquis une lettre dans son nom, en même temps qu’il perdait un morceau essentiel de chair.

L’ascèse, une erreur. Un renoncement, comme si Dieu, qui nous a créés, était férocement hostile à notre bonheur. Au contraire, la joie, dans toutes ses modalités, est une merveille. Mais, si possible, sans méchanceté, celle qui viole le monde, parce qu’elle est incapable de bonheur.

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