O15706
Apollinaire : "Et les Juifs"



O15706 Apollinaire : "Et les Juifs"

"Et les Juifs"

Apollinaire

Par Mendel Bar Neron

Internet



Le saviez-vous que l'auteur du célèbre poème "Sous le pont de Mirabeau", Guillaume Apollinaire était un fervent admirateur de la communauté juive, par son parcours atypique il s'identifiait à ce peuple, pauvre et fier , de partout et de nulle part, fiévreux dans leurs traditions, toujours ailleurs et jamais vraiment là.



Son poème "La synagogue" décrypté nous donne la quintessence du sens non-dévoilé de celui qui a été amoureux du judaïsme au point d'en étudier l'hébreu et d'aimer d'amour une femme juive "“elle avait des yeux israélites”
“La synagogue” de Wilhelm Albert Wlodzimierz Apolinary de Was de Kostrowitsky dit Guillaume Apollinaire.
Quelques écrivains français ont évoqué les Juifs avec admiration : Chateaubriand ,Lamartine ,Hugo ,Flaubert , Michelet, Zola, A. France , Mauriac ,R. Rolland, Saint Exupéry, souvent dans le cadre de discours, articles ou propos à caractère philosophique .



Le poète Guillaume Apollinaire , quant à lui, porta son regard amusé et sympathique sur le quotidien de notre peuple qu’il décrivit avec une simplicité valant admiration .Il nous connaissait et nous appréciait.
Il nous a peint et dépeint dans des vers simples, des mots uniques, renonçant volontairement à toute emphase :le merveilleux ne doit-il pas être dans le quotidien et non point dans la théorie et les idées ?
Guillaume Apollinaire fréquentait de nombreux peintres ou poètes juifs du début du siècle et était troublé par le capacité unique des juifs ,lorsqu’ils s’éloignaient de leur pratique religieuse, à fertiliser le monde dans les domaines les plus avant gardistes, bien plus que les français, alors que les siècles de tradition auraient du les rendre imperméables à tout.
Or c’était le contraire qui se produisait.
Mais il côtoyait aussi les juifs religieux migrants installés à Paris et restait séduit par leur mystérieuse étrangeté alors qu’aucun de leurs comportements ne portait en eux-mêmes un secret : il restait tout aussi intrigué par la toute aussi grande aptitude de ce noyau dur à traverser les siècles, sans grand changement apparent, et par sa capacité produire des électrons libres féconds.
Quel était le mystère de cette éternité alliée à des renouvellements inattendus ?
Pourquoi le juif restait-il « toujours d’ailleurs »?
Guillaume Apollinaire partageait de nombreux points communs avec les juifs installés ou émigrés en France du début du siècle:
-Un nom “à coucher dehors “ qui le rendait suspect aux yeux des français de souche,
-Une naissance entourée de mystère –des parents de nationalité différentes -mère polonaise, centre du judaïsme et père à identité plus mystérieuse et incertaine ,
-Une jeunesse errante partagée entre l’Italie, la Belgique, la Hollande, l’Angleterre ,l’ Allemagne ,l’Autriche et la France ,
-Un attachement à la Tradition qu’il considère structurante même lorsqu’elle est rejetée,
-Une perméabilité soutenue aux idées politiques nouvelles,
-Une curiosité clairvoyante pour les courants culturels naissants déstructurant peinture et poésie.
Il s’identifiera donc assez naturellement au destin des juifs et éprouva de la sympathie pour notre peuple, qui semblait errer sur terre , comme lui-même errait dans sa propre angoisse:
“un jour je m’attendais moi même, Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes Pour que je sache enfin celui là que je suis “ .
Guillaume Apollinaire a étudié l’hébreu et a été amoureux de jeunes filles juives.
Il a inventé la belle image “elle avait des yeux israélites” pour définir des yeux doux, bienveillants et généreux d’une jeune fille, des yeux qui entendent aussi.
Dans le poème Zone qui ouvre Alcools, il regarde les juifs très pauvres de la rue des Ecouffes.
Qui sont-ils ?
« Et moi, en qui se mêle le sang slave et le sang latin. Je regarde ces pauvres Polonais qui rêvent aux jours lointains » Zone ,brouillon
Il était séduit par notre étrangeté, observa nos coutumes et fréquenta beaucoup de nos coreligionnaires
“Je les ai vus souvent le soir ils prennent l’air dans la rue. Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs”
Le juif est pour ce poète , selon les époques, un Pion parmi les nations, son Fou qui dit les vérités que nul autre que lui ne peut dire, le Cavalier qui chevauche avec l’histoire comme cheval, la Tour qui défend le château des secrets de l’origine ou le Roi de cette Histoire ou la Reine du vrai Maître de l’Histoire.
Chez Apollinaire, les vers, les mots sont souvent difficiles à saisir mais tout est pensé et il y a peu de place au Hasard, comme dans l’Histoire des Juifs et dans les parties d’échecs .Un déplacement n’est jamais fortuit et toujours plein de conséquences .Ce vers ,plein de sous entendus, l’illustre.
Guillaume Apollinaire témoigne de notre foi , dans un siècle qui commence sa déchristianisation :
“Ils croient en D.ieu ils prient “ et exprime dans le plus grand dépouillement de mots un thème profond et cher à ses yeux.
Guillaume Apollinaire témoignera souvent de la grandeur de l’humanité dans les choses les plus simples en parlant des juifs “ils prient ,les femmes allaitent des enfants “ au début d’ un siècle qui transformera peu à peu l’enfant en une revendication .
Quand il parla d’une laideur, elle témoigne plus de la diversité de l’homme ”J’aimais les femmes Atroces dans les Quartiers Enormes....où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux ...
(atroce-os ,quartiers de veaux ! énorme ) le peuple habile des machines...le luxe et la beauté ne sont que leur écume”
Il témoigne de notre pauvreté d’alors :
“Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque...Elles restent assises exsangues au fond des boutiques”...la multiplication des S accentue la gravité du mot exsangue, sans sang et “exsangue au fond “la juxtaposition des mots n’est pas anodine.
Il idéalisa certains rabbins et en fit des savants ou des prophètes
« les yeux pleins de larmes… ils ont foi dans leur étoile comme les rois mages ».
Il feint parfois d’être juif afin de mieux dérouter les nationalistes.
« Je ne demeure nulle part et ainsi ne souffre pas d’être juif. Car tous les juifs souffrent partout un mépris immérité. Voyez de Daniel à Dreyfus, que n’ont-ils pas souffert dans les pays que leur sagesse honorait ? » version du Passant de Prague



