O14831
Citations : "Maurice Chapelan"



O14831 Citations : "Maurice Chapelan"

"Maurice Chapelan"

Citations

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1906-1992



J'attends d'un auteur qu'il me parle de lui, c'est-à-dire de moi : qu'il augmente la conscience que j'ai de moi-même par identification ou par opposition avec la sienne.
(Lire et Écrire, p.13, Grasset, 1960)

Je doute qu'un écrivain ait des idées qui méritent vraiment d'être dites, quand il n'a pas vraiment un style pour me les dire.
(Lire et Écrire, p.16, Grasset, 1960)

Les laideurs du génie lui sont aussi consubstantielles que ses beautés.
(Lire et Écrire, p.20, Grasset, 1960)

Le mot de Royer-Collard à Vigny : « Je ne lis rien, je relis » Pas si bête ! On choisit ce qu'on relit ; ce qu'on lit pour la première fois nous fait presque toujours perdre notre temps.
(Lire et Écrire, p.27, Grasset, 1960)

Ne pas vouloir tout aimer et savoir aimer vraiment ce qu'on aime ; cela, qui paraît facile, ne s'obtient de soi que par force.
(Lire et Écrire, p.28, Grasset, 1960)

Il y a d'immenses jardins de la culture que j'ignore, mais une abeille n'a pas besoin de toutes les fleurs.
(Lire et Écrire, p.28, Grasset, 1960)

L'imagination fait les romanciers ; son absence, leurs lecteurs.
(Lire et Écrire, p.29, Grasset, 1960)

Ce sont les livres que mon esprit respecte que ma main fatigue.
(Lire et Écrire, p.32, Grasset, 1960)

On cite, sans les avoir lus, les ouvrages dont la renommée suffit à écarter le doute qu'on les ignore, et l'on se flatte de connaître tel auteur obscur, donnant à penser par là qu'on possède tous les autres, qui le sont moins.
(Lire et Écrire, p.34, Grasset, 1960)

Instruction : des pierres dans un sac. Culture : une graine dans un pot. Si grand le sac et nombreuses les pierres, rien n'y pousse. Si modeste la graine et petit le pot, cela germe, croît et fleurit. Et c'est parce que les esprits sont ou des sacs ou des pots, qu'il arrive qu'on rencontre plus de culture chez un cordonnier de village que sous la toque d'un professeur en Sorbonne.
(Lire et Écrire, p.34, Grasset, 1960)

Le plus à plaindre sont ceux qui ne savent pas ce qu'ils n'ont pas appris.
(Lire et Écrire, p.35, Grasset, 1960)

Le rire est un désinfectant.
(Lire et Écrire, p.37, Grasset, 1960)

Excellentes, les œuvres qui nous mettent en appétit d'écrire : non pas comme elles, comme nous ; qui nous donnent une méthode, non point une formule, et nous excitent à notre vérité.
(Lire et Écrire, p.39, Grasset, 1960)

Une pensée libre et légère. La conviction pèse sur la langue et le style du poids d'un bœuf.
(Lire et Écrire, p.40, Grasset, 1960)

[J'écris] parce que j'ai tellement le sentiment de n'être personne, que je voudrais bien faire croire aux autres que je suis quelqu'un.
(Lire et Écrire, p.41, Grasset, 1960)

Un bon style se doit d'abord de supprimer tout vide entre le sens et l'expression. À ce prix, un propos même insignifiant garde une vertu.
(Lire et Écrire, p.41, Grasset, 1960)

Les grands écrivains vont de la distorsion à la rectitude et de l'ornement à la nudité.
(Lire et Écrire, p.41, Grasset, 1960)

Souvent, qui n'a pas la source se fait fleuve.
(Lire et Écrire, p.42, Grasset, 1960)

Les mots sont des pièges, où il s'agit de prendre sans être pris.
(Lire et Écrire, p.42, Grasset, 1960)

La virtuosité mécanise : elle substitue l'ivresse de l'outil à celle de l'esprit et du cœur. Tout virtuose est un artiste moindre.
(Lire et Écrire, p.45, Grasset, 1960)

