O15599
Verdi : "Rigoletto"



O15599 Verdi : "Rigoletto"

"Rigoletto"

Verdi

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Rigoletto est un opéra italien en trois actes et quatre tableaux de Giuseppe Verdi, sur un livret de Francesco Maria Piave, d'après la pièce de Victor Hugo Le roi s'amuse, créé le 11 mars 1851 au théâtre de la Fenice à Venise. Il s'agit du dix-septième opéra du compositeur, formant avec Le Trouvère (1853) et La Traviata (1853), la « trilogie populaire » de Verdi.
Centré sur le personnage dramatique et original d'un bouffon de cour, Rigoletto fit initialement l'objet de la censure de l'empire austro-hongrois. Le roi s'amuse avait subi le même sort en 1832, interdit par la censure et repris seulement cinquante ans après la première.
Ce qui, dans le drame d'Hugo, ne plaisait ni au public ni à la critique, était la description sans détour de la vie dissolue à la cour du roi de France, avec au centre le libertinage de François Ier. Dans l'opéra, le livret transfère l'action, par compromis, à la cour de Mantoue qui n'existe plus à l'époque, remplace le roi de France par le duc, et le nom de Triboulet par celui de Rigoletto.
Drame de passion, de trahison, d'amour filial et de vengeance, Rigoletto offre non seulement une parfaite combinaison mélodique et dramatique, mais met en évidence les tensions sociales et la condition féminine subalterne dans laquelle le public du XIXe siècle pouvait facilement se reconnaître. La répétition constante, dès le prélude, de la note do en rythme pointé vient marquer le thème de la « maledizione » (« malédiction »).
Bref prélude. Le thème menaçant de la malédiction (avec la répétition entêtante du do) en croche pointée double d'abord aux cornets va en crescendo jusqu'à exploser à l'orchestre dans un tutti dramatique suivi par un court passage déchirant aux cordes. Tout s'éteint mais les cornets continuent sinistrement leur motif inexorable jusqu'aux derniers accords éclatants de fureur.
La scène se passe dans une grande salle du palais où le duc de Mantoue donne un bal. Le duc entre en scène en compagnie de Borsa, un de ses courtisans : il lui fait des confidences au sujet d'une jeune fille d'une grande beauté qu'il a aperçue à l'église (« Della mia bella incognita borghese »1). Il a découvert où elle demeure et, de loin, lui fait la cour ; toutefois, il ignore qui elle est et réciproquement.
Borsa attire l'attention du duc sur un groupe de dames, parmi lesquelles se trouve la comtesse Ceprano (« Quante beltà... mirate »)3. Le duc s'approche d'elle, et lui exprime son regret qu'elle quitte la cour pour rentrer à Ceprano. Il lui offre son bras pour la reconduire ; le comte Ceprano qui, de loin, a remarqué ce manège, est pris à partie par Rigoletto, le bouffon de la cour, bossu et difforme, qui le nargue de ce qu'il ne peut empêcher le duc de courtiser sa femme (« In testa che avete ? »).
Rigoletto sort. Entre alors Marullo, un autre courtisan : il annonce (« Gran nuova! »)4 qu'il vient de découvrir que le bouffon a une maîtresse (« Quel mostro? Cupido? Cupido beato! »)5.
Le duc, suivi de Rigoletto, revient. Il est en colère à cause de la présence de Ceprano qui empêche toute intrigue avec la comtesse. Rigoletto lui suggère alors d'enlever cette dernière et d'éliminer le comte. Puis il se moque du comte et le duc lui conseille d'être moins impertinent. Borsa et d'autres courtisans se promettent, avec Ceprano, de se venger du bouffon. Rigoletto fanfaronne au motif que nul n'osera porter la main sur lui.
Soudain, le vieux Monterone fait irruption dans la salle (« Ch'io gli parli ») : le duc ayant séduit sa fille, il vient, devant toute la cour, dénoncer les mœurs du duc. Rigoletto, tout claudicant, se glisse auprès du vieillard et le tourne en dérision (« Voi congiuraste contro noi, signore »)6. Ne supportant pas les propos de Monterone, le duc le fait arrêter ; Monterone lance alors une malédiction contre Rigoletto et le duc. Les courtisans commentent la malédiction qui vient de s'abattre sur Rigoletto (« Oh tu che la festa audace »).
