O15586
Vincent Delecroix : "Tombeau d’Achille"



O15586 Vincent Delecroix : "Tombeau d’Achille"

"Tombeau d’Achille"

Vincent Delecroix

Gallimard

2008



Pour mon père et ma mère
Qui m’ont donné Achille.



Les héros d’Homère ne sont ni des monuments ni des idées, pas même notre part d’immortalité.

Le "divin" Achille est le plus mortel des hommes, si lié à notre condition que sa mère fut inconsolable.

La faiseuse d’immortels, c’est elle, plutôt, qui jette ses enfants au feu pour en brûler les parties mortelles.

A la manière des philosophes qui jettent la réalité fuyante et mouvante, singulière, diaprée, variable, au feu des Idées éternelle pour enrayer le cours du temps, la croissance de la mort, l’intolérable destruction attachée à tout ce qui est et devient.



Achille n’est plus seulement le guerrier ivre de vengeance, le tueur d’Hector, il a d’autres amis que Patrocle et Antiloque.

Il est aussi l’amant de Polyxène, d’Iphigénie, celui d’Hélène même, celui, pour son malheur, de l’Amazone Penthésilée.



Achille n’est pas le fils seulement de la marine Thétis et de Pélée

Non pas même celui d’Homère

Mais celui de Stace, d’Ovide, d’Horace, d’Euripide et de Racine, de Goethe et de Byron, de Rotrou et de Bensérade, de Gluck, de Métastase, de Lully, de Dante et de Boccace, de Ronsard, de Shakespeare, de Rubens, d’Ingres, de Füssli, de La Fontaine, de Barbey, de Kleist, d’Aristote, de Gracian, d’Alain, de Simone Weil.



Achille, promis à une mort inéluctable dont le fantôme guette chacun de ses gestes, meurt sans arrêt puis vit de nouveau d’une autre vie.



Plutarque

Alexandre pleura sur la tombe d’Achille.



Baltasar Gracian

Le Héros

Ce n’était pas la mort d’Achille qu’il pleurait : il pleurait sur lui-même.



Caracalla, empereur dégénéré

Ridicule et effroyable de la décadence.

A Sigée, où se trouve la cendre d’Achille.

Par bêtise, par mégalomanie, il veut pleurer l’ami.

Fâché de ne pas avoir d’ami à sa disposition, il s’en trouve un, et le fait égorger.

Pour le pleurer, comme Achille pleura Patrocle.

Achille avait coupé sa chevelure, et jeté les mèches dans le bûcher de Patrocle.

Mais il est très dégarni...

Les soldats sont narquois, pleins d’un insurmontable mépris.

Il s’arrache une maigre et galeuse touffe de cheveux.



A voir agir certains, il arrive parfois qu’on se sente soldat de Caracalla.



Dispute pour les armes d’Achille.

Aussitôt après sa mort, elle oppose Achille et Ajax.

Dans l’histoire, une querelle où l’on se bat parfois comme des chiffonniers pour savoir qui en est digne.

Et c’est à qui usera de plus de ruse, d’art ou de fourberie pour se saisir de ce que pourtant il ne pourra manier.



L’Odyssée raconte comment un homme veut vivre à tout prix, et rentrer chez lui

Avec un entêtement d’animal qui nous touche parce que toute notre vie est un acharnement à vivre.

Vivre et revenir, c’est tout un.



Apollon, le grand rival d’Achille.

Son seul véritable meurtrier.



Tuer, détruire

Le monde est un chaos, une immense guerre, une grande querelle.



Achille tue pour qu’on dise qu’il a tué

Prendre Troie n’est que le premier prix des Jeux.

Il ne se bat ni pour un empire ni pour une cité, ni pour une raison – pour lui seulement et pour faire de son glaive le calame dur et brûlant du poète sur le parchemin.

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