O15472
Jean-Clarence Lambert : "Poétique de la danse"



O15472 Jean-Clarence Lambert : "Poetique de la danse"

"Poétique de la danse"

Jean-Clarence Lambert

Falaize

1955



Rilke

O viens et va. Toi, presqu'une enfant encor.



Tagore

Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines nuit et jour court à travers le monde et danse en pulsations rythmées.



Jean Amrouche



Elle est tombée dans la danse.
Nul de vous ne sait son nom.
Une amulette d'argent
Se balance entre ses seins.



Pour elle j'ai vendu
Tous mes orangers.



Federico Garcia Lorca

Carmen va dansant
Par les rues de Séville.
Elle a les cheveux blancs
Brillantes les pupilles.



Pierre Louÿs

Anthis, danseuse de Lydie, a sept voiles autour d'elle.

Elle dégage ses petits seins du voile rouge qui se dénoue.

Tu attaches à tes mains légères tes crotales retentissants, Myrrhinidion ma chérie, et à peine nue hors de la robe, tu étires tes membres nerveux. Que tu es jolie, les bras en l'air, les reins arqués et les seins rouges !

Tu agites d'un frémissement ta croupe convulsive et musclée, ou tu ondules à peine étendue, au rythme de tes souvenirs.



Paul Eluard

Demande dans la salle : l'heure ou l'ordre
Mais la danseuse aux pièces d'or, d'au claire,
Ne sait ni lire ni compter

Aussi naïve qu'un miroir,
Elle n'a pas de toit,

Rien qu'un soleil

Et l'ombre chaude sans les murs.



Friedrich von Schiller

Comme s'ils flottaient sur les eaux, au rythme de la vague, vois les couples tourner ! Le pied vole et touche terre à peine.

Vois-je des ombres fugaces, à qui leur corps ne pèse plus, ou des Elfes là-bas qui, dans le clair de lune, entrelacent leur ronde ?



Simon Dach

O danse qui soumets
Pieds et pas à tes lois,
Presse-mains, conte-fleurette,
Amie d'amour et de badinage,
C'est pour toi, pour toi seule
Qu'est ici la jeunesse,
Attendant que tu lèves
La bannière des joies.



Indiens Arapaho

Quand nous dansons jusqu'à l'aube
La lune prend pitié de nous.



Friedrich Nietzsche

Venteux Mistral, chasseur de nuages,
Tueur des tourments, balai du ciel,
Grande voie beuglante, oh ! que je t'aime !

Ici, aux sentes glissantes des roches,
Je cours et danse à ta rencontre,
Une danse, comme toi tu siffles et tu chantes,
Toi qui, sans rames ni navire,
Frère de la liberté, son frère le plus libre,
Bondis par-dessus le déchaînement des mers !

Arrachons à chaque fleur
Sa fleur pour notre gloire,
Puis deux feuilles encore pour faire notre couronne !
Dansons comme les troubadours,
Entre les saints et les catins,
Entre le monde et Dieu, notre danse !



Luis de Gongora

Aux pinèdes de Jucar,
J'ai vu danser vives filles,
Au son de l'eau sur les pierres,
Au son du vent dans les branches

Non point le cœur blanc des nymphes
Qui font leur gîte dans l'eau,
Ni chères à la forêt
Les suivantes de Diane ;

Mais les filles de Cuenca,
Parure de la montagne
Dont deux fleuves font le tour
Pour baiser aux pieds la ville.

Elles tissent folles rondes
En se donnant les mains blanches
D'amitié, non sans la crainte
Que les figures de danse
N'y apportent changement.

Dieu comme elles dansent bien,
Les filles de la sierra !



Psaume 49

Chantez à Dieu un chant nouveau !

Qu'Israël se réjouisse en celui qui l'a créé !

Que les fils de Sion soient dans l'allégresse à cause de leur roi !

Qu'ils louent son nom avec des danses,
Qu'ils le célèbrent avec le tambourin et la harpe !



Euripide

Ainsi dans nos danses, toute la nuit,
Nos pieds blancs marqueront la cadence
Dans la bacchanale, et ma gorge
Dans la fraîcheur de l'air,
Je la renverserai, tel le faon qui dans la verdure
Du pré se joue gaiement
Lorsqu'il a fui les terreurs
De la chasse, loin du cercle des traqueurs



Philodamos de Scarphée

Evohé, O Iobacchos, O Ié Paian,
Les Muses aussitôt, troupe virginale,
Ceignant le lierre, et formant le cercle en chœur,
Se mirent à chanter son immortalité,
Apollon donnait le branle !



Euripide



Thèbes, ville de Sémélé,
Ah ! couronne ton front de lierre !
Ah ! viens danser, le col paré
Du liseron en fleurs et vert,
Des feuilles de chêne et de pin !



Le pelage moiré de la biche te couvre,
Puis la brebis aux blanches boucles.
Prends le fouet aussi, selon le rite saint,
Et que dansent tous les villages
Pour le dieu qui conduit de sommet en sommet
Ses rondes de danses sauvages,
Et la foule l'attend, des femmes arrachées
A leurs fuseaux, à leurs tissages,
Par le dieu qui les a pressées.



Bacchantes, ô douceur sur les monts Lydiens,
Sur leurs sources aux sables d'or,
Pour votre Roi dionysien,
Ah ! faites résonner vos lourds tambours encor !
Ohé ! Chantez le dieu de l'Evohé,
Par les hululements, par les chants phrygiens,
Tandis que gémit la flûte sacrée,
Que monte, si doux, son chant consacré,
Et que de monts en monts votre course est menée !



Et le cœur de plaisir réjoui,
Tel un jeune poulain suit sa mère emportée,
La Bacchante danse et bondit
Dans la ronde d'un pied léger.



Kabir

Danse, mon cœur, danse de joie aujourd'hui.
Folles de joie, la vie et la mort dansent.
Les monts et l'océan et la terre dansent.
Au milieu d'éclats de rire et de sanglots, l'humanité danse !

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