Auteurs de journaux intimes, on vous appelle diaristes : quelle horreur !
(Lire et Écrire, p.47, Grasset, 1960)

Il n'est pas commun d'avoir le courage de se montrer simplement tel qu'on est : la plupart se drapent, se maquillent, et c'est par le fard et les plis qu'ils rancissent et s'empoussièrent. La jouvence : être vrai.
(Lire et Écrire, p.48, Grasset, 1960)

Se corriger, en littérature, c'est presque toujours soustraire. En morale aussi.
(Lire et Écrire, p.55, Grasset, 1960)

J'aime assez que le cœur dicte, que l'imagination écrive et que l'esprit corrige.
(Lire et Écrire, p.55, Grasset, 1960)

Plaire vous dilate, déplaire vous contracte.
(Lire et Écrire, p.58, Grasset, 1960)

J'écris pour me surprendre, c'est-à-dire à la fois pour me découvrir et pour m'étonner.
(Lire et Écrire, p.59, Grasset, 1960)

Je me recueille, m'accueille, me cueille.
(Lire et Écrire, p.59, Grasset, 1960)

Je connais un nain modeste : il se croit un petit géant.
(Lire et Écrire, p.75, Grasset, 1960)

L'intelligence n'infatue pas.
(Lire et Écrire, p.78, Grasset, 1960)

Qui s'écoute parler et se regarde écrire par la langue ou la plume est de l'espèce pire.
(Lire et Écrire, p.78, Grasset, 1960)

Mieux vaut être stérilisé par l'intelligence que fécondé par la sottise.
(Lire et Écrire, p.80, Grasset, 1960)

Il y a un confort de l'œil et de l'esprit à vivre dans une pièce tapissée de livres. Même si on ne les ouvre jamais. Mais cela ne peut être senti que par quelqu'un qui les a beaucoup ouverts.
(Lire et Écrire, p.81, Grasset, 1960)

Il n'y a pas d'autre façon de lire qu'entre les lignes : c'est là, dans ce petit espace blanc, que chacun écrit - donc lit - au fur et à mesure l'ouvrage que ses yeux déchiffrent. Et l'écrit avec ses moyens propres, fort différentes d'un lecteur à l'autre, ce qui explique que deux personnes, voire deux critiques, parlant de tel livre, ont souvent l'air de ne pas avoir lu le même.
(Lire et Écrire, p.81, Grasset, 1960)

Les meilleurs livres sont ceux que nous choisissons parce que nous avons le sentiment que leur auteur nous a choisis : ils nous parlent à l'oreille.
(Lire et Écrire, p.81, Grasset, 1960)

Je crois que le premier trait d'un moraliste est l'intériorité du regard, et qu'il ne parvient ordinairement à la curiosité d'autrui que pour avoir été curieux d'abord de soi. Déçu par un homme, qui est lui-même, il se retourne vers les hommes. Il se regarde en eux, après les avoir regardés en lui, et ce jeu de miroirs fait à la fois la lumière et le mouvement de sa pensée. Quelles que soient souvent les apparences, ne dites pas trop vite que ce regard-là est cruel, car s'il brille de lucidité, c'est forcément aussi de sympathie.
(Lire et Écrire, p.85, Grasset, 1960)

[...] les mots pensent plus souvent pour nous que nous ne pensons par eux [...]
(Lire et Écrire, p.88, Grasset, 1960)

Un écrivain ne lit pas ses confrères : il les surveille.
(Lire et Écrire, p.90, Grasset, 1960)

Lisez qui vous délivre et non point qui vous lie.
(Lire et Écrire, p.91, Grasset, 1960)

Il n'y a pas de meilleur café que la lecture des classiques.
(Lire et Écrire, p.92, Grasset, 1960)

Prédilection pour qui m'oblige à le relire, dans le moment même que je le lis, remontant à l'entrée d'une phrase d'où j'allais sortir, pour le plaisir d'en parcourir de nouveau, soit le jaillissement, soit les méandres et la ciselure. Ce peut être dix fois de suite que je me donne ce plaisir-là.
(Lire et Écrire, p.93, Grasset, 1960)

