O14931
Cioran : "Cahiers 1957-1972"



O14931 Cioran : "Cahiers 1957-1972"

"Cahiers 1957-1972"

Cioran

Gallimard

1997



Je ne prends la plume que lorsque j’ai envie de me foutre une balle dans la peau.



Simone Boué

Partout et toujours, il est seul.



Toutes les impossibilités n’en sont qu’une :

Celle d’aimer, celle de sortir de sa propre tristesse.



Crier, vers qui ?

Tel fut le seul et unique problème de toute ma vie.



Je ne suis pas d’ici.

Condition d’exilé en soi.

Je ne suis nulle part chez moi.

Inappartenance absolue à quoi que ce soit.

Le paradis perdu – mon obsession de chaque instant.



Ce qui ne peut pas se traduire en terme de religion ne mérite pas d’être vécu.



Ballotté entre le cynisme et l’élégie.



Si je pouvais écrire tous les jours un psaume, combien mon sort en serait allégé.

Si du moins je pouvais en lire un, et rien de plus !



Les deux plus grands sages de l’antiquité finissante : Epictète et Marc-Aurèle, un esclave et un empereur.



Plus près de la tragédie grecque que de la Bible.

J’ai toujours mieux compris et senti le Destin que Dieu.



Toute gloire est risible.

Celui qui y aspire doit vraiment avoir le goût de la déchéance.



La sensation de mon rien me gonfle d’orgueil.



Quand les autres ont cessé d’exister pour nous, nous cessons d’exister à notre tour pour nous-même.



Toute la philosophie hindoue se résume dans l’horreur, non de la mort, mais de la naissance.



On oublie toutes les douleurs, mais on n’oublie aucune humiliation.



Je suis un Mongol dévasté par la mélancolie.



Tout homme qui a une conviction, quelle qu’elle soit, a un dieu.



Comme les mystiques, je suis rongé par la concupiscence, tout en détestant la chair.



Vos yeux s’ouvrirent.

C’est tout le drame de la connaissance.



Dieu a donné à Adam et Eve le bonheur, à condition qu’ils n’aspirent ni n’atteignent au savoir et au pouvoir.



Il faut penser à Dieu, et non à la religion.



Je ne peux m’entendre tout à fait bien avec un homme que lorsqu’il est parvenu au comble de la défaite.

Qu’il a perdu toute assise.

Dans ces moments, il a dépouillé tous les mensonges, et il est nu et vrai, rendu à son essence par les coups du sort.



Exister, c’est être distinct.

On cesse d’exister dans tout régime, religieux ou politique, qui supprime l’hérésie, la volonté d’aller contre le dogme ou le courant.



Tous nos vices viennent de l’excès d’activité, de cette propension à nous réaliser, à donner une apparence honorable à nos travers.



Je n’ai jamais prononcé ou écrit le mot solitude, sans ressentir de la volupté.



Quel spectacle écœurant que cette humanité d’emprunt, cérébrale, savante, qui vit en parasite de l’esprit.



Les Français seraient le peuple le plus heureux de la terre si la vanité ne venait troubler leur bonheur.



Je ne m’entends qu’avec ceux qui n’ont aucune espèce de patrie.

Mes affinités profondes avec les Juifs.



La foi, loin d’atténuer notre férocité, l’exacerbe davantage.



L’adaptabilité est signe de manque de caractère et de néant intérieur.



Les Juifs avaient du talent en Allemagne.

Pour leur grand malheur.

C’est cela qui a suscité la jalousie de leurs concitoyens plus lourds.



Chaque génération vit dans l’absolu.

Elle réagit comme si elle était parvenue au sommet de l’histoire.

Le grand secret de tout : se sentir le centre du monde.

C’est exactement ce que fait chaque individu.



Si je pouvais croire à ce que je fais !



Ennemi du genre humain, seul titre qu’il soit flatteur de prétendre.



Ce que j’aime le plus à Paris, c’est d’assister à la chute d’un homme.



Un hassid, disciple du Baal Chem, avoua qu’il avait bien eu l’intention de publier un livre, s’il avait eu comme unique but le plaisir de son Créateur.

Mais comme il en doutait, il y renonça.



Hölderlin n’est pas allé visiter la Grèce.

Quand on veut ressusciter les dieux morts, il ne faut pas hanter le sol qu’ils ont foulé.

On ne peut les faire revivre que de loin.

Le tourisme coupe tout lien vivant avec le passé.



Mon plus grand plaisir, quand j’ai à traiter d’un sujet, c’est de lire les livres qui ne s’y rapportent pas.

Cela me donne une très vive sensation de liberté.



André Breton, faux esprit révolutionnaire, poseur distingué.

Le contemporain qui s’est pris le plus au sérieux.

Il a su être quelqu’un avec une œuvre quelconque.



En fait d’absolu, je n’ai pas dépassé le stade de la tentation.



Martin Buber, après avoir joué à l’apôtre pendant quarante ou cinquante ans, a découvert l’amour physique tout à la fin de sa vie.

Reniement des idées qu’il avait professées jusqu’alors.

Réhabilitation des sens aux dépens de l’âme.



Ce qu’il y a de plus profond en nous, c’est le désir de se venger.



Sauf Pyrrhon, Epicure et quelques autres, la philosophie grecque est décevante.

Elle ne cherche que… la vérité.



Claudel

Je suis pour tous les Jupiter contre tous les Prométhée.



L’Occident n’est plus attiré que par le blasphème.



Je ne m’entends en profondeur qu’avec les Juifs.

Nous avons des tares communes.



Maharshi

Problèmes sociaux ?

Comme si c’est à un saint de les résoudre…

Il propose un exemple.



Montesquieu

La Religion catholique détruira la Religion protestante.

Ensuite, les Catholiques deviendront protestants.



Montesquieu

Il est l’esprit le plus solide du 18 ème siècle.

Et peut-être de tous les siècles français.



Je suis un incroyant qui ne lit que des penseurs religieux.



Etre roumain : un drame sans signification.

Alors qu’être juif c’est le contraire : un drame chargé de trop de signification.



Ce qui est rassurant, c’est le mépris de Diogène pour Platon.



L’homme que je hais le plus au monde, c’est Hitler.

Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que, en fait de nervosité, c’est l’être auquel je ressemble le plus.



Quand je suis seul, je suis mécontent du monde, et quand je vais dans le monde, je suis mécontent de moi.



La seule chose que je lise avec plaisir, ce sont les confessions.



On ne devrait jamais parler de ce qu’on fait. Ca sent la propagande.



Le flatteur est un futur calomniateur.

Il est un calomniateur déguisé.

Pendant qu’il chante vos louanges, il prépare ses coups.

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