Second tableau
De nuit, Rigoletto rentre chez lui tout en repensant à la malédiction de Monterone (« Quel vecchio maledivami »)7. Au moment où il va franchir la porte d'entrée de sa maison, il est accosté par un tueur à gages, Sparafucile, qui lui propose ses services. Bien qu'il n'en ait pas besoin pour le moment, Rigoletto lui demande son nom et où on peut le trouver. Une fois l’assassin parti, le bouffon s'engage dans un soliloque au cours duquel il dresse un parallèle entre leurs professions respectives, l'un ayant pour arme sa langue et l'autre vivant de son épée.
Il déplore sa situation à la cour et exprime sa haine des courtisans, qui ne cessent de le haïr et de le mépriser.
Il ouvre sa porte et se trouve accueilli par sa fille Gilda.
Elle lui demande de lui parler de leur famille. Il l'interrompt et lui recommande de ne jamais sortir de la maison ; elle le rassure en disant qu'elle ne sort que pour aller à l'église. Comme elle insiste pour qu'il lui parle de sa mère morte, Rigoletto lui demande de ne pas l'obliger à se souvenir de son bonheur perdu. Gilda essaie de le persuader de lui révéler quelque chose de son pays, de sa famille et de ses amis, mais en vain.
Toujours soupçonneux, Rigoletto appelle Giovanna, la gouvernante, et lui ordonne la plus grande vigilance (« Veglia, o donna, questo fiore »)10. Il croit entendre quelqu'un à l'extérieur et sort. Alors que le bouffon scrute la ruelle, le duc se faufile à l'intérieur de la cour. Rigoletto revient et demande à Giovanna si Gilda et elle-même ne sont jamais suivies lorsqu'elles vont à l'église. Elle lui assure que non. Il lui ordonne de toujours bien verrouiller la porte. Rassuré, il dit au revoir à sa fille et s'en va, laissant le duc stupéfait de ce qu'il vient de découvrir. Gilda éprouve du remords quant au fait d'avoir caché à son père qu'à la sortie de la messe, un jeune homme l'a suivie, et elle confie à Giovanna qu'elle en est devenue amoureuse (« Giovanna, ho dei rimorsi »).
Le duc sort de sa cachette, fait signe à Giovanna de disparaître et se jette aux pieds de Gilda. Celle-ci, surprise, appelle à l'aide mais ne résiste plus quand le duc lui chante tendrement son amour.
Il se dit être un pauvre étudiant du nom de Gualtier Maldè mais avant qu'il ne puisse parler davantage, Giovanna vient signaler qu'elle a entendu marcher dans la ruelle. Gilda lui demande de faire sortir le duc. Avant de se quitter, ils échangent d'ardentes paroles (« Addio... speranza ed anima »).
Restée seule, Gilda rêve sur le nom de son bien-aimé.
Borsa, Ceprano et d'autres courtisans, prenant Gilda pour la maîtresse de Rigoletto s'apprêtent à réaliser leur projet d'enlèvement quand Rigoletto vient vers eux (« Zitti, zitti, moviamo a vendetta »)13. Ils lui font croire qu'ils sont là pour enlever la femme de Ceprano et lui proposent de les assister dans leur entreprise en lui mettant un masque ; ils lui demandent alors de tenir l'échelle. Le bouffon croit que c'est l'obscurité qui l'empêche d'y voir. Certains courtisans parviennent à enlever Gilda qui appelle au secours. Rigoletto, assourdi par le bandeau, n'entend pas cet appel. Il arrache tout de même son masque, se rue dans la maison et comprend que Gilda a été enlevée. Il commence à croire à la malédiction de Monterone.
« Ah ! la maledizione »
Le second acte se passe dans le salon du duc. Celui-ci est seul et très affecté par l'enlèvement de Gilda, par des ravisseurs qu'il ne connait pas. En vérité ce sont les courtisans.
Arrivent les courtisans qui lui racontent ce qui s'est passé. Ayant pris à tort Gilda pour la maitresse de Rigoletto, ces derniers l'ont enlevée, ne sachant pas qu'elle était en fait la fille de Rigoletto. Lors de l'enlèvement, ce dernier a croisé les courtisans et les a aidé, induit en erreur et croyant enlever la femme de Ceprano.
À leur description, le duc reconnaît Gilda et exprime sa joie qu'elle soit retrouvée et il sort pour aller la rejoindre (« Possente amor mi chiama »)16.