Plus que les pensées qui offrent un beau sens à l'esprit, j'aime celles dont la chaleur et le mouvement le gagnent, le poussent sur des chemins buissonniers, où il en rencontre d'autres que l'auteur n'avait pas prévues.
(Lire et Écrire, p.95, Grasset, 1960)

Rouvré-je un livre, je n'ai qu'à courir aux passages que j'ai cochés au crayon : ils me sont une anthologie. Mais il m'arrive de ne plus comprendre pourquoi j'ai coché telle chose, devenue terne à mes yeux, ou négligé telle autre, qui maintenant m'éblouit.
(Lire et Écrire, p.104, Grasset, 1960)

Je lis, élis, relie et relis.
(Lire et Écrire, p.105, Grasset, 1960)

Pensé-je à tous les livres que je n'ai pas lus, ni ne lirai jamais, il me monte un soupir aux lèvres, comme un homme qu'on vient d'arracher à l'asphyxie sous une montagne de briques.
(Lire et Écrire, p.105, Grasset, 1960)

Je suis de ces gens, je crois peu répandus, qui savent, non par calcul, mais curiosité et pour le plaisir, écouter les autres parler de soi, et je souris de ces bavards égoïstes qui, après m'avoir entretenu de leurs affaires pendant des heures, se rappelant tout soudain que j'existe, se mettent à me demander : « Et vous, mon cher ? » À peine répondu : « Eh bien, moi... », les voilà partis - ou repartis sur eux-mêmes !
(Lire et Écrire, p.114, Grasset, 1960)

Bien penser, c'est d'abord bien écrire, et l'acquisition préalable de cet outil, qu'est le style, est le seul moyen de pouvoir défricher ensuite les étendues de notre cerveau.
(Lire et Écrire, p.116, Grasset, 1960)

Les uns croient, les autres pensent.
Non que je pense qu'une croyance ne peut pas conduire à la pensée, ni que je croie que la pensée ne puisse aboutir à une foi. Chesterton et Pascal suffisent pour illustrer l'un et l'autre. Mais qui pense à partir d'une croyance, ou croit à partir d'une pensée, se meut à l'intérieur d'un cercle, sans aucun moyen d'en sortir.
Or le propre de la pensée est de refuser qu'on l'enferme.
(Lire et Écrire, p.116, Grasset, 1960)

Tout ce qu'on peut dire, c'est que nos pensées nous forment quelquefois et nous déforment souvent.
(Lire et Écrire, p.117, Grasset, 1960)

Il est plus facile de faire tourner ou tomber des têtes avec ses écrits, que d'en former de bonnes.
(Lire et Écrire, p.117, Grasset, 1960)

Presque rien n'a été assez bien dit.
(Lire et Écrire, p.118, Grasset, 1960)

C'est en creusant son particulier qu'on rencontre l'universel.
(Lire et Écrire, p.119, Grasset, 1960)

Il ne suffit pas de lutter contre ses défauts. Il faut lutter aussi contre ses dons - pour les accroître.
(Lire et Écrire, p.126, Grasset, 1960)

Il y a des mots trop bruyant pour ce qu'ils expriment ; d'autres insuffisamment sonores. Dans une phrase parfaite, le son doit aider au sens et la musique des syllabes accompagner sans fausse note celle de la pensée.
(Lire et Écrire, p.129, Grasset, 1960)

Gardez votre sérieux. Je veux dire : gardez-le pour vous et lassez-moi rire.
(Lire et Écrire, p.130, Grasset, 1960)

Les bons écrivains se distinguent aussi, entre autres choses, aux ressources infinies qu'ils tirent des verbes avoir, être et faire. Les mauvais, à leurs efforts prétentieux pour en éviter l'emploi.
(Lire et Écrire, p.131, Grasset, 1960)

Il faut plus de temps pour faire court : celui que l'auteur n'a pas voulu perdre, son lecteur le perd.
(Lire et Écrire, p.133, Grasset, 1960)

Travailler à se connaître, façon radicale de se transformer en objet : Je est un autre. Et qui croit se connaître connaît cet autre qu'il est devenu, différent de ce qu'il eût été invisible.
(Lire et Écrire, p.135, Grasset, 1960)

