O15707
Apollinaire : "Et les Juifs"



O15707 Apollinaire : "Et les Juifs"

"Et les Juifs"

Apollinaire

Gilberte Jacaret

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Gilberte Jacaret



« Tu es dans le jardin d’une auberge aux environs [de Prague Tu te sens tout heureux une rose est sur la table Et tu observes au lieu d’écrire ton conte en prose La cétoine qui dort dans le cœur de la rose » Guillaume Apollinaire (ZONE) Quelques écrivains français ont évoqué les Juifs avec sympathie. Chateaubriand dans Le Génie du christianisme, exalte les liens entre les deux religions. Lamartine pense à la Terre promise. Vigny évoque des images bibliques comme Hugo qui s’intéresse aussi à la Kabbale sous l’influence de son ami juif Alexandre Weil. Flaubert visite la Palestine. Michelet rend hommage au judaïsme. E. Zola se consacre à l’Affaire. A. France s’élève contre les préjugés anti-juifs dans l’île aux Pingouins ainsi que F. Mauriac dans Thérèse Desqueyroux, R. Rolland admire les juifs dans la série de Jean Christophe et Saint Exupéry, dans sa Lettre à un otage, montre sa compassion pour son ami juif L. Werth. Guillaume Apollinaire a toujours, jusqu’à la guerre de 1914-1918, montré un curieux intérêt pour les Juifs, l’hébreu, la Kabbale et le Juif Errant. Essayons d’en analyser les Professeur de littérature (Universités de Tel Aviv et University of California Los Angeles), auteur de La dialectique de l’ironie et du lyrisme dans Alcool et Calligrammes de G. Apollinaire, 1984, Nizet. grandes lignes à travers sa vie, son œuvre et, tout particulièrement, dans le personnage du Juif Errant. Des surprises nous attendent. Un certain mystère flotte sur la naissance de Guillaume, Albert, Vladimir, Apollinaire de Kostrowitsky. Il portait le nom de sa mère d’origine polonaise. L’identité de son père demeure incertaine. Il aurait été reconnu, ainsi que son frère Albert, par un prince italien. Sa mère dut quitter Rome puis elle vécut à Monaco, à Nice, en Belgique, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, en Bohême et en Autriche. Notre poète à la jeunesse errante était européen par le sang, par sa vie, ses amitiés et ses goûts. Cependant, ce fut un écrivain français et surtout parisien. Élevé, au début, à Monaco, chez les Jésuites, il ne cessa, par la suite, de se moquer gentiment de l’église, de son dogme, de ses ministres, de ses cardinaux et même du Pape. Il fit enregistrer sa voix, s’intéressa au cinéma, écrivit un scénario, fit de la science-fiction. Il était, de plus, critique d’art, ami de Picabia, de Picasso, de Braque et de Dufy. Il prit parti pour Dreyfus et accusa, avec un humour allègre et, sur un air de « Malborough s’en va-t-en guerre », les banques, la politique, l’Église et la presse d’allumer la psychose collective dans les ridicules flambées d’antisémitisme. Apollinaire connaissait bien les Juifs. Séduit par leur étrangeté, il en fréquenta beaucoup. Parmi eux, Julien Weil demeura le fidèle compagnon de la mère du poète. Il s’occupa de Guillaume et de son frère. Puis, l’érudit Molina da Silva, le père de Linda, amour de jeunesse, l’initia à l’hébreu et à la pensée juive. Ensuite, Apollinaire étudia la préface que Moïse Schwab fit pour la traduction française du Talmud de Jérusalem. Il s’intéressa à la Kabbale comme son ami, le poète juif Max Jacob. Celui-ci s’interrogeait sur la portée symbolique des personnages bibliques avant et après sa conversion au catholicisme. Tant qu’il fut étranger en France, Apollinaire éprouva de la sympathie et de la solidarité pour les malheureux immigrants qui erraient alors sur terre comme lui-même errait dans sa propre angoisse. Il observa leurs coutumes, écouta leur « jargon », visita leurs quartiers à Paris et à Prague. Il idéalisa certains rabbins et en fit des savants, des poètes et des prophètes qui savaient