En raison de ses fréquentations et du climat qui parcourt son œuvre, Apollinaire passera pour juif aux yeux de nombre de nationalistes qu’il alla jusqu’à provoquer en duel , sans crainte et sûr des idées qu’il défendait , dans un enjeu de mort .



“La synagogue” de Guillaume Apollinaire

Ottomar Scholem et Abraham Lœweren



Coiffés de feutres verts le matin du sabbat
Vont à la synagogue en longeant le Rhin
Et les coteaux où les vignes rougissent là-bas

Ils se disputent et crient des choses qu’on ose à peine traduire
Bâtard conçu pendant les règles ou Que le diable entre dans ton père
Le vieux Rhin soulève sa face ruisselante et se détourne pour sourire
Ottomar Scholem et Abraham Lœweren sont en colère



Parce que pendant le sabbat on ne doit pas fumer
Tandis que les chrétiens passent avec des cigares allumés
Et parce qu'Ottomar et Abraham aiment tous deux
Lia aux yeux de brebis et dont le ventre avance un peu



Pourtant tout à l'heure dans la synagogue l’un après l'autre
Ils baiseront la Thora en soulevant leur beau chapeau
Parmi les feuillards de la fête des cabanes
Ottomar en chantant sourira à Abraham

Ils déchanteront sans mesure et les voix graves des hommes
Feront gémir un Léviathan au fond du Rhin comme une voix d'automne
Et dans la synagogue pleine de chapeaux on agitera les loulabim
«Hanoten ne Kamoth bagoim tholahoth baleoumim»



