O15988
Catholicisme, Education nationale ? Couvrir, sans aucune morale, toutes les pédophilies, légitimes, sans importance…



O15988 Catholicisme, Education nationale ? Couvrir, sans aucune morale, toutes les pedophilies, legitimes, sans importance...

Catholicisme, Education nationale ? Couvrir, sans aucune morale, toutes les pédophilies, légitimes, sans importance…



Le Monde



10-11-17



Dans « Péché originel », enquête sur la corruption au Vatican, le journaliste italien Gianluigi Nuzzi relaie un témoignage explosif pour le Saint-Siège.



Ce témoin s’appelle Kamil Tadeusz Jarzembowski. De 2009 à 2014, de l’âge de 13 ans à 18 ans, ce jeune Polonais était résident au pré-séminaire Saint-Pie-X. Installée dans le palais Saint-Charles, à quelques mètres de la basilique Saint-Pierre et de la résidence Sainte-Marthe, où loge le pape François, cette institution accueille de jeunes garçons venus du monde entier. Collégiens ou lycéens qui s’interrogent sur une éventuelle vocation sacerdotale, ils sont aussi les servants de messe de la basilique Saint-Pierre. En résumé, ce sont les enfants de chœur du pape.
Kamil Tadeusz Jarzembowski raconte que pendant l’année scolaire 2011-2012, la nuit, un ancien élève du pré-séminaire, autorisé par le recteur à continuer d’y résider pour préparer un cursus de séminariste, contraignait son camarade de chambre à des rapports sexuels.
Un silence très embarrassant
La victime avait « 17 ou 18 ans ». Sans position hiérarchique officielle, l’agresseur était cependant, aux dires de cet informateur, protégé par l’évêque recteur du pré-séminaire, dont il avait la confiance. De ce fait, il était investi d’une autorité aux yeux des jeunes garçons. Selon Kamil Tadeusz Jarzembowski, il exerçait « une forme de pouvoir et d’intimidation sur les séminaristes les plus jeunes ».
Cette affaire a eu lieu il y a quelques années déjà. Mais elle concerne le pontificat du pape François pour deux raisons. La première est que la victime, aux dires de Gianluigi Nuzzi, a informé le pape François lui-même de ce qui lui était arrivé à l’occasion d’une audience place Saint-Pierre, en mai. Kamil Tadeusz Jarzembowski aurait pour sa part été entendu par des carabiniers italiens récemment.
La seconde raison est que le jeune homme, perturbé et déprimé par ce dont il avait été témoin nuit après nuit, dit avoir alerté, au fil des mois et des années, différents supérieurs hiérarchiques du recteur du pré-séminaire de ce qui se passait la nuit dans les chambres de l’internat. Avec pour seul résultat des fins de non-recevoir et, pour finir, un renvoi du pré-séminaire avant la fin de sa scolarité. L’agresseur, lui, a été ordonné prêtre cet été.
A l’évidence, les appels du pontife aux autorités ecclésiastiques à intervenir rapidement lorsqu’elles ont connaissance d’agressions sexuelles sur des mineurs ou des personnes vulnérables ne sont pas entendus au cœur même du Vatican. Le livre touche là directement à un sujet – la lutte contre les agressions sexuelles, notamment pédophiles – qui est d’autant plus douloureux pour le Saint-Siège que les efforts déployés par François, après Benoît XVI, sont aujourd’hui pour le moins parasités par l’image d’un cardinal Pell – chargé par le pape de toute la réforme économique de la curie –, lui-même accusé d’avoir commis des agressions il y a des décennies lorsqu’il était évêque en Australie.
Du plomb dans la réforme
Cet exemple serait symptomatique d’un mal plus général qui contribuerait largement à paralyser toute volonté de réforme de la machine vaticane. Des « fantômes du passé réapparaissent soudain pour semer le désarroi et le découragement, avec des conséquences déstabilisantes sur l’action réformatrice de François », écrit Gianluigi Nuzzi.
Dans le cas du cardinal Pell, soutient-il, soit personne n’était suffisamment informé des accusations portées en Australie à son encontre pour déconseiller à François d’en faire son bras droit, ce qui ne plaiderait pas en faveur de l’efficacité des services concernés. « Soit, au contraire, on a choisi, délibérément, de cacher ce passé au pape afin de l’affaiblir, d’ébranler sa détermination à mener à bien une politique de changement », écrit le vaticaniste.
Lire aussi : Pédophilie : les demandes des victimes à l’Eglise
Gianluigi Nuzzi attribue à cette mécanique de torpillage interne la renonciation de Benoît XVI au trône de Pierre. Et, d’après lui, elle est toujours à l’œuvre. Il tente de le démontrer à propos des finances du Vatican. Au long de chapitres parfois très techniques et parfois pointillistes, le journaliste retrace les faux-semblants de l’assainissement de la « banque du Vatican », l’Institut pour les œuvres de religion (IOR).
Il remonte aux fréquentations douteuses de Mgr Paul Marcinkus, son président dans les années 1970 et 1980, époque où l’IOR était lié à des scandales financiers retentissants, dont certains se sont conclus par des morts violentes ; et il analyse les relations entre les dirigeants et les papes successifs. Il met en évidence des mouvements de fonds aussi spectaculaires qu’inexplicables sur les comptes des plus hautes personnalités du Saint-Siège.
Il en tire la conviction que les réseaux, les mécanismes, et parfois les personnes qui ont par le passé entravé la réforme demeurent aujourd’hui à l’œuvre. On referme Péché originel avec le sentiment que la volonté de changement d’un pape, fût-elle celle vigoureusement exprimée dès son élection par François, n’est qu’un outil bien fragile face aux pesanteurs de cette institution bimillénaire.

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