Une pensée bien exprimée est toujours musicale.
(Lire et Écrire, p.137, Grasset, 1960)

Une œuvre a l'âge de son style.
(Lire et Écrire, p.137, Grasset, 1960)

Tant qu'on ne renonce pas à écrire, quel que soit le pessimisme qu'on y affiche, on n'a pas désespéré du reste.
(Lire et Écrire, p.137, Grasset, 1960)

« Il y a d'étranges écrivains - et non des pires - chez qui la réflexion improvise et l'inspiration corrige. » (Antonio Machado, Juan de Mairena.)
(Lire et Écrire, p.155, Grasset, 1960)

Comment aimerais-je écrire ? Avec la bonhomie de Montaigne, la profondeur de Pascal, l'esprit de Voltaire, la verve de Diderot, le naturel de Stendhal, la délicatesse de Joubert, la subtilité de Valéry... Davantage : un je ne sais quoi, qu'il ne m'appartient pas de définir, mais que je voudrais bien voir les autres voir dans ce que j'écris.
(Lire et Écrire, p.156, Grasset, 1960)

Ainsi ai-je mis dans ce livre un peu de tout du peu que je peux.
(Amoralités familières (Préface), p.12, Grasset, 1964)

Rien n'exprime plus fortement une pensée qu'on n'attendait pas que les mots les plus attendus.
(Amoralités familières, p.17, Grasset, 1964)

Impossible d'être pris au sérieux par certains esprits, lourdement frivoles, si l'on n'a mais quelque obscurité et beaucoup d'ennui dans son ouvrage.
(Amoralités familières, p.18, Grasset, 1964)

Il faut cultiver l'art difficile d'être mécontent de soi.
(Amoralités familières, p.20, Grasset, 1964)

Penser, c'est parler de bouche à oreille qui ne sont qu'un.
(Amoralités familières, p.22, Grasset, 1964)

Lourde, légère, sombre, claire, transparente, opaque, fine, épaisse, profonde, etc..., la pensée se manifeste souvent avec les attributs de la matière.
(Amoralités familières, p.22, Grasset, 1964)

Les ruminations d'un esprit s'organisent autour de trois ou quatre idées, à partir desquelles, sa vie durant, il faut qu'il broute, attaché à chacune comme à un piquet.
(Amoralités familières, p.23, Grasset, 1964)

L'étendue d'un esprit n'est pas dans le nombre de choses qu'il sait, mais des questions qu'il sait se poser sur les choses.
(Amoralités familières, p.23, Grasset, 1964)

Le style doit être à la pensée comme les barreaux aux montants d'une échelle.
(Amoralités familières, p.24, Grasset, 1964)

Les grammairiens sont des sages : quand les journaux annoncèrent qu'une fusée russe avait touché la lune, ils en conclurent qu'alunir et alunissage devaient s'écrire avec deux l.
(Amoralités familières, p.27, Grasset, 1964)

Dictez la phrase suivante : Dans les grands bois volétunestelle mélétunesséménavélève. Peu de gens sauront écrire : Dans les grands bois, vos laitues naissent-elles ? Mes laitues naissent et mes navets lèvent. Ce sont les grands bois qui égarent.
(Amoralités familières, p.29, Grasset, 1964)

Qui nous incite à dire, surtout pour le contredire, est un maître.
(Amoralités familières, p.30, Grasset, 1964)

Le vernis est la netteté des petits maîtres.
(Amoralités familières, p.31, Grasset, 1964)

Politique - Mal faire et ne pas laisser dire.
(Amoralités familières, p.39, Grasset, 1964)

Ma façon de voyager dans les livres : nul souci de voir tout, ni moins encore ce qu'il passe pour falloir avoir vu, mais une flânerie, la curiosité et le plaisir pour guides, avec des haltes où rêver et se visiter soi-même.
(Amoralités familières, p.41, Grasset, 1964)

Si l'on savait les chefs-d’œuvre qu'il est inexcusable de ne pas connaître, que pourtant je ne connais pas et dont je me moque, on me donnerait sur les doigts et me renverrait à l'école.
(Amoralités familières, p.41, Grasset, 1964)