Explication de texte « la synagogue »,
Apollinaire porte un regard amusé et attendri sur deux juifs se rendant à la synagogue à l’occasion de notre « fête des cabanes « alors qu’un grave litige couve entre eux.
Les écrits d’Apollinaire sont souvent des poèmes –croquis riches d’un quotidien réaliste et merveilleux. Il crée un enchantement du banal qui se fissure, contaminé par le mystère ou l’inattendu.
Le poète essaie souvent d’élever la réalité à un niveau supérieur et de l éclairer différemment.
Ce poème ne fait pas défaut à la règle : je vous propose de vous accompagner dans cette lecture.
Ottomar Scholem et Abraham Loeweren (à prononcer «Lôverin») sont deux juifs rhénans, particulièrement pittoresques, deux personnages héroï-comiques.
Ils se rendent à la synagogue, un jour de shabbat, lors de la fête de Soucoth.
« Ottomar Scholem et Abraham Lœweren (lire love-rhin).Coiffés de feutres verts le matin du sabbat »
Le choix des noms n’a rien d’anodin :
-Si Ottomar est un prénom turc, Otto est un prénom germanique et Mar veut dire Monsieur en hébreu, Scholem évoque le shalom, la paix, nom qui va prendre du relief dans la suite du poème .
-Avraham évoque un personnage fondateur du peuple juif dans un lieu lointain mais il est Lœweren (love-rhin) et, donc aussi d’ici, de France.
En somme, ces prénoms lient l’orient et l’occident, le juif et l’Europe Chrétienne :ils ont été choisis pour dire que ce qui va se tramer est peut-être un archétype de la petite histoire juive, si étrange mais tellement ancrée dans le terroir local français.



-Le feutre, imperméable, fait allusion à ce qui ne laisse rien pénétrer de, l’extérieur, comme le juif qui reste fidèle à sa tradition ; le feutre protège.

-Le vert rappelle le feuillage de la fête de souccoth et des loulabims liés à cette fête (bouquet végétal composé de feuilles de saule, de myrtes, d’une branche de palmier et d’un cédrat) mais aussi le nécessaire pigment assimilateur, la « chlorophylle » qui intercepte la lumière et la convertit en énergie, génie d’une forme du judaïsme plus lointain , chlorophylle source de la vie des plantes vertes.



-Coiffées peut se lire Quoi-fée, fée qui apporte un côté merveilleux à des noms et prénoms peu banals (le Quoi)

-Le « sabbat » (et non le shabat qui n’a pas été retenu par le poète) complète le côté merveilleux mais aussi mystérieux « sabbat » … des sorcières … et des fées .
« Vont à la synagogue en longeant le Rhin
Et les coteaux où les vignes rougissent là-bas »



