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Pierre Hadot : "Arianisme"



"Arianisme"

Pierre Hadot



La doctrine qu'Arius se mit à prêcher à Alexandrie vers 320 apparaît comme plus philosophique que théologique. Pour lui, les personnes divines, au sein de la Trinité, ne peuvent être ni égales ni confondues.



La marque absolue de la divinité est, en effet, d'être non seulement incréée mais inengendrée : seule la personne du Père correspond à une telle définition. Le Fils de Dieu ne peut donc pas être aussi pleinement Dieu, puisqu'il a été engendré par le Père. Dieu second, il occupe une place intermédiaire entre le Dieu le plus transcendant et la création. Ainsi, Arius, aboutit à un monothéisme strict.



Mais son Dieu unique, inconnu, inconnaissable, infini, immuable, sans commencement ni origine et qui ne peut communiquer avec le cosmos que par l'intermédiaire du Fils, est, malgré un recours constant aux arguments tirés de l'Écriture, plus philosophique que biblique. Partant d'une distinction habituelle aux théologiens orientaux, entre le Logos divin et le Fils de Dieu, Arius transporte de l'Incarnation au commencement du temps l'origine du Fils. Par là, il transfère au Fils de Dieu, ainsi postulé comme pré-existant, toutes les fonctions d'ordonnateur du cosmos attribuées habituellement au Logos, puissance de Dieu. Il souligne ainsi fortement la subordination du Fils au Père, inférieur et postérieur à Dieu.



Dans ce système éclectique, on relève sans peine la marque d'un subordinatianisme hérité en partie de la théologie de Paul de Samosate, qui avait été condamnée au IIIe siècle, et en partie de l'œuvre, toujours prestigieuse en Orient, d'Origène. On y décèle aussi l'influence très nette d'une philosophie néo-platonicienne pour laquelle la procession du Fils marque une diminution de la plénitude de l'Être de Dieu. Ainsi s'expliquent la genèse et le succès de l'arianisme. Il est, au fond, une tentative d'explication philosophique du mystère de l'Incarnation, dans un cadre conceptuel qui est celui de la pensée philosophique grecque et par une interprétation rationaliste de certains passages de l'Écriture.

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