O15672
José Regio : "Le fertile désespoir"



O15672 Jose Regio : "Le fertile desespoir"

"Le fertile désespoir"

José Regio

L’Escampette

1995



Quand viendras-tu de nouveau,
Toi, le Christ qui n’est jamais venu ?...
Parce que je suis ton fils, tu m’enfermes
Seul avec moi-même et tu me livres au non-être que je suis ?...



Il y avait en ville des églises et des chapelles,
Des cathédrales où des hommes...
Allaient questionner quelqu’un qui ne répond pas...



--- Croyez-vous à l’enfer ?



Régio

--- Non. Le diable est un mythe qui représente les force du mal, tout ce qui est capable de s’opposer à Dieu, à la sainteté.

Je ne peux pas croire qu’il y ait pour l’homme une éternité de souffrance, après tout ce qu’il a déjà souffert dans ce monde.



Ne viens-tu pas avec nous ?

Et ils partirent en chantant un hymne de guerre.



Je songeais : Je suis bien différent !
J’ai perdu ma planète.



Je suis triste, seul, fou, poète...



N’aimes-tu point ?

Disaient pour me provoquer
Les vierges au regard brillant

Mais seuls mes yeux happaient

Les pointes de leurs seins nus...



Je songeais :

Qui me comprend ?
Qui se donne comme moi seul sais se donner ?

Je n’achète pas l’amour qui se vend.

Je ne terrasse pas celui qui se rend à moi.

Je suis, moi, cette angoisse incarnée.



Il y avait en ville des aquariums de poètes,
Des savants, de profonds philosophes,
Qui noircissaient des tonnes de papier avec des sigles
Noirs pour jeter de la poudre aux yeux.

Dans une mansarde misérable, le plus grand,
Discrètement abandonné,
Se mourait depuis des mois, à la manière
Des auteurs du siècle dernier.



Il y avait en ville toutes sortes d’appareils
Captant ou produisant les sons les plus divers



Dans ce bruit incessant, la foule névrotique
Expulsée du silence, orpheline de la mélodie
Perdait toute ouïe, faussait toute vision.



Il y avait aussi, mais enfermé dans une cellule
L’auteur d’une satire doublée d’une utopie

... Où il imagine l’incendie de la ville.

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