Les mots choisis, très français « synagogue, coteaux, vignes » tranchent avec l’étrangeté des noms des personnages ,Abraham, Ottomar.
Souccoth, fête abreuvée de vin rouge, se situe à l'époque des vendanges.
Mais le champ sémantique des derniers mots retenus « coteaux-couteaux », »rougissent–rouge » allusion au sang et au sanguin de la colère », introduit la future trame de l’histoire qui nous est contée.
Un drame couve et il va se dévoiler « là-bas ».
« Ils se disputent et crient des choses qu’on ose à peine traduire
Bâtard conçu pendant les règles ou Que le diable entre dans ton père »
Le poète exploite un pittoresque divertissant et unique dans les injures qu’il a déjà entendues.
La verdeur des propos caractérise sympathiquement aussi une certaine frange du peuple juif que nous connaissons tous et que Bachévis Singer nous a décrit longuement.
« Ils se disputent » peut se lire » disent-putes » , « Batard conçu » peut se lire « con-cul »
ce qui éclaire les insultes et les complètent.
Chez Apollinaire, quand il y a grossièreté, elle est amusée, dissimulée, jamais vulgaire.
« Batard - Bas tard » rime avec « Ottomar , « Haut tôt -mar «, bas-haut et tard-tôt.
« Conçu pendant les règles « mais ces vertes insultes ne respectent aucune règle !
« Le vieux Rhin soulève sa face ruisselante et se détourne pour sourire »
Le Rhin aussi est à l’instar du peuple juif un vieux témoin de l’Histoire dont il rit. Sa « face » évoque celle de son Créateur. D.ieu rit de tout ce remue-ménage.
« SOU-lève SA faSE…ruiSSE ..SE detourne… SOUrire » soit SOU SA SE SE SE SOU qui rythment le vers
« Il se détourne pour sourire « Le fleuve Rhin a été dérangé par cette dispute orientale et en a bouleversé l’ordre naturel de son écoulement. Ce ne semble pas être la première fois.
Rappelons que la mythologie païenne représente traditionnellement les fleuves et mers sous forme de vieux personnages barbus…image d’Épinal du juif .
Tel un vieux sage juif, le Rhin, a tout compris des enjeux et de la fin de cette histoire, une de plus : il en a tant vécu qu’il en sourit .
Ce vers se termine par « sourire » mais le prochain vers se terminera par « colère » « "Ottomar Scholem et Abraham Lœweren sont en colère »
Le mot colère est choisi car il relève les maints O et E et R des noms et prénoms de nos personnages.
Nous ne connaissons pas encore l’enjeu de la dispute.
« Et(est) …sont « rythment le vers par contradiction.
« Parce que pendant le sabbat on ne doit pas fumer
Tandis que les chrétiens passent avec des cigares allumés »
Tout d’abord, nos deux amis reportent leur colère sur les premiers venus, des non juifs qu'ils apercevront dans la rue, en train de fumer, geste qui leur est interdit, à eux seuls, sevrage hebdomadaire contraint et agaçant . Les chrétiens, ennemis traditionnels des juif , se promènent, qui plus est, avec des cigares et non de simples cigarettes. Pourquoi tout est-il permis aux » gentils » qui nous en veulent ?
« Colère et fumer «le lien est évident, souvenez vous des taureaux qui fument de colère.
« avec des cigares « pourquoi pas des pipes ? Car le « gare » de la fin (ci-gare) évoque aussi la fumée des trains à vapeur de cette époque. Tout est dans l’évocation inconsciente
Mais à présent, nous allons connaître l’objet de la dispute.
Ottomar et Abraham sont rivaux dans l’amour d’une jeune fille, LIA ou « L-I-A - Elle y a « ou aile si le prénom est lu à l’envers soit « Elle « , l’archétype du féminin.
Elle est belle.



« Et parce qu'Ottomar et Abraham aiment tous deux
Lia aux yeux de brebis et dont le ventre avance un peu »

« Aiment tous deux » : notez que le prénoms de nos amis comportent tous deux la lettre m .
Ottomar et Abraham ont « un m et un aime » en commun : Lia, à prononcer Li-a .
Li-a est un prénom dont la simplicité et la douceur rompent avec les noms étranges de nos deux héros.
Apollinaire nous introduit la jeune fille par de belles sonorités LI-A-O(Li-a –aux ) : elle est d’un autre monde, la femme. Que de raffinement dans son nom!
Li-a a des yeux qui ont la beauté des «yeux israélites» comme les décrit Apollinaire ailleurs, des yeux d’une brebis toute droite sortie de l'Ancien Testament –Rachel, brebis en hébreu- et des peintures de Chagall.
« Son ventre avance un peu » : avec pudeur, Apollinaire décrit l’état de la jeune fille : Lia serait-elle enceinte ? Mais alors, qui est le père ? Ottomar et Abraham n’étaient-ils pas amis ?
Li évoque « moi »,car li se traduit par moi en hébreu mais comment peuvent-ils être deux à revendiquer ?Souvenons-nous qu’ Apollinaire a étudié l’hébreu .
Lia aux yeux: il y a dans ces mots toutes les voyelles (a,e,i o – aux-,u,y) dont la fonction est d’éclairer les consomnes comme Lia éclairent nos amis (le o est écrit aux)
Lia…une belle jeune fille…enceinte : la vie semblait si bien commencée.
Mais l’histoire se répète, deux personnages en conflit pour un évènement ou une vérité unique et transcendante (Isaac et Ismaël, Jacob et Ésaü, Léa et Rachel, Sarah et Agar, les juifs et les Gentils, les juifs orthodoxes et les libéraux ou les religieux et les laïcs etc)




« Pourtant tout à l’heure dans la synagogue l’un après l'autre
Ils baiseront la Thora en soulevant leur beau chapeau »