L'insomnie, avant l'immense fatigue qu'elle engendre, est excitante et euphorisante.
Lire au lit, à quatre heures du matin, parce que le sommeil vous fuit, amène à découvrir dans les livres, et dans sa cervelle, des lumières qui ne s'y montreraient pas en plein jour.
(Amoralités familières, p.42, Grasset, 1964)

Mémoire simplificatrice.
Rivarol a écrit « Les peuples les plus civilisés sont aussi voisins de la barbarie que le fer le plus poli l'est de la rouille. » Que j'ai retenu, et cité cent fois, sous cette forme « La civilisation est aussi près de la barbarie que le fer doux de la rouille. »
(Amoralités familières, p.45, Grasset, 1964)

Ce que les livres m'ont appris de plus précieux : savoir m'en passer.
(Amoralités familières, p.49, Grasset, 1964)

Désespéré, le papier n'en saura rien si je n'ai pas le désespoir enthousiaste.
(Amoralités familières, p.50, Grasset, 1964)

Mon allure naturelle est l'improvisation réfléchie.
(Amoralités familières, p.50, Grasset, 1964)

Qui me conteste m'atteste.
(Amoralités familières, p.51, Grasset, 1964)

J'ai formulé, pour un ami, ce que je crois être l'un des grands secrets du style.
L'œuvre achevée, se relire avec l'intention de rayer tous les adjectifs. La plupart se laissent faire et enrichissent le texte par leur absence. La suppression de quelques autres crée un vide qu'il s'agit de savoir combler. Très peu résistent, qui méritent seuls d'être maintenus.
(Amoralités familières, p.54, Grasset, 1964)

Je préfère passer à côté de mon temps que de moi.
(Amoralités familières, p.57, Grasset, 1964)

- Enfin, si vous écrivez, c'est pour être lu ?
- Non : relu.
(Amoralités familières, p.57, Grasset, 1964)

Une famille est un archipel.
(Amoralités familières, p.63, Grasset, 1964)

L'avoir sans la voir, ou la voir sans l'avoir ?
(Amoralités familières, p.64, Grasset, 1964)

- Mais dans dix ans ? dit-elle.
- J'ôterai mes lunettes.
(Amoralités familières, p.66, Grasset, 1964)

L'ami, le seul, est celui avec qui l'on pourrait vivre comme avec une femme.
(Amoralités familières, p.71, Grasset, 1964)

La loi du coffre et de la demande.
(Amoralités familières, p.77, Grasset, 1964)

La télévision permet une expérience salutaire : garder l'image en supprimant le son. Cela transforme les politiciens en guignols, où le mensonge des gestes et du regard n'est plus masqué par l'écran des mots.
(Amoralités familières, p.78, Grasset, 1964)

Les agneaux n'ont jamais converti les loups en égorgeurs.
(Amoralités familières, p.78, Grasset, 1964)

Il y a des abandons loyaux et des fidélités qui trahissent.
(Amoralités familières, p.79, Grasset, 1964)

Un visage est mobile, un masque non.
(Amoralités familières, p.79, Grasset, 1964)

La sagesse est pour les sages, la religion pour les fous.
Et la philosophie ?
Pour les professeurs.
(Amoralités familières, p.80, Grasset, 1964)

Un pessimiste n'est jamais déçu.
(Amoralités familières, p.80, Grasset, 1964)

Il paraît moins épouvantable d'être mort depuis dix siècles que depuis la veille.
(Amoralités familières, p.82, Grasset, 1964)

L'homme intelligent a de commun avec l'imbécile de croire que celui qui ne pense pas comme lui est un imbécile.
(Amoralités familières, p.85, Grasset, 1964)

Quand un philosophe a bouclé son système, il est aussi avancé qu'un maçon qui aurait construit autour de lui-même un tombeau.
(Amoralités familières, p.87, Grasset, 1964)

Les hommes sont toujours prêts à tuer ou à mourir pour leurs incertitudes.
(Amoralités familières, p.90, Grasset, 1964)

La religion fait deux sortes de martyrs : pour elle, par elle. Où, les plus nombreux ?
(Amoralités familières, p.90, Grasset, 1964)

