O15934
Internet : "Abu Nuwas"



O15934 Internet : "Abu Nuwas"

"Abu Nuwas"

Internet



J'ai quitté les filles pour les garçons

et, pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire.

Loin du droit chemin, j'ai pris sans façon

celui du péché, car je le préfère.

J'ai coupé les rênes et sans remords

j'ai enlevé la bride avec le mors.



Ô mes amis, puisse mon infortune

vous servir de leçon ! N'offrez pas de festin

de noce, car vite au chagrin

le bonheur fera place. Le mariage est une

éternelle prison pour nos mésaventures.

Restez-donc loin des femmes, et masturbez-vous !

Il n'est rien de meilleur ici-bas, après tout.



Ibrâhim an-Nazzâm nous tient

de vrais propos blasphématoires.

Il me surpasse en athéisme

et son hérésie est notoire.

Lui dit-on : « Que bois-tu ? » Il répond : « Dans mon verre ! »

Lui dit-on : « Qu'aimes-tu ? » Il répond : « Par-derrière ! »

— « Et que délaisses-tu ? » Réponse : « La prière ! »

On lui dit : « Que crains-tu ? » Il dit : « Rien que la mer ! »

On lui dit : « Que dis-tu ? » Il dit : « Ce qui est mal ! »

Puisse Dieu le brûler dans le feu infernal.



Dis-moi : « voilà du vin ! », en me versant à boire.

Mais surtout, que ce soit en public et notoire.

Ce n’est qu’à jeun que je sens que j’ai tort.

Je n’ai gagné qu’en étant ivre-mort.

Proclame haut le nom de celui que tu aimes,

car il n’est rien de bon dans les plaisirs cachés.



De bon matin, un faon gracieux me sert à boire.

Sa voix est douce, propre à combler tous les vœux.

Ses deux accroche-cœurs sur ses tempes se cabrent.

Toutes les séductions me guettent dans ses yeux.

C'est un Persan chrétien, moulé dans sa tunique,

qui laisse à découvert son cou plein de fraîcheur.

Il est si élégant, d'une beauté unique

qu'on changerait de foi — sinon de Créateur —

pour ses beaux yeux. Si je ne craignais pas, Seigneur,

d'être persécuté par un clerc tyrannique,

je me convertirais, en tout bien tout honneur.

Mais je sais bien qu'il n'est qu'un Islâm véridique...



Ce que les pantalons ont caché se révèle.

Tout est visible. Rince-toi l'œil à loisir.

Tu vois une croupe, un dos mince et svelte

et rien ne pourrait gâcher ton plaisir

On se chuchote des formules pieuses...

Dieu, que le bain est chose délicieuse !

Même quand, venant avec leurs serviettes

Les garçons de bain ont troublé la fête.



Vin clairet de jarre,

Soleil de nuit noire,

Larme à la paupière,

Vin du Paradis!

Au soleil d'antan,

D'un jaune safran,

Pupille persan

Qu'en geôle on a mis!

J'ai vu un barbare

Venu d'un village.

Il frappa la jarre:

d'un seul coup s'y prit.

Lors jaillit le vin:

De face il nous vient.

En jarre il devient

Épuisé, vieilli.

Il répand l'odeur

De l'absinthe en fleur,

Pour les francs-buveurs,

Au ciel obscurci.




J’ai quitté les filles pour les garçons



et pour le vin vieux, j’ai laissé l’eau claire.



Loin du droit chemin, j’ai pris sans façon



celui du péché, car je le préfère.



J’ai coupé les rênes et sans remords



j’ai enlevé la bride avec le mors.



Je meurs d’amour pour lui, en tout point accompli



et qui se perd en entendant de la musique.



Mes yeux ne quittent pas son aimable physique,



sans que je m’émerveille à le voir si joli.



Sa taille est un roseau, sa face est une lune



et de sa joue en feu ruisselle la beauté.



Je meurs d’amour pour toi, mais garde mon secret :



Le lien qui nous unit est une corde sûre.



Que de temps il fallut, pour te créer, aux anges !



Tant pis pour les envieux : je chante ta louange.



Ce que les pantalons ont caché se révèle.



Tout est visible.



Rince toi l’œil à loisir.



Tu vois une croupe, un dos mince et svelte



Et rien ne pourrait gâcher ton plaisir.



On se chuchote des formules pieuses…



Dieu que le bain est chose délicieuse !



Même quand, venant avec leurs serviettes,



Les garçons de bain ont troublé la fête.



Cinq fois par jour je fais pieusement mes prières.



Docile, je confesse l’Unité de Dieu.



Je fais mes ablutions lorsqu’il me faut les faire.



Je ne repousse pas l’humble nécessiteux.



Une fois l’an, j’observe tout un mois de jeûne.



Je me tiens à distance de tous les faux dieux.



Il est vrai, cependant, que point ne suis bégueule



et que j’accepte un verre quand il est en jeu.



J’arrose de vin pur la bonne viande



de chevreaux et cabris gras et pleins de saveur,



avec œufs et vinaigre et des légumes tendres,



souverains contre la migraine du buveur.



Et quand un gibier passe à ma portée,



Je me jette dessus comme un loup affamé.



Mais je laisse à l’Enfer l’hérétique portée



des Shiites, pour qu’ils y brûlent à jamais.

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