O15811
Wikipédia : "Circé"



O15811 Wikipedia : "Circe"

"Circé"

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MYTHE GREC



Dans la mythologie grecque, Circé (en grec ancien « oiseau de proie1 ») est une magicienne très puissante, qualifiée par Homère de p???f??µa??? / polyphármakos, c'est-à-dire « particulièrement experte en de multiples drogues ou poisons, propres à opérer des métamorphoses ». Elle est connue tantôt comme une sorcière, tantôt comme une enchanteresse.
Circé est la fille d’Hélios (le Soleil) et de l’OcéanidePerséis, sœur d’Éétès et de Pasiphaé2.
Homère3, Hésiode2 et Cicéron4 la considèrent, de par sa naissance, comme une déesse à part entière, ce qui ne semble pas avoir été le cas du reste de sa parentèle.
Elle apparaît principalement au chant X de l’Odyssée : elle habite dans l’île d’Ééa, dans un palais situé au milieu d’une clairière, entouré de loups et de lions, autrefois des hommes qu'a ensorcelés Circé. C’est là qu’elle a autrefois, si on en croit les récits argonautiques, recueilli et purifié Jason et Médée (sa nièce, fille d’Éétès) après le meurtre d’Absyrtos5.
Quand Ulysse et ses compagnons abordent l’île, vingt-deux d’entre eux, menés par Euryloque, se laissent attirer jusqu’au palais par une voix harmonieuse6. La magicienne les accueille et leur offre un cycéon, breuvage composé de gruau d’orge, de miel vert, de fromage et de vin de Pramnos auquel elle ajoute un poison7. Dès qu’ils ont bu, elle les transforme d’un coup de baguette en porcs. Euryloque, resté dehors, court avertir Ulysse, qui part à la recherche de Circé. Le dieu Hermès lui apparaît alors sous la forme d’un beau jeune homme tenant un roseau d’or. Le dieu Hermès à la baguette d’or lui remet l’herbe « moly » (µ??? / m?lu) et lui donne des instructions pour triompher de Circé8. Quand il arrive chez la magicienne, celle-ci lui offre le cycéon, mais elle échoue à le transformer d’un coup de baguette. Ulysse tire son épée ; apeurée, Circé lui offre de partager son lit. Là encore, Ulysse, suivant les recommandations d’Hermès, demande à la magicienne de jurer par « le grand serment des dieux » qu’elle ne cherchera plus à lui faire de mal9. Cela fait, Ulysse et Circé s’unissent, puis elle rend aux compagnons leur apparence humaine10. Un an s'écoule. Elle aide enfin le héros et son équipage à préparer leur départ11, en leur conseillant d'aller consulter le devin Tirésias aux Enfers.
De ses amours avec Ulysse, elle aurait conçu plusieurs enfants (leur nombre et leur nom divergent beaucoup selon les traditions) : Télégonos, Latinos, Agrios, Cassiphoné, Nausinoos, Nausithoos, etc. On prête en outre à Circé bon nombre d’enfants nés de liaisons avec plusieurs Olympiens. Ainsi, dans les Dionysiaques, Nonnos de Panopolis lui attribue-t-il la maternité de Phaunos, l’équivalent du Faunus latin, issu de ses amours avec Poséidon.



MYTHE ROMAIN



Le logographe grec Denys de Milet12 fait de Circé la fille d’Éétès et d’Hécate, déesse lunaire de la sorcellerie qui préside aux incantations. Toujours selon lui, elle épouse le roi des Sarmates, qu’elle empoisonne. Chassée une première fois par ses sujets, elle fuit sur une île déserte, ou selon d’autres, vers l’Italie où elle fonde Circaeum, aujourd'hui Monte Circeo, dans le Latium. C'est ainsi que les auteurs romains la relient à leur propre mythologie. Chez Ovide, elle se distingue alors par de nombreuses actions malfaisantes, transformant par exemple Scylla en monstre marin13 par jalousie, et le roi Picus en pivert14.



Au Moyen-Âge on la retrouve dans les légendes populaires d’Italie, mêlée à la figure d’Hérodiade sous le nom d’Aradia, fille de Diane et de Lucifer.