Le point fixe, le point d'appui, le refuge, ce peut être d'avoir présent à l'esprit qu'il n'y en a pas.
(Amoralités familières, p.98, Grasset, 1964)

Je n'arrive pas à me faire à l'idée que je suis un homme mûr.
(Amoralités familières, p.101, Grasset, 1964)

Les gens de mon âge me paraissent plus âgés que moi.
(Amoralités familières, p.102, Grasset, 1964)

La liberté de ma pensée est mon illusion la plus chère.
(Amoralités familières, p.127, Grasset, 1964)

Dans plusieurs domaines, j'aurai fait porter mon effort à devenir indifférent. Peut-être pour y avoir réussi sur quelques points suis-je resté sur d'autres d'une vulnérabilité excessive. Par exemple, je me suis guéri à temps d'une mère qui ne m'aimait pas, mais ne suis pas encore parvenu à accepter sans grogner qu'on me serve un gigot trop cuit.
(Amoralités familières, p.127, Grasset, 1964)

Je me sens fait moitié d'où je viens, moitié d'où je veux aller.
(Amoralités familières, p.128, Grasset, 1964)

Il y a des jours où je n'y suis pour personne - y compris moi.
(Amoralités familières, p.130, Grasset, 1964)

Deux sortes de solitudes : qu'on se fait, que les autres nous font.
(Amoralités familières, p.131, Grasset, 1964)

Tant qu'il y a de l'ordre en moi, le désordre autour de moi m'indiffère. S'il me prend une crise de rangement, c'est infailliblement le signe que cela ne tourne plus rond dans mon esprit.
(Amoralités familières, p.132, Grasset, 1964)

Je ne décrie pas, je décris.
(Amoralités familières, p.140, Grasset, 1964)

Je voudrais bien savoir ce que j'en pense.
(Amoralités familières, p.145, Grasset, 1964)

Si je crois aux miracles ? Je ne crois même qu'à cela. Il me suffit d'ouvrir les yeux et d'écouter battre mon cœur.
(Amoralités familières, p.149, Grasset, 1964)

L'art est satanique. Il exige de l'artiste un gauchissement des vertus chrétiennes : il a la foi, mais en son œuvre, il espère, mais en sa réussite, il remplace la charité par l'égoïsme du créateur. S'il se sacrifie, c'est à cette œuvre, dont il se fait une idole. Il se prend lui-même pour centre et veut refaire le monde à son image. Son ambition est luciférienne.
(Amoralités familières, p.150, Grasset, 1964)

Il faudra s'habituer à être un vieil homme - ou mort.
(Amoralités familières, p.152, Grasset, 1964)

Joli, de voir neiger sur le village ! Tout n'est pas si mal en ce monde : la neige aurait pu être noire.
(Amours amour, p.21, Grasset, 1967)

La coccinelle est un loup pour les pucerons.
(Amours amour, p.27, Grasset, 1967)

Entre deux toits, sur la portée des fils électriques, une étoile descend la gamme de l'espace.
(Amours amour, p.28, Grasset, 1967)

Les mimosas blancs du givre.
(Amours amour, p.32, Grasset, 1967)

[...] mon j'm'enfichisme [...]
(Amours amour, p.57, Grasset, 1967)

Casanier, et de plus en plus. Parce que j'aime à voyager en moi-même et que pour ce genre de voyage on est mieux assis chez soi.
(Amours amour, p.57, Grasset, 1967)

Me voir confirmé par autrui dans la bonne opinion que j'ai de moi est un sentiment agréable. J'y puise des forces neuves, sans me départir d'un scepticisme raisonnable sur les opinions des hommes - y compris la mienne.
(Amours amour, p.62, Grasset, 1967)

Bonnes gens, qui voudriez que je m'intéresse aux autres, donnez-moi l'exemple en vous intéressant à moi.
(Amours amour, p.62, Grasset, 1967)

Dès que nos enfants ont des enfants, ils se mettent à nous comprendre, nous qui ne les comprîmes pas mieux qu'ils ne comprennent les leurs - que les grands-parents comprennent... Il n'y aurait que demi-mal, si l'on pouvait concevoir, ou engendrer, ses petits-enfants soi-même.
(Amours amour, p.69, Grasset, 1967)

J'ai trop de respect pour Dieu - tel qu'il doit être, s'il est - pour croire ce que les prêtres en disent.
(Amours amour, p.71, Grasset, 1967)

Je préfère l'incompréhensible à l'incroyable.
(Amours amour, p.71, Grasset, 1967)

Je ne voudrais pas faire à mes amis le chagrin qu'ils m'enterrent.
(Amours amour, p.73, Grasset, 1967)

Je ne sais presque rien prendre au sérieux, parce que je suis profondément sérieux.
(Amours amour, p.74, Grasset, 1967)

Dans sa préface aux œuvres de Chamfort, Albert Camus dit avec justesse :« Nos vrais moralistes n'ont pas fait de phrases, ils ont regardé et se sont regardés. Ils n'ont pas légiféré, ils ont peint. »
(Amours amour, p.77, Grasset, 1967)

Les pensées, même abstraites, doivent rappeler que le cerveau est irrigué par le cœur.
(Amours amour, p.79, Grasset, 1967)

Qui vous loue à côté vous cloue.
(Amours amour, p.83, Grasset, 1967)

Chacun ne voit d'une œuvre que ce, et qu'il en aime ou déteste, qui peut ne pas être l'essentiel. Politique, religion, philosophie, sentiments, déclenchent des réactions passionnelles qui vont de l'aveuglement au mirage, et l'écrivain, lisant ses critiques, ne doit pas s'étonner d'y découvrir des choses qu'il n'avait pas mises dans son livre, ni parfois d'y chercher en vain ce qu'il croyait y avoir mis. Chaque lecteur est un critique, mais plus serein, qui n'a pas le souci d'un article avec l'obligation d'y briller. Enfin, comme l'a écrit Lichtenberg : « Un livre est un miroir : si un singe s'y regarde, ce n'est évidemment pas l'image d'un apôtre qui apparaît. » Avis aux auteurs, surtout qui parlent d'eux-mêmes.
(Amours amour, p.84, Grasset, 1967)

Les gens qui lisent tout, voient tout, entendent tout, assistent à tout et savent tout, sont pleins de tout et vidés d'eux-mêmes.
(Amours amour, p.84, Grasset, 1967)

Le romantisme est un état d'âme ; le classicisme, un état d'esprit.
(Amours amour, p.84, Grasset, 1967)

Les écrivains doivent connaître la grammaire comme les escrocs le code.
(Amours amour, p.88, Grasset, 1967)

Il y a des œuvres pour lesquelles le silence des contemporains est annonciateur de la gloire posthume. Cette pensée console les génies et les imbéciles.
(Amours amour, p.96, Grasset, 1967)

La soif de notoriété altère la gloire.
(Amours amour, p.97, Grasset, 1967)

L'extension donnée par notre temps à la notion du beau a fini par y annexer l'ennui et la laideur.
(Amours amour, p.97, Grasset, 1967)

Si je n'écrivais pas, je n'aurais rien à dire.
(Amours amour, p.107, Grasset, 1967)

Distillons, n'alambiquons pas.
(Amours amour, p.110, Grasset, 1967)

Plaisir de déshabiller sa pensée, de lui arracher les mots qui la masquent, quelle que soit la séduction de leur parure, pour en connaître nue la chair.
(Amours amour, p.110, Grasset, 1967)

Peu d'écrivains que je préfère, plutôt des livres : là, des pages ; ici, des phrases, ou parfois des mots.
(Amours amour, p.114, Grasset, 1967)

Je lis et j'écris avec mes oreilles.
(Amours amour, p.116, Grasset, 1967)

J'ai toujours été dévoré d'une ambition terrible : me plaire.
(Amours amour, p.127, Grasset, 1967)

Je suis un fantaisiste, un dilettante, un amateur et n'accepterais pas d'être autre chose.
(Amours amour, p.127, Grasset, 1967)

Bien dire et laisser faire.
(Amours amour, p.127, Grasset, 1967)

