O14934
Constantin Frosin : "Cioran, florilège, du non-sens au paradoxe"



O14934 Constantin Frosin : "Cioran, florilege, du non-sens au paradoxe"

"Cioran, florilège, du non-sens au paradoxe"

Constantin Frosin

Le Brontosaure

2002



Les habitants du globe se partagent en deux catégories :

Les Juifs et les non Juifs.

Si l’on pesait les mérites des uns et des autres, sans conteste les premiers l’emporteraient ;

Ils auraient assez de titres pour parler au nom de l’humanité et de s’en estimer les représentants.



Les Juifs

Je leur suis redevable de maint revirement, de maint compromis avec la non évidence de vivre.

Et pourtant, leur ai-je toujours rendu justice ?

A vingt ans, je les aimais au point de regretter de n’être pas des leurs.

Quelques temps plus tard, ne pouvant leur pardonner d’avoir joué un rôle de premier plan dans le cours des temps, je me pris à les détester avec la rage d’un amour haine.



Les Juifs ?

Ce sont des maîtres à exister.



L’histoire contemporaine est inconcevable sans les Juifs.

Qui, en leur présence, peut demeurer neutre ?

On ne les approche jamais en pure perte.

Sans eux, les cités seraient irrespirables.

Ils entretiennent un climat de fièvre, faute de quoi toute agglomération fait province.

Une ville morte est une ville sans Juifs.



Quel que soit le pays qu’ils habitent, les Juifs s’y trouvent à la pointe de l’esprit.



Les Juifs ?

Par quelle aberration a-t-on pu parler de leur goût pour la destruction ?

Destructeurs, eux ?

On devrait plutôt leur reprocher de ne l’être pas assez.

De combien de nos espoirs ne sont-ils responsables !

Loin de concevoir la destruction en elle-même, s’ils sont anarchistes, ils visent toujours à une œuvre future, à une construction impossible peut-être, mais souhaitée.



J’ai connu beaucoup de Juifs intéressants, ce sont les personnes les plus intelligentes, les plus imprévisibles, les plus généreuses dans les relations humaines.

Lorsque je suis arrivé en France, les seuls à s’intéresser à moi et à se demander comment je parvenais à vivre, étaient des Juifs.



Si l’on m’objectait que les Juifs ne sont pas exceptionnels par leur nature, je répondrais qu’ils le sont par leur destin, destin absolu, destin à l’état pur, lequel, leur conférant force et démesure, les élève au-dessus d’eux-mêmes et leur ôte toute faculté d’être nuls.



Je ne m’entends qu’avec ceux qui n’ont aucune espèce de patrie.

Mes affinités profondes avec les Juifs.



Je suis métaphysiquement Juif.

Job, mon patron.



Etre Juif, c’est quelque chose.

Etre roumain, ce n’est rien du tout.



Les Juifs ?

Eux seuls ont du mystère.

Les non Juifs sont trop évidents.



Je ne m’entends en profondeur qu’avec les Juifs.



Je m’entends mieux avec les Juifs roumains qu’avec les Roumains proprement dits.



Il m’a manqué une condition essentielle pour me réaliser pleinement : être Juif.



Les Juifs ?

Les plus doués de tous les peuples.

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