jouir des plaisirs spirituels et matériels. En raison de ses amitiés, de ses fréquentations, de ses goûts et surtout du climat juif qui imprègne son œuvre, Apollinaire passera pour juif aux yeux de beaucoup comme, par exemple, Octave Mirbeau ou Léon Daudet. Une lettre datée de 1899 relate un acte téméraire de notre jeune dreyfusard : bravant Rochefort, à Nice, il déploya, devant l’antisémite, le propre journal de Zola : L’Aurore. Dreyfus est non seulement, déclare-t-il, la victime d’une injustice mais le représentant d’une race opprimée. Il écrit, dans « Le Passant de Prague », paru dans La Revue Blanche, en 1902 : « J’aime les juifs car tous les juifs souffrent partout » En 1914, un article d’Arthur Cravan, dans 230 CONTROVER ESS essais Maintenant, reprenait le mot de Georges Duhamel : « un juif levantin », en désignant Apollinaire. Un duel fut même envisagé, mais Cravan se rétracta. Puis, après avoir été soldat, blessé à la tête et trépané, il fut naturalisé. Sa personnalité changea et il adopta les préjugés des traditionalistes français envers les Juifs. Il arrêta d’écrire à Madeleine qui vivait en Algérie. Il se rallia à l’Action Française, à Paris. En devenant français, il devenait chauvin, mais c’est de la grippe espagnole qu’il mourut, à Paris. Il avait 38 ans. La sympathie d’Apollinaire On demeure frappé par le nombre de Juifs qui traversent l’œuvre d’Apollinaire. Comment expliquer cet intérêt ? Dans une première version du Passant de Prague, on lit 1 : « Je ne demeure nulle part et ainsi ne souffre pas d’être juif. Car tous les juifs souffrent partout un mépris immérité. Voyez de Daniel à Dreyfus, que n’ont-ils pas souffert dans les pays que leur sagesse honorait ? » Apollinaire prend ici position contre l’antisémitisme et pour Dreyfus. Certes, l’Affaire avait mis à vif le sujet, mais ce problème avait erré à travers les siècles. Dans La Fin de Babylone2, le vieux juif Naphtali, « victime des malheurs de fortune » tient à ce que Vietrix connaisse « l‘histoire de ce peuple juif dont les uns lui parlaient avec crainte, les autres avec haine. » Il éprouve aussi et surtout une sympathie émue pour ces juifs émigrants de Pologne, pays de la naissance de sa mère. M. Décaudin signale des vers d’un brouillon de Zone parus dans le journal l’Année Républicaine : « Et moi, en qui se mêle le sang slave et le sang latin Je regarde ces pauvres Polonais qui rêvent aux jours lointains » Dans le poème Zone qui ouvre Alcools, il rajoute : « les yeux pleins de larmes… ils ont foi dans leur étoile comme les rois mages ». Il regarde ces pauvres juifs de la rue des Ecouffes dans le quartier juif parisien… Certains sont orthodoxes, comme David Bakar, le marchand de brocante du Départ de l’ombre qui ne rend pas la monnaie et ne touche pas à l’argent le jour du shabbat. D’autres vont à la synagogue, coiffés de feutres verts pendant la fête des cabanes. Certains sont savants. David Bakar connaît un peu la sciomancie ou divination par les ombres. Nephtali, dans La Fin de Babylone, « s’était incliné au moment où avaient passé pompeusement disposés sur le char, les papyrus autographes d’Abraham ». Les juifs ashkénazes, les juifs latins et les orientaux de Babylone défilent dans son œuvre. R. Couffignal, dans son article : L’inspiration biblique dans l’œuvre de Guillaume Apollinaire, 1966, la qualifie de « mythologie judéo-chrétienne ». Les juifs avaient la réputation d’être débrouillards. Le besoin d’être prêts à fuir, à s’adapter à une nouvelle situation, leur prêtait cette qualité qui devient un Gilberte Jacaret CONTROVER ESS 231 reproche dans l’esprit des faibles, des impuissants et de tous ceux qui n’ont jamais été chassés de chez eux. Ce qu’Apollinaire aima dans les juifs, c’étaient son propre dynamisme et ce triomphe de la gaîté sur la tristesse qu’il reconnaissait en