O15985
Le Monde : "Les Dragons"



O15985 Le Monde : "Les Dragons"

"Les Dragons"

Le Monde

15-04-06



Les dragons, mythe universel




Les dragons ont résisté longtemps. Mythe fondateur de plusieurs cosmogonies antiques sur plusieurs continents, cet animal composite, né de toutes pièces de l'imagination humaine, a été "tué" officiellement par Georges Cuvier (1769- 1832), lorsque ce dernier a instauré les bases de la classification des grands groupes animaux. Jusqu'alors, on trouvait encore de faux dragons dans les cabinets de curiosités ou dans le commerce.
Pour retracer ce mythe universel, ses origines et ses multiples aspects, le Muséum national d'histoire naturelle lui consacre une exposition, "Dragons entre science et fiction", dans la Grande Galerie de l'évolution, à Paris. Cette manifestation prend le relais, sous une forme renouvelée, de celle qui a eu lieu avec succès sur le même sujet en 2005 au château de Malbrouck, à Manderen (Moselle).
L'exposition parisienne, coproduite par le conseil général de Moselle et le Muséum, offre une approche plus naturaliste. Elle mélange des objets, des textes et des films, pour "être à la fois didactique, scientifique, ludique et poétique, explique son commissaire exécutif, Patrick Absalon. Le dragon est un animal mythique. Avec cette thématique, nous sommes à la frontière de l'histoire naturelle et de l'histoire culturelle. Cet être étrange nous permet de voyager de l'un à l'autre, la frontière étant devenue poreuse".
La trace la plus ancienne du dragon (qui vient du mot grec drakon, lui-même dérivé du verbe derkomai, qui signifie "regarder avec intensité"), vieille de six mille ans, a été découverte en Chine. Encore fêté aujourd'hui comme symbole du renouveau, de la fertilité et de l'abondance, le dragon chinois est à l'origine des dynasties impériales. Mais du serpent à plumes des Aztèques (Quetzalcoatl) au dragon-serpent en Indonésie, du Tiamat de Mésopotamie au dragon de Saint-Georges en Europe, le mythe a connu sur toute la planète une étonnante diversité de formes. Et c'est ce que montre la première partie de l'exposition, qui, pour mieux explorer l'imaginaire lié à cet animal mystérieux, a été divisée en trois.
La deuxième partie propose une définition du monstre, être hybride constitué d'un fond reptilien auquel on a ajouté différents caractères. Doté d'ailes et de dents acérées, il crache souvent le feu. Mais c'est aussi l'animal préféré des alchimistes grâce à sa maîtrise des quatre éléments : l'air, le feu, la terre et l'eau.
Symbole de vie en Asie, il est, pour l'Occident chrétien, le Malin, présent à la fin du monde dans l'Apocalypse, où il finit terrassé par l'archange Michel. Pour illustrer les différentes missions de l'animal mythique, sont présentées de belles pièces historiques : bijoux, sculptures, peintures.
Mais il ne faut pas oublier l'aspect scientifique de nos dragons, nés de l'imagination des humains, car ces derniers rencontraient des restes qui les intriguaient : rostre d'espadon interprété comme étant la langue du dragon, crâne d'ours des cavernes ou ossements de dinosaures. A l'aube de la paléontologie, les premières reconstitutions des terribles lézards emprunteront d'ailleurs de nombreux caractères aux dragons.
Et ce sont deux dragons-dinosaures de dessin animé que l'on voit préparer leurs bagages en toute hâte pour courir vers l'arche de Noé... qu'ils rateront.

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