O15831
Wikipédia : "Elkasaï"



O15831 Wikipedia : "Elkasai"

"Elkasaï"

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Elkasaï est le pseudonyme symbolique d'un personnage à l'origine du mouvement judéo-chrétien, baptiste et gnostique que les Pères de l'Église appellent « elkasaïtes », du nom de ce fondateur1, alors que le groupe pourrait s'être donné les noms de « sobai » (Sabéens) et sampséens. « Elkasaï » est un nom symbolique2 qui provient de l'araméen3 et signifie « force cachée » ou « pouvoir caché » et est donc probablement un surnom que lui auraient donné ses partisans. Il connait de multiples graphies, notamment chez les hérésiologues chrétiens écrivant en grec.
Après avoir proclamé un nouveau baptême de rémission des péchés vers l'an 100 (la « troisième année du règne de Trajan »), Elkasaï aurait eu une révélation vers 115 d'où serait né un livre connu sous le titre de Livre d'Elkasaï ou Apocalypse d'Elkasaï (« Révélation d'Elkasaï »). Celui-ci a complètement disparu aujourd'hui, et n'est connu qu'indirectement par les écrits de ces hérésiologues chrétiens, qui racontent que, pour ses disciples, ce livre était descendu du ciel4. Certains auteurs détectent aussi des passages de ce livre dans la Vita Mani, livre de référence du Manichéisme.
Une partie de la recherche avance l'hypothèse que le mouvement elkasaïte a été fondé à partir d'un groupe juif déjà existant, qui se caractérisait essentiellement par des pratiques baptistes et serait apparu vers le début du IIe siècle2 en Syrie sous domination parthe. Il est possible qu'Elkasaï, avant de fonder son propre groupe, ait été un judéo-chrétien ébionite5, ou voisin de l'ébionisme, mais se rattachant à la Syrie de l'Est6. Il aurait ainsi créé un nouveau groupe religieux se désignant sous le nom de « sampséen »5.
Le mouvement elkasaïte est documenté de manière indirecte à partir du IIIe siècle jusqu'au IVe siècle chez les hérésiologues chrétiens7. Au Xe siècle, il réapparait chez des auteurs arabes8. Il disparait à un moment inconnu après cette date. Le caractère indirect, partial et parcellaire des sources rend difficile l'approche du mouvement9.
« Dans la Vita Mani, le nom du fondateur du mouvement est fourni sous la forme Alchasaiois : elle correspond à la forme Elchasai d'Hippolyte de Rome, mieux attestée et plus ancienne que celle d'Épiphane12. » Dans les notices du Kitab-al-Fihrist d'Ibn al-Nadim, datant de la fin du Xe siècle, « le fondateur de la communauté est appelé al-Khasayh (ou al-Hasayh dans certains manuscrits)12. »
Derrière ces différentes transcriptions, l'expression araméenne « Chail Kasai » (« force cachée » ou « pouvoir caché ») se fait toujours entendre. Épiphane de Salamine indique d'ailleurs dans son Panarion que c'est le sens que veut rendre en grec le nom « Elxaï »13. C'est en effet ce qu'essaye de rendre la translittération grecque « El », « force/ pouvoir » et « Chai » ou « Dzai », « caché »12,14.
Ce nom symbolique ouvre la voie à la contestation de l'existence de ce personnage par les chercheurs. Toutefois, rien ne s'oppose à considérer que ce nom a été donné par ses disciples à un personnage réel, qui aurait vécu au IIe siècle à l'est de l'Euphrate dans l'Empire parthe15, la Vita Mani étant la source la plus affirmative à ce sujet. Mani, cité par ses disciples les plus proches, y parle d'Elkasaï comme d'une personne réelle et d'un fondateur de mouvement religieux15. On ignore si son nom était tout autre à l'origine ou si ce nom positif a été créé par ses partisans grâce à la proximité phonétique avec son nom véritable, comme les Juifs de l'époque le faisaient très souvent (technique midrashique). D'après Simon Claude Mimouni, « son nom est de toute évidence symbolique, il a cependant été porté par un personnage historique dont le patronyme véritable demeurera à jamais dans l'anonymat16. »
Il semble cependant que le mouvement elkasaïtes se soit plutôt donné le nom de « sampséens »17,18.
Le texte attribué à Hippolyte de Rome, qui qualifie Elkasaï de « parthe », témoigne de l'ancrage de la figure phare du mouvement en Parthie, c'est-à-dire dans le judaïsme babylonien de son temps, d'ailleurs fort mal connu19. Dans une des versions de sa révélation, un ange lui aurait remis le livre qui porte son nom, alors qu'il se trouvait à « Serae » dans l'empire parthe. Ce qui est rapporté sur l'origine géographique d'Elkasaï est contradictoire20. Selon Johannes Irmscher, le plus digne de crédit sont des références d'Épiphane de Salamine21, qui pointent vers la région située à l'est du Jourdain20.
Elkasaï aurait prêché un nouveau baptême de repentance dans la troisième année du règne de Trajan (100). Selon Simon Claude Mimouni, la documentation en notre possession permet d'avancer l'hypothèse qu'un personnage nommé Elkasaï, judéo-chrétien ébionite, a créé son propre mouvement religieux « à partir d'un groupe juif déjà existant. [Celui-ci] se caractérisant essentiellement par des pratiques baptistes, pourrait être celui des « osséens »22 mais les membres se désignent eux-mêmes sous le nom de « sampséen ». Il aurait été établi vers la fin du Ier siècle en Syrie, alors sous domination parthe »5. Cette hypothèse est à rapprocher de celle de Jean Daniélou pour qui « l'elkasaïsme est un mouvement judéo-chrétien hétérodoxe, voisin de l'ébionisme, mais se rattachant à la Syrie de l'Est6 », c'est-à-dire à l'Osroène et l'Adiabène, régions de langue araméenne situées à l'Est de l'Euphrate.
D'après Épiphane de Salamine, Elkasaï était un juif de naissance et de croyance, devenu fondateur d'un nouveau groupe après avoir rejeté le fondement culturel et social du judaïsme, à savoir le sacrifice sanglant instauré par les patriarches et perpétué dans la pratique pascale, au cours de laquelle la victime animale est égorgée puis consumée par le feu sur l'autel. Ainsi, au sang et au feu des sacrifices, Elkasaï oppose l'eau, qui devient ainsi l'instrument thaumaturgique du mouvement23.
Elkasaï aurait reçu sa révélation vers 114-117, c'est-à-dire en pleine révolte judéo-parthe contre l'invasion de la région par l'Empire romain, dirigé alors par Trajan. C'est dans ce contexte qu'aurait été rédigée l'Apocalypse (« révélation ») d'Elkasaï.
L'auteur de l'Apocalypse d'Elkasaï parle à la première personne et s'adresse avec autorité à ses disciples, qu'il appelle « enfants »24,25. Il s'agit donc d'un responsable de communauté, se présentant comme son témoin au moment du jugement dernier26, à l'égal de Jésus qui, dans l'Apocalypse attribué à Jean, est qualifié de « témoin fidèle »27,25.
D'après Épiphane, Elkasaï aurait eu un frère du nom de Iedzai28,19. Selon Simon Claude Mimouni, « il s'agit peut-être d'une référence implicite à une tradition elkasaïte concernant la gémellité d'Elkasaï, symbolique fort développée au Proche-Orient ancien19. »

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