Quand on a compris que les gens ont besoin de ne rien comprendre pour croire, il reste à choisir ses dupes selon sa spécialité.
(Amours amour, p.130, Grasset, 1967)

Pendant que je lis au fond d'un jardin, une petite fille m'apporte triomphalement, sur une feuille de platane, une libellule morte.
- Que vas-tu en faire, lui dis-je ?
- La garder, me répond-elle. J'ai une boîte.
Elle la met en effet dans une boîte, qu'elle abandonne bientôt sur le sable.
Désirs, plaisirs, goûts, passions sont souvent pour nous la libellule morte de la petite fille.
(Amours amour, p.130, Grasset, 1967)

Nous nous ressemblons par la bête, nous différons par le dompteur.
(Amours amour, p.131, Grasset, 1967)

La terre est devenue trop petite pour la méchanceté des hommes.
(Amours amour, p.132, Grasset, 1967)

Savoir vieillir est facile : on n'a plus l'embarras du choix.
(Amours amour, p.135, Grasset, 1967)

Ce mot de Suarès, dans ses Ignorées du destinataire : « Le néant, c'est l'univers sans moi. »
(Amours amour, p., Grasset, 1967)

La mort pouvant nous surprendre à tout âge, il n'est jamais trop tôt pour éviter d'y penser.
(Amours amour, p.137, Grasset, 1967)

La religion est la fausse monnaie du désespoir.
(Amours amour, p.137, Grasset, 1967)

« Je remarque que les gens les plus distingués et les meilleurs ne professent, en général, aucune religion, mais qu'ils sont prêts à donner leur amitié aux meilleurs individus de toutes les religions. » (Samuel Butler, Carnets).
(Amours amour, p.139, Grasset, 1967)

Les religions n'ont jamais fait que se haïr, se torturer, s'exterminer les hommes, de l'une à l'autre ou à l'intérieur de chacune. Comment ne pas en conclure que, si elles n'existaient plus, l'une des causes les plus furieuses de notre malheur disparaîtrait avec elles ?
(Amours amour, p.140, Grasset, 1967)

Je suis prêt à voir Dieu partout où il n'y a pas un prêtre qui me le cache.
(Amours amour, p.141, Grasset, 1967)

Je me contenterais de connaître Dieu de vue.
(Amours amour, p.141, Grasset, 1967)

Il faut sortir de l'église pour voir le ciel.
(Amours amour, p.141, Grasset, 1967)

L'évidence est une illusion irréfutable.
(Amours amour, p.143, Grasset, 1967)

La religion répond aux questions insolubles, la philosophie les rumine, la sagesse les oublie.
(Amours amour, p.144, Grasset, 1967)

Le normal est un mythe : il y a le rare et le répandu.
(Amours amour, p.192, Grasset, 1967)

Être aimé, c'est être beau.
(Amours amour, p.192, Grasset, 1967)

La naissance ou le mort d'un amour met en cause la création tout entière.
(Amours amour, p.192, Grasset, 1967)

La plus grande preuve qu'on puisse donner, et se donner, de son amour, est de faire passer son amour-propre après lui.
(Amours amour, p.193, Grasset, 1967)

Plus de gens meurent ou tuent par amour-propre que par amour.
(Amours amour, p.193, Grasset, 1967)

L'amour vole aux amants les heures qu'ils ne passent pas ensemble : séparés, on ne vit plus, on attend de vivre.
(Amours amour, p.193, Grasset, 1967)

L'absence est un arsenic : un peu fortifie l'amour, beaucoup le tue.
(Amours amour, p.193, Grasset, 1967)

Il faut beaucoup d'amour pour aller jusqu'au bout d'un peu.
(Amours amour, p.194, Grasset, 1967)

Quand la fièvre de ses commencements est tombée, il arrive que l'amour meurt. Ce n'était pas l'amour.
(Amours amour, p.194, Grasset, 1967)

La chair et l'esprit ne sont conciliables que par le cœur.
(Amours amour, p.195, Grasset, 1967)

Chaque être nous marque par ce qu'il nous a révélé de nous-mêmes en se révélant à nous.
(Amours amour, p.196, Grasset, 1967)

La vieillesse nous prend par la peau du cou.
(