À ce moment, entre Rigoletto. Il sait que sa fille doit être dans le palais, et, tout en feignant l'indifférence, il se met à sa recherche (« La rà, la rà, la la... »). Lorsqu'il entend un page répondre qu'il ne faut pas déranger le duc, il commence à avoir des soupçons ; il implore alors les courtisans de lui rendre sa fille.
Ceux-ci sont stupéfaits de découvrir cette parenté entre le bouffon Rigoletto et Gilda.
Soudain, une porte s'ouvre et Gilda sort en courant de l'appartement du duc (« Mio padre ! - Dio ! Mia Gilda ! »).
Rigoletto, tout heureux, la serre dans ses bras, mais, la voyant en larmes, il se retourne furieux contre les courtisans et leur enjoint de sortir. Restée seule avec son père, Gilda raconte toute l'aventure avec le duc, ainsi que l’enlèvement.
Rigoletto essaie de la consoler et lui promet qu’ils vont quitter la cour lorsque passe Monterone qu'on conduit en prison. Ce dernier s'arrête devant le portrait du duc pour déplorer que sa malédiction soit restée sans effet sur le libertin.
Rigoletto décide alors de se venger et lui promet qu'il sera vengé, malgré la demande contraire de Gilda.
La scène se passe de nuit près d'une auberge délabrée, sur les rives du Mincio, par une nuit d'orage. Dehors, Gilda supplie encore son père d'épargner le duc (« E l'ami ? - Sempre »). Rigoletto la conduit à un mur où, par une fente, on peut voir dans l'auberge. Là, il l'invite à regarder : en voyant son amoureux entrer dans l'auberge et demander une chambre à Sparafucile, elle est horrifiée. Le duc commande du vin et, cynique, proclame l'inconstance des femmes.
Chanson « La donna è mobile »20 (le duc)
Rigoletto veut éloigner sa fille : il lui demande de revêtir un costume masculin et de s'enfuir à Vérone.
Il verse ensuite un acompte à Sparafucile, tout en promettant de lui donner le solde quand Sparafucile lui aura remis le cadavre du duc. L'assassin regagne alors l'auberge.
Maddalena, qui trouve le duc beau, commence à regretter le projet de Sparafucile.
Au plus fort de l'orage, Gilda revient, travestie en homme, et s'approche de l'auberge : elle entend Maddalena demander à son frère d'épargner le bel inconnu. Sparafucile accepte un compromis : à la place, il tuera la première personne qui se présentera à l'auberge avant minuit. À ces mots, Gilda décide de se sacrifier pour celui qu'elle aime toujours, malgré son infidélité. Elle frappe à l'auberge et demande à entrer. Quand Maddalena lui ouvre, un terrible coup de tonnerre retentit, couvrant les cris de la malheureuse, au moment où l'assassin la frappe.
L'orage s'apaise peu à peu. Une horloge sonne minuit. Rigoletto revient chercher le cadavre du duc. Il frappe à la porte. Sparafucile sort en traînant un sac. Le bouffon lui tend une bourse. Resté seul, Rigoletto traîne le sac vers le bord de l'eau, quand il entend soudain la voix du duc chanter au loin La donna è mobile. Tremblant, il déchire le sac, et, horrifié, y trouve sa fille mourante.
À la suite de l'échec de la révolution de 1848, Verdi se détourne des sujets politiques qui auparavant étaient grandement présents dans ses œuvres pour « essayer de nouveaux concepts dramatiques et trouver des voies d'expressions subtiles [impliquant] un changement fondamental au niveau des sujets », écrit ainsi Jürgen Schläder23 Ce qui est dorénavant mis en musique, ce sont les conflits entre les individus, appartenant souvent à des familles bourgeoises, la famille constituant par ailleurs un « modèle pour la forme que pourrait prendre politiquement une société23. ». Ce changement d'échelle au niveau du cadre de l'intrigue est métaphoriquement résumé dans le duo du deuxième tableau dans une phrase : « Culto, famiglia, la patria, il mio universo è in te! », ces paroles de Rigoletto témoignent de ce que son seul sujet de préoccupation est sa fille24.