Sous sa forme homérique, l'épisode de Circé laisse deviner en filigrane des réalités culturelles particulières[travail inédit ?]. On peut accorder crédit aux informations données dans l'Odyssée à cette occasion : elles sont en effet puisées chez les navigateurs et commerçants grecs venus d'Eubée qui fondèrent des colonies sur la côte de Campanie15. L'histoire étrange et mouvementée de la rencontre entre Circé, déesse ensorceleuse, et un héros menacé d'un péril inédit touchant à son être même, mais finalement séduit par elle, célèbre, sur le mode épique et poétique, les aventures et les prouesses des gens de mer au contact d'une culture étrangère. Le texte d'Homère, examiné avec soin, livre assez d'informations pour laisser entrevoir cette culture.[travail inédit ?]
Une tradition ininterrompue depuis l'Antiquité a localisé la demeure de Circé en Italie, au promontoire du Monte Circeo, qui perpétue le souvenir de la magicienne[réf. souhaitée]. Ce cap, d'une hauteur de plus de 540 mètres, est bien visible du large ; il constituait donc un de ces amers inoubliables pour tous les navigateurs hauturiers. Il se trouve à l'extrémité sud des marais Pontins, non loin de Terracine. Grimpé au sommet d'une éminence rocheuse, Ulysse le découvre tel une île, ce que fut jadis le Monte Circeo, avant d'être rattaché à la plaine par les boues et les bois des marais Pontins ; baigné au sud et à l'ouest par la mer, bordé par les marais au nord, il peut être qualifié d’« insulaire », comme l'avait déjà remarqué le géographe grec Strabon16. Au pied de ce Monte Circeo, s'ouvre un port naturel, qu'Homère qualifie de ?a?????? ??µ??a, « port propice au mouillage »17. En face, les îles Pontines18 sont propres à offrir aux navigateurs des escales, et pour les Grecs des VIIe et VIe siècles av. J.-C., des comptoirs à l'abri des incursions éventuelles d'indigènes de l'arrière-pays. De ces îles, Hésiode dans sa Théogonie19 dit qu'elles étaient « sacrées », ??s?? ?e????, peut-être parce qu'elles constituaient « le royaume des Tyrrhéniens », précisément des fils de Circé et d'Ulysse, Latinos et Agrios. Hésiode applique à ces deux hommes les épithètes de ?µ?µ??? te ??ate??? te, « parfaits et puissants. » Pour les navigateurs grecs, ces Tyrrhéniens seront identifiés aux Étrusques, peuple puissant en effet et dont la civilisation fut brillante.
Derrière ce Monte Circeo, s'étend une vaste plaine de maquis et de forêts ; parvenu en un « vallon sacré », (?e??? ß?ssa?), Ulysse découvre le « temple de Circé », (?e???? ?? d?µas? ??????), tout entouré de lions et de loups. Or l'archéologie aussi bien que les auteurs grecs et latins20 nous apprennent l'existence d'une divinité rurale, du nom de Féronie, associée très souvent à son « bois sacré » (Feroniae Lucus) ; le parèdre de Féronie dans les cultes du Latium était un Jupiter Anxur, dont les restes du temple subsistent à Terracine. Féronie était également la déesse aux fauves, et possédait deux sanctuaires, l'un près de Terracine où elle était particulièrement honorée, l'autre près de Capène sur le mont Soracte. On y procédait à un curieux cérémonial d'affranchissement des esclaves qui fit de cette déesse la protectrice des affranchis. Ce cérémonial n'est pas sans rappeler le rituel auquel se livre Circé dans l'Odyssée.



LE POISON DE CIRCE



D’après Dion de Pruse dans le VIIIe Discours, le poison de Circé n'est autre que le plaisir, délétère, corrupteur des sens, qui ramène l’homme à l'état de bête sauvage, prenant le loup et le porc à titre d’exemples.



Le pays des Tyrrhéniens était réputé de longue date pour les plantes médicinales dont il abondait. Ainsi s'expliquent les nombreuses allusions aux diverses drogues de Circé et à leurs funestes effets psycho-somatiques : ivresse, perte de mémoire, délire et chute dans un profond sommeil. De tels effets peuvent provenir, selon les spécialistes de la pharmacologie moderne21, de la stramoine, Datura stramonium, dont le principe actif, l'atropine, se retrouve aussi dans la belladone et dans la jusquiame.
Le contre-philtre, fourni à Ulysse par le dieu polypharmacien qu'est Hermès, et qui a pour nom moly, a été identifié, selon les études pharmacologiques les plus récentes22, comme étant le perce-neige, Galanthus nivalis, dont le principe actif, la galanthamine, contrecarre l'action de l'atropine.



Le rituel que Circé applique aux compagnons d'Ulysse rappelle à bien des égards celui que pratiquaient chez les Tyrrhéniens les prêtresses de Féronie. Le sanctuaire dédié à Féronie, et dont les vestiges subsistent près de Terracine, comprenait un bois sacré, une fontaine et un temple. Il fonctionnait probablement dès l'Âge du bronze et il était encore connu à l'époque classique23. Les prêtresses s'y livraient à un rituel d'affranchissement des esclaves dont nous connaissons certains détails. On faisait asseoir l'esclave sur une pierre, dans le temple ; on lui couvrait la tête du bonnet de laine appelé pileus en latin, et l'on prononçait la formule : « Bene meriti servi sedeant, surgant liberi », Qu'ils s'assoient en esclaves méritants et se lèvent en hommes libres24. Durant ces offices, entraient en jeu des techniques corporelles, peut-être avec l'usage de masques et d'habits liturgiques, tendant à modifier l'apparence physique. On a d'ailleurs retrouvé au sanctuaire de Féronie au Mont Soracte des centaines d'ex-voto concernant des parties du corps humain. Autre similitude troublante : les nouveaux affranchis perdaient en quelque sorte leurs poils (comme les compagnons d'Ulysse transformés en pourceaux perdent leurs soies en redevenant hommes), car ils étaient rasés, ainsi que nous l'apprend Plaute qui fait dire à l'esclave Sosie : « Aujourd'hui, chauve et le crâne tondu, je coiffe le bonnet d'affranchi »25. L'auteur de l'Odyssée semble ainsi se référer à un cérémonial d'affranchissement d'esclaves, sortant de la dégradante condition servile, pour se redresser, « plus beaux et plus grands », ?a?????e? ?a? µe????e?26 dans leur condition d'hommes libres. L'ethnologie est riche d'innombrables cas analogues de rencontres entre populations indigènes et explorateurs.

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