O14945
Farid Od Din Attar : "Le cantique des oiseaux"



O14945 Farid Od Din Attar : "Le cantique des oiseaux"

"Le cantique des oiseaux"

Farid Od Din Attar

Diane de Selliers

2013



Sois bienvenue, ô huppe, oiseau de la guidance
Toi en chaque station messagère du vrai.



12 ème siècle



Tout cela n’est qu’un conte, une narration vaine
Et l’œuvre des vrais hommes est d’effacer leur moi.



De l’océan du vrai, je fais jaillir les perles



A la huppe

Ne tourne pas le dos à la dévotion
Pratique-la toujours sans demander de prix

Pratique-la toujours tout au long de ta vie
Pour qu’un jour Salomon t’accorde son regard



Les sept vallées

Au début, il y a la vallée du désir

Puis, vallée sans rivage, la vallée de l’amour

La troisième est la vallée de la connaissance

La quatrième la vallée de la plénitude

La cinquième la vallée de l’unicité pure

La sixième, terrifiante est la perplexité

La septième c’est le dénuement et l’anéantissement



Simorgh

Quelques-uns des oiseaux seulement accédèrent au seuil

Certains se noyèrent au fond de l’océan

D’autres se perdirent, disparus à jamais

Certains, en atteignant les plus hautes montages

Rendirent l’âme, assoiffés, submergés de douleur



Trente oiseaux déplumés, faibles et abattus

La présence leur apparut,

Présence au-delà des attributs, des mots



La Simorgh restera toujours la souveraine
Souveraine absolue, majesté éternelle



Rentrez chez vous, partez, ô pauvres fous !



Les trente oiseaux voient Simorgh

Leur âme s’anéantit de honte
Alors le corps en poudre ils obtinrent la vie

Ils furent vivifiés par l’éclat de sa gloire

Ils virent reflétés trente oiseaux, les si morgh
Ils virent que Simorgh n’était autre qu’eux-mêmes.

Ils lui demandèrent la clé de ce puissant mystère

Ce TOI qui était NOUS

Sa majesté Simorgh leur dit, mais sans parler :

"Le soleil de la majesté est un miroir."

Celui qui vient à elle ne peut voir que lui-même

Il se voit, corps et âme, tout entier reflété

Vous avez cherché l’autre, en cheminant longtemps

Vous ne voyez pourtant que vous, vous seulement

Vous voilà trente oiseaux hébétés et perplexes

Aux cœurs impatients, enamourés et sans vie

Mais moi, je suis la seule véritable Simorgh
Je suis la pure essence de l’Oiseau souverain

Il vous faut maintenant, dans la grâce et la joie
Annihiler votre être tout entier en Moi

Avant de vous trouver vous-mêmes dedans Moi.

Ils s’annihilèrent, cette fois pour toujours

Pendant qu’ils cheminaient, la parole régnait
Une fois le but atteint, il ne resta plus rien

Ni début ni fin, ni guide ni chemin

Et c’est pourquoi, ici, la parole s’éteint.



Son injure est louange



Etreindre le néant



Prière du vizir Nezam ol Molk



Il tomba dans l’agonie

Il disait :

O Seigneur, je m’en vais les mains vides


Salomon

Il posa à une fourmi une question profonde

Dis, petite fourmi, plus tourmentée que moi

Quelle argile sur la terre est plus pétrie de pleurs ?

La fourmi lui fit cette réponse :

"Celle de la tombe étroite où reposent les morts."



Au bain



Dis-moi, âme pure, vieux sheikh,

Ce qui fait dans ce monde la magnanimité ?

Le maître répondit :

Ne pas mettre sous le nez de celui que tu laves la crasse accumulée !



Les cendres de Hallaj



On dit que quand le corps de Hallaj eut brûlé
Dans le feu du bûcher un amant vint s’asseoir

Il dit :

Oh, par la vérité, où est donc
Celui qui clama si haut : "Je suis le vrai" ?

Tout ce que tu as dit et aussi entendu
Tout ce que tu as su et ce que tu as vu

Tout cela, sache-le, n’est qu’un simple prélude

Ta place n’est pas ici, parmi les ruines



Tuer le bien-aimé

Submergé par l’amour, le désir, la passion
Le roi ne pouvait penser à rien d’autre qu’à lui

Le garçon pouvait-il se soustraire à cela ?

Non : il craignait le roi qui le tenait lié

Dans le voisinage, une fille, belle comme le jour

Quand le jeune homme la vit, il tomba amoureux

Ils parvinrent en cachette à se retrouver seuls

Loin des regards du roi qui était ivre-mort

Mais au milieu de la nuit

Il sortit de son alcôve, un poignard à la main

Il chercha son aimé sans pouvoir le trouver

Il chercha partout et quand il le trouvé

Il le vit étendu auprès d’une beauté

Il vit les amoureux enlacés et unis

Saisi de jalousie

Comment se pouvait-il que celui qu’il aimait

Fût dans les bras d’une autre ?

Insensé ! Tu avais comme amant un monarque

Ce que j’ai fait pour toi nul ne le fit jamais

Ingrat, tu me châties

Pourtant je t’ai donné la clé de mon trésor

Il ordonna qu’on l’emmène

Les pieds et poings liés

Le roi ordonna qu’en l’enceinte du palais
On pendit haut et court ce traître à son amour

Mais avant

Arrachez-lui la peau et exposez-le
La tête renversée, au plus haut du gibet

Quiconque a été élevé jusqu’à moi, dans mon intimité
Ne dois plus de sa vie, même regarder un autre

Le vizir, dont c’était le fils, supplie les dix bourreaux

Il n’a pas commis un bien grand crime

Il fit venir un condamné à mort

Il le fit écorcher et pendre la tête en bas

Puis il cacha son fils derrière un épais voile

Le lendemain, le roi s’éveilla, sobre

Il demanda :



Qu’avez-vous fait de ce chien infidèle ?

On lui dit qu’on l’avait pendu

Le roi fut satisfait

Au bout de quelques jours, le roi eut des remords

Son amour reprit force

Amour qui fit de lui
Le roi au cœur de lion, une faible fourmi

Dans son intimité, le Joseph de son temps

Lui qui était sans cesse enivré par l’union

Comment survivrait-il dans l’absence et le manque ?

Il versait nuit et jour des larmes rouges de sang

Il revêtit l’habit bleu du deuil

S’enferma

Il se remémorait les manières du jeune homme

En rêve

Ce sang est le prix à payer
D’être de toi aimé et par toi rejeté

Tu m’as écorché

Même les infidèles ne sont pas si cruels

Il se montre à lui

Ils se retrouvent au pavillon intime

Je suis échec et mat, il me faut renoncer

Même l’éloquent lis doté de ses dix langues
Est tombé amoureux de son propre silence

Je me tais

Leur secret…

Ce qu’il faut, c’est œuvrer, œuvrer et voilà tout !

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