Triboulet, bouffon de François Ierdevenu Rigoletto au service du duc de Mantoue sous l'effet de la censure, dans une gravure du XIXe siècle
Lorsqu'en 1850 le théâtre de La Fenice de Venise lui commande un nouvel opéra, Verdi est déjà un compositeur auquel la notoriété autorise la liberté de choisir ses sujets. Il demande à Francesco Maria Piave, avec lequel il a déjà travaillé pour Ernani, I due Foscari, Macbeth, Il corsaro et Stiffelio, de se pencher sur la pièce de théâtre d'Alexandre Dumas Kean, mais il sent bien qu'il lui faudra un sujet plus « énergique » sur lequel travailler25. Verdi arrête finalement son choix sur Le roi s'amuse de Victor Hugo. Il écrit à Piave :
« Essayons ! Le sujet est noble, immense, et comporte un personnage qui est l'une des plus magnifiques créations dont le théâtre de tous les temps et de tous les pays puisse s'enorgueillir26. »
Verdi compose la partition en quarante jours, ce qui est extrêmement rapide et remarquable vu les qualités musicales et dramatiques de l'œuvre. Le compositeur lui-même déclara à la fin de sa vie que c'était sa meilleure composition[réf. nécessaire].
Si, selon le compositeur, « le sujet est noble », il est aussi hautement controversé. Hugo lui-même a déjà eu des ennuis avec la censure en France, qui a interdit les représentations de sa pièce après la première vingt ans plus tôt, interdiction qui devait se poursuivre trente ans durant. Dès le début, Verdi, autant que Piave, sont conscients des risques. Une lettre a été retrouvée dans laquelle Verdi écrit : « Prends tes jambes à ton cou, cours à travers la ville et trouve-moi une personne influente qui m'obtienne la permission de faire Le roi s'amuse27. » S'en suit une correspondance entre le prudent Piave et un Verdi ayant déjà accepté la commande, d'où il ressort que tous les deux sous-estiment la puissance de la censure. Même Guglielmo Brenna, l'amical secrétaire de la Fenice qui leur avait assuré qu'ils n'auraient pas de problèmes, est dans l'erreur.
L'Italie du Nord est en effet alors contrôlée par l'Autriche, qui ne plaisante pas avec tout ce qui touche à la royauté. Au début de l'été 1850, des rumeurs commencent à se répandre à propos d'une probable interdiction de la production par la censure, celle-ci considérant que l'œuvre d'Hugo friserait le crime de lèse-majesté. En août, Verdi et Piave se retirent prudemment à Busseto pour continuer la composition et préparer une stratégie défensive. Ils écrivent au théâtre, assurant que les doutes des censeurs à l'égard de la moralité de l'œuvre ne sont pas justifiés et que vu le peu de temps accordé, peu de modifications pourraient de toute façon y être apportées. L'œuvre est secrètement appelée par ses auteurs La Maledizione (« la malédiction »). Ce titre officieux, porté à la connaissance du gouverneur militaire Gorzkowski par ses espions, est utilisé pour renforcer, si besoin était, les termes violents de la lettre de décembre 1850 par laquelle il refuse définitivement d'autoriser la production de ce qu'il qualifie d'« exemple répugnant d'immoralité et de trivialité obscène28 ».
Afin de ne pas gâcher tout leur travail, Piave essaye de réviser le livret et arrive même à en tirer un autre opéra Le Duc de Vendôme, dans lequel le roi est remplacé par un duc et où le bossu et la malédiction disparaissent. Verdi est totalement opposé à cette solution, écrivant ainsi le 14 décembre 1850 à Mazari, directeur de la Fenice : « D'un drame authentique et violent, on a fait quelque chose de banal et sans passion. […] En tant que musicien consciencieux, je ne puis mettre en musique ce livret29. ». Il choisit de négocier point par point l'œuvre directement avec les censeurs.
Brenna intervient en qualité de médiateur et présente aux Autrichiens des lettres et autres articles dépeignant le mauvais caractère mais la grande valeur du compositeur. Les parties s'accordent finalement sur le déplacement de l'action de la cour du roi de France vers un duché de France ou d'Italie, et le renommage des personnages (le bossu Triboulet devient ainsi Rigoletto, du français familier « rigolo »). Le titre de l'œuvre est également modifié. Entre autres détails, la scène dans laquelle le souverain se retire dans la chambre de Gilda doit être supprimée et la visite du duc à la Taverna n'est plus du fait de celui-ci mais d'une manigance des comploteurs.

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