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Un conseiller musulman d’Aung San Suu Kyi est assassiné. En Birmanie, des années de meurtres ne peuvent être effacées



O15214 Un conseiller musulman d’Aung San Suu Kyi est assassine. En Birmanie, des annees de meurtres ne peuvent etre effacees


Un conseiller musulman d’Aung San Suu Kyi est assassiné. En Birmanie, des années de meurtres ne peuvent être effacées.



Libération

30-01-17



Guillaume Reuge



L’apaisement religieux n’est pas à l’ordre du jour en Birmanie. Ko Ni, conseiller juridique musulman d’Aung San Suu Kyi, a été assassiné dimanche en fin d’après-midi devant l’aéroport de Rangoun, la capitale économique du pays. Il revenait avec une délégation gouvernementale d’un voyage en Indonésie où les leaders régionaux devaient discuter des tensions religieuses dans l’Etat Rakhine (ouest de la Birmanie), épicentre des violences envers la minorité musulmane Rohingya.
Alors qu’il attendait avec son petit-fils devant l’aéroport, l’avocat et conseiller de 65 ans du National League for Democraty (NDL), le parti au pouvoir, s’est fait tirer dessus par Kyi Lin, 53 ans, arrêté sur place par la police peu de temps après la fusillade. Le présumé tireur a également tué un chauffeur de taxi qui le pourchassait.
Présenté par le gouvernement birman comme un rouage essentiel de l’entourage d’Aung San Suu Kyi, Ko Ni était surtout un symbole de la communauté musulmane du pays, estimée à 5% de la population. La NDL par l’intermédiaire de son patron Tin Oo, dénonce un assassinat politique, un acte de terrorisme. «Perdre ce genre de personne est une grande disparition pour notre pays, pour ses forces démocratiques et pour notre parti», s’est-il ému. De son côté, l’ONG Amnesty International évoque «la perte d’une voix importante pour le combat des droits de l’homme à Myanmar [autre nom de la Birmanie, ndlr]».
20 000 personnes à l’enterrement
L’annonce de l’assassinat de Ko Ni a très vite circulé dans la capitale. Les Rangouniens se sont massés en nombre devant la demeure du défunt conseiller pour témoigner leur émotion. Les funérailles, qui se sont déroulées lundi, ont également drainé une foule compacte. Hauts responsables, autorités militaires, citoyens lambda, en tout, près de 20 000 personnes, ont rejoint le cimetière musulman de la capitalepour un dernier hommage.
Ko Ni était célèbre pour avoir dénoncé les lois antimusulmans des nationalistes bouddhistes et l’absence de candidats musulmans sur les listes du NDL lors des élections générales de 2015. Selon sa fille, qui s’est exprimée à la télévision nationale devant l’hôpital où le corps a été acheminé, l’appartenance religieuse de son père est une des raisons de son assassinat. La mort de Ko Ni est une étape de plus dans l’escalade des violences envers les musulmans dans le pays. Depuis octobre et le lancement d’une offensive de l’armée dans l’Etat Rakhine, 66 000 Rohingyas ont fui en direction du Bangladesh voisin d’après le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (UNHCR).
Le think tank International Crisis Group tire quant à lui la sonnette d’alarme après le meurtre de cet infatigable défenseur des droits de l’homme. «Cette mort souligne l’urgence du gouvernement birman et de la société à se réunir pour dénoncer toutes les formes de discours haineux.» L’homicide du symbole Ko Ni est un sacrifice de plus sur l’autel birman de l’intolérance religieuse.



L’habitude du meurtre.



Le rejet de la compréhension entre communautés.



Tuer, puisque c’est l’usage.



Que l’on ne conçoit aucune autre attitude.



Talmud

"Quand l’autorisation a été donnée au destructeur de détruire, il ne distingue plus entre le juste et le méchant."

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