Mais nous sommes le jour du sabbat.
Entre coreligionnaires, ils doivent retrouver la paix et honorer une tradition qui les dépasse tous deux.
« pourtant tout » : tant- tout rythme le vers,
« pourtant tout » : tant peut se lire « temps »,temps qui se marie avec l’heure dans une même unité
pour- temps- tout- à -l’heure
« tout à l’heure « « leur » : à la synagogue nos amis feignent , en fait c’est un « leurre »
« pourtant tout ..thora » : tant-tout-to rythme le vers
« tout » mais à la fin du vers, ce sera l’un après l’autre

Notez que les lettres du mot Thora –t,o,r,a- sont fréquentes dans les prénoms Ottomar et Abraham : Ottomar comprend les lettres de T-O-R-A, Abraham comprend les H-R-A .
La Thora reste un grand dénominateur commun sacré, qu’ils partagent malgré eux depuis leur circoncision , cérémonie où leurs prénoms leur ont été donnés ,prénoms qui représentent leur essence, malgré eux : étaient-ils prédestinés ?
« en sou-levant » le levant vers lequel sont dirigées toutes les synagogues
« Parmi les feuillards de la fête des cabanes
Ottomar en chantant sourira à Abraham »



La décence des juifs en exil exige le report de leur dispute lorsqu’ils seront hors de l’enceinte sacrée de la synagogue où ils sont avant tout des frères.

La multiplication dans ce vers des a, voyelle douce évoque cette pause dans la dispute et adoucit le tableau.
« feuillards » a été choisi par le poète car est dans la même sonorité que Ottomar et Thora.
Le MAR de Ottomar -se marrer- se marie aussi avec le « sourira » d’Abraham.
Rien n’est laissé au hasard.
« Ils déchanteront sans mesure et les voix graves des hommes «

Mais même à l’intérieur de la synagogue, nos deux amis peinent à cacher leur rivalité et passent rapidement « du chant au déchant « voire au « désenchantement » et lorsque la querelle reprend , elle est « sans mesure « terme qui appartient lui aussi au lexique de la musique et du chant et cette démesure est propre aux disputes orientales.
« sans mesure » ou cent mesures et donc sans limites ?



« Feront gémir un Léviathan au fond du Rhin comme une voix d'automne »



Le Léviathan, poisson mythique des temps messianiques mettra peut-être fin à cette dispute .On l’a réveillé. Ce poisson de la tradition juive « Lévi-athan » est associé au Rhin, preuve de l’attachement de ces juifs à leur pays de passage et à l’ancrage de leur tradition dans la nation qui l’héberge.
Voilà comment nous sommes vus par Apollinaire.
Souvent, Apollinaire dessine une sorte de géographie magique qui s‘ordonne autour d’un fleuve à la fois réel et légendaire et ses forêts, le Rhin.
« Les voix graves des hommes » … « Comme une voix d’automne «
- graves des hommes et automnes soit haut-hommes « grave et haut » se disputent dans le chant,
-d’automne ou do-tomne comme le do des chants



« Et dans la synagogue pleine de chapeaux on agitera les loulabim »



-Apollinaire nous peint la synagogue, « pleine de chapeaux «
Pleine évoque « plaine » soit quelque chose de plat et indistinct;
Le chapeau apporte un relief de « plaine de chapeaux » et évoque des petites collines qui rompent la monotonie;
Les loulavim sont les « sommets » de hauteur dans la synagogue lorsqu’ils sont agités et apportent le mouvement qui rompt l’ensemble. L’élément le plus visible du loulav (pluriel loulabim) est une longue branche de palmier entre 40 cm à 1,20 m.



Le poème se ferme sur un terme étrange pour le non initié « loulabim »,étrange comme toute cette petite histoire et comme toute l’histoire juive .
-Le mot « loulabim » comprend le mot Abim ou Abîmes ,référence au Léviathan gisant au fond des eaux, du verset précédent .

La boucle est bouclée, le silence est revenu, pour un instant du moins
«Hanoten ne Kamoth bagoim tholahoth baleoumim»
“celui qui exerce des vengeances parmi les nations des châtiments parmi les peuples”



Cette phrase de notre liturgie a été ajoutée par le poète lui-même, témoignage de sa sympathie .N’oublions pas qu’il s’est initié à l’hébreu.

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