O15475
Jorgen Gustava Brandt : "Anthologie de la poésie danoise contemporaine"



O15475 Jorgen Gustava Brandt : "Anthologie de la poésie danoise contemporaine"

"Anthologie de la poésie danoise contemporaine"

Jorgen Gustava Brandt

Gallimard

1975



Sophus Claussen

La révolte des atomes

Tous les atomes du monde exigent la liberté.
Je vous en prie, ayez pitié de notre globe.



Seven Clausen

Quarante ans

Si u as la quarantaine,
La mort autour de toi égrène –
Plus de soucis à te faire.
L’îlot du monde va être désert.

Qu’ambitionnes-tu encore,
O toi, bouffi d’orgueil ?
Vers quoi tend ton effort,
O toi, chair à cercueil ?



Nis Petersen

Invasion des sables à Hohoj

Mon pays, aussi loin que je peux l’embrasser, s’est dressé de colère.

Mon pays, aussi loin que je peux l’embrasser, a le rouge au front.

Fasse que ses enfants de mer et de lumière s’abreuvent à son immense colère !



Johannes Wulff

Le dos de mon mari

Le dos de mon mari est puissant,

Son ventre est fort protubérant,

A son contact je sais
Si nous sommes ensemble
Ou bien encore
A une certaine distance de l’amour.

Lorsque dans son sommeil,
Il me laisse en paix –
De toute sa chair débordante
Je suis éprise
Et, grâce à elle, pas toujours seule.
Elle réchauffe comme le poêle
En hiver
Et sa tête est belle.

Nous sommes heureux,
Mon mari et moi,
Mais nous ne nous le disons pas –
Ni le matin
Ni le soir
Ni
Quand nous nous enfouissons l’un dans l’autre.

Nous écrivons sur les tables de la loi,
Nos deux ventres à l’unisson.



Jens August Schade

Dieu est arrivé en ville

C’est parce que je suis né au Danemark que j’ai cet air-là.

C’est mon amour de l’amour qui fait que j’en parle en poète !



Poul Sorensen

Insuline

Les Egyptiens de l’Antiquité, les hommes du Nil en Basse Nubie,
Embaumaient leurs morts les jours qui suivaient le décès.
Nous embaumons aussi. Mais c’est quelque temps "avant" le décès,
Parvenant de la sorte à mécaniser la momie.



Gustav Munch-Petersen

Ne me parlez pas

Du silence
Du silence
Ne parlez pas !

Je n’ai encore rien trouvé
Je n’ai trouvé
Ni ma maison
Ni mon amour
Ni mes terres

Silence – silence !
Je dois
Trouver mon foyer.



Halfdan Rasmussen

De la perfection

Chaque fois que je veux écrire le poème parfait
Et que je remets cent fois sur le métier,
Ma main se met à trembler, mon rhumatisme renaît
Et mon stylo fait des pâtés.



Jorgen Nash

La tête se reprend la nuit
Ainsi l’œil et l’esprit peuvent contenir tout.



Ole Sarvig

Tard l’après-midi

Il est tard dans l’après-midi.
Les gens se tiennent là
Comme s’ils écoutaient.



Erik Knudsen

Orage

La ville assaille le ciel. Le ciel explose.
Les saints et les icebergs se perdent dans la nuit.

Le fleuve fait demi-tour en maudissant sa source.
Des clochers croulent sans un bruit.

Mais un rire ruisselle, avalanche de pierres.
Nuit sans fin. Dieu est repu à présent.



Jorgen Gustava Brandt

Chérubin dans la tempête

J’ai enlevé mes chaussures, j’ai desserré mon col et ma ceinture
Convulsive la mer repose face à mon pied nu.



Klaus Rifbjerg

Le héros de la Manche

Frappe à la cuirasse de Don Quichotte
Et demande : Es-tu encore là-dedans, mon vieux



Bent Irve

Lazare

Personne ne se souvient de ma mort
Mais chacun de ma résurrection.

Ma fin ne fut
Que simple et terrestre.

Ainsi se ferme le livre de l’oubli
Sur la vie du commun des hommes.

Moi seul je l’ai ouvert.

Ensuite, le fil des données
S’est rompu.

Ensuite, ça été plus pénible
De mourir.



Henrik Nordbrandt

La Chine regardée à travers la pluie grecque dans un café turc


Dan Turell

Chacun a ses lumières à soi…

Chacun a ses lumières à soi ses archives nerveuses
Chacun renferme un flot d’images

Et chaque instant
L’éclatement peut se produire
Les fleurs peuvent jaillir de partout
Et la sensation libérer les territoires occupés
En un énorme mouvement de mutation

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