d’autres hommes. Leur aspect cosmopolite inspire ce « visionnaire cosmique ». Lattirance pour les juifs se manifeste, dans son œuvre, de maintes façons : la désacralisation du mystère de la Trinité, l’intérêt pour l’hébreu et la Kabbale, le pittoresque des religieux (La Synagogue, La Fin de Babylone), les différents juifs dans l’Hérésiarque et Cie et, en particulier dans Le Passant de Prague, le Juif latin, Simon Mage, Le toucher à distance et Le Poète assassiné. La désacralisation du mystère de la Trinité Le mystère de la Trinité se réduit à une plaisanterie comme il le fera pour la confession et le baptême. Le chiffre « 3 » apparaît à chaque fois qu’il a besoin d’un chiffre. En voici quelques exemples. Dans Le Passant de Prague, le Juif Errant : Isaac Laquedem, lit à l’horloge de l’Hôtel de ville qu’il est trois heures. Il montre trois « anciennes maisons » et dans l’auberge, il y a trois musiciens. Le premier joue du violon, le second joue de trois instruments : du tambour, de la grosse caisse et du triangle. Le triangle est le symbole de la trinité. Il représente aussi la vulve et devient ainsi la Féminité. Dans Le Toucher à distance, Aldavid porte trois noms : il est aussi le Messie et Dormesan. Il « parut vers trois heures de l’après-midi, à Paris, devant la synagogue de la Victoire… il fit trois enfants à sa maîtresse. » Dans Le Poète assassiné, trois sages-femmes aident Macarée à accoucher et la voient mourir. L’hébreu et la Kabbale Quelles sont les connaissances d’Apollinaire en hébreu ? Les critiques donnent des réponses diverses. La prudence de M. Décaudin semble être la solution la plus sage. Il doute fort qu’il soit allé très loin dans l’étude de l’hébreu. Apollinaire n’a pas voulu nous mystifier. La linguistique fait ses délices. L’hébreu est un des ingrédients qu’il jette dans ses « philtres de phantase », un élément de pittoresque dans un univers exotique. Buvons-les délicieusement. Apollinaire se dit, d’ailleurs, polyglotte mais on sait que son anglais était assez pauvre et son allemand imparfait. Il avoue lui-même ses difficultés en italien dans La Lèpre3 . On connaît son goût pour les jeux de mots, les citations, les onomatopées. Il s’est amusé avec quelques notions très superficielles d’hébreu sur les chiffres et les lettres de la Kabbale. Le juif latin avoue : « L’hébreu ? C’est à peine si la plupart d’entre nous le savent lire au moment d’être Barmitzva. Nos savants hébraïsants font sourire les rabbins étrangers, et la traduction française du Talmud est, au 232 CONTROVER ESS essais dire des Juifs allemands ou polonais4 un monument d’ignorance des rabbins de France. » M. Décaudin note5 que les injures du vieux juif 6 qui rencontre Croniamantal proviennent d’un article tiré du Tome V de Kryptadia ( Paris 1898) : Jurons des juifs d’Ukraine. A travers le yiddish de ces jurons transperce l’hébreu. Citons les exemples amusants : « Farwaschen Ponim » (= sale gueule), le yiddish « ponim » vient de l’hébreu « panim », « Beheime », vache (vient de l’hébreu : behema= bête). La jolie juive dit, en faisant l’amour7 : « chazer ». Ce mot vient de l’hébreu : chazir = porc. Notons que Jansen, dans Le Poète assassiné, parle plusieurs langues dont l’hébreu. De plus, le nom de Croniamantal se lit aussi de droite à gauche « par les Arabes et les Turcs et autres peuples qui lisent de droite à gauche ». Croniamantal est recueilli à l’âge de 13 ans (âge de la bar mitzva ou communion juive) par le voyageur hollandais M. Jansen qui « parlait toutes les langues d’Europe, l’arabe, le turc, sans compter l’hébreu ». Laquedem ne prononce aucun mot hébreu dans Le Passant de Prague jusqu’au moment où il s’abat sur le sol et parle « confusément » sous l’effet de la souffrance : « Oï oï ». Et Apollinaire de noter : « ce qui signifie : hélas en hébreu. » Dans Le Départ de l’ombre, le nom David Bakar est hébreu. « bakar » signifie : bœuf. Dans La Serviette des poètes, David Picard porte un nom juif français. Apollinaire s’intéresse aussi aux jeux de lettres et de chiffres de la Kabbale, Simon Mage, le magicien, trace sur le sol : ABLANATANALBA et ONORARONO, mots cabalistiques qui peuvent se lire de droite à gauche comme en latin ou de gauche à droite comme en hébreu et en arabe. Dans Le Passant de Prague8, le Juif Errant s’amuse avec les chiffres à Munich. Avec la date 1721, il prend les deux moitiés : 17 et 21. Le 17 devient le numéro d’une maison. Le 21 juin est le jour de l’année divisé en deux moitiés : douze de jour et douze de nuit. Munich est lié aussi à une visite antérieure de deux siècles en 1334. Nous amusons nous plus qu’Apollinaire ? Il se trouve que la somme des chiffres 1.7.2.1 égale : 11 ainsi que celle de 1.3.3.4… Dans Don Juan Tenario9, le médecin est un juif baptisé du nom d’Alonzo Levita. Il avait étudié dans toutes les universités d’Europe. Dona Clara veut consulter un astrologue sur l’avenir de son fils et elle va voir un professionnel de la Kabbale. Cet astrologue est, en même temps, un alchimiste. Quand il emploie des mots compliqués, le compagnon de Dona Clara lui dit : « parlez chrétien… Madame n’entend pas l’hébreu » et, plus loin,10 l’astrologue murmure des paroles cabalistiques. Dans le poème La Cravate et la montre, le mot « agla » est, selon H. Meschonnic11 formé de quatre initiales de quatre mots hébreux : Atha, Gibor, Leolam, Adonaï : Tu es puissant éternellement Seigneur. « Agla » est aussi un mot cabalistique auquel les rabbins attribuent le pouvoir de chasser l’esprit malin. Gilberte Jacaret CONTROVER ESS 233 Le côté pittoresque de certains juifs Dans le poème Zone qui ouvre Alcools, nous retrouvons un écho des flâneries du poète dans le quartier juif de Paris. Il se mêle aux malheureux émigrants juifs : « Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants ». Dans Le Passant de Prague, notre poète note le geste d’un juif religieux qui voit le Juif Errant mourir : il « déchirait sa chemise diagonalement »12. Dans le petit poème La Synagogue, il observe, d’un regard amusé : « Ottomar Scholem et Abraham Loeweren Coiffés de feutres verts le matin du shabbat ». Ils se disputent et crient des choses qu’on n’ose à peine traduire : « bâtard conçu pendant les règles ou que le diable entre dans ton père ! », tandis que les chrétiens passent avec des cigares allumés. C’est la fête des cabanes. Ils chantent. La synagogue est pleine de chapeaux. On agite les loulabim. Ils baiseront la thora en soulevant leur beau chapeau. Puis deux versets, qui comportent une erreur de transcription, montrent que son hébreu est approximatif 13 . Narquois, truculent, voire grossier, le poète transfigure la réalité. Dans La Fin de Babylone, apparaissent des personnages bibliques comme les prophètes Jérémie et Daniel et une citation du Psaume 137 : « Si je t’oublie, ô Jérusalem, que ma droite se dessèche ! que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens plus de toi, si je ne place pas Jérusalem au-dessus de toutes mes joies ! »14. Puis apparaissent la chaste Suzanne15 , le festin de Balthazar16, la croix gammée17 et une allusion au quartier juif 18 : « Vietrix prit refuge chez des amis du quartier juif : fais-toi appeler Lévi, par exemple, lui dit le bon vieillard. Cela n’engage à rien et cela t’aidera peut-être à réaliser quelques bonnes petites affaires. » Les différents Juifs dans L’Hérésiarque et Cie Dans Le Départ de l’ombre, David Bakar est le pur juif religieux. Cet homme ne veut pas travailler le jour du shabbat : « C’était l’heure de la prière et, en nous allant, nous pûmes le voir, tandis que, couvert d’un vieux chapeau haut de forme, il lisait debout… un livre en hébreu qu’il commença régulièrement par la fin. » Dans Le Passant de Prague, Apollinaire rencontre Le Juif Errant aux antipodes du Laquedem traditionnel, jouisseur de la bonne chère et de la chair tout court. Son vêtement est semblable à celui des juifs orthodoxes19. Il porte un long manteau au col de loutre, un pantalon noir, un large chapeau de feutre noir et une bandelette de soie noire entoure son front. Ses cheveux blancs, sa barbe et sa moustache cachent un visage de type sémite aux lèvres épaisses et au nez proéminent, « poilu et courbe ». Son sexe est circoncis. L’auteur l’a déjà rencontré, l’an précédent, à Paris, rue de Bretagne – c’est-à-dire dans un quartier juif de Paris. 234 CONTROVER ESS essais Ils regardent des Juifs en deuil passer, reconnaissables à leurs habits déchirés. Le Juif Errant semble loin de la religion juive et note le saint Onuphre peint sur une maison puis ils pénètrent dans une église. La marche continue. Ils entendent le jargon hébraïque – c’est-à-dire le yiddish – puis ils visitent, la tête couverte, une synagogue « où les femmes n’entrent pas pendant les cérémonies mais regardent par une lucarne. Cette synagogue a l’air d’une tombe où dort, voilé, le vieux rouleau de parchemin qui est une admirable thora… l’horloge de l’Hô- tel de Ville juif porte des chiffres hébreux et ses aiguilles marchent à rebours. » Et Apollinaire lui dit : « Votre légende, me semblait-il, symbolisait votre race errante… J’aime les Juifs, monsieur. Ils s’agitent agréablement et il en est de malheureux ». Laquedem tombe et meurt. Et tandis que des agents de police emportent le corps : « il ne resta dans la rue qu’un vieux juif aux yeux de prophète… qui ouvrait son manteau et déchirait sa chemise diagonalement. » Après avoir sorti le Juif Errant de sa gangue légendaire et avoir dégagé le personnage du judaïsme et du christianisme, voyons comment on le retrouve dans L’Hérésiarque et Cie sous des modulations apparemment trompeuses. Laquedem va réapparaître sous le caractère du Baron d’Ormesan à qui il prête son caractère de voyageur jouisseur qui ne craint pas de faire le mal. Mais d’Ormesan le dépasse, c’est un maniaque du meurtre, un maquereau, un cannibale. Ses excès l’accompagnent jusque dans la mort puisqu’il aura 841 cadavres pour sa seule personne dans Le Toucher à distance. Nous avons déjà vu que le Juif Errant de la légende et celui d’Apollinaire ont des liens avec les chrétiens. Le Juif latin se convertit au moment de mourir. Ce Gabriel Fernisoun est un juif d’Avignon érudit et maniaque du meurtre qui rend une visite inopinée à l’auteur. Il lui dit20 : « En somme, qu’est-ce qui a fait la différence des juifs et des chrétiens ? C’est que les juifs espéraient un Messie, tandis que les chrétiens s’en souvenaient. Nietzsche s’était approprié l’idée juive… Le Messie est venu pour nous comme pour vous. Et je puis l’avouer : au fond du cœur je suis catholique… j’ignore la religion juive… elle survit dans le catholicisme qui m’attire par ses théophanies mosaïques… Je suis catholique, sauf le baptême. » Et nous entrons, à la fin, dans une comédie grand guignolesque : « Je suis juif, je vais mourir, baptisez-moi !… On trouva sur lui un testament par lequel il laissait sa fortune à l’archevêque de Paris, à charge pour lui de l’employer à hâter la conversion des juifs, fait qui doit se produire peu avant la fin du monde21. » Or, un coup de théâtre clôt cette comédie : « Comme Fernisoun fut baptisé non loin d’une station de voitures, l’avocat du diable insinuera que cette eau ne fut peut-être que du pissat de cheval. Si cette opinion prévaut, il sera avéré que Gabriel Fernisoun n’a jamais été baptisé et, en ce cas, mon Dieu ! nous savons tous que l’enfer est pavé de bonnes intentions. »Nous sommes Gilberte Jacaret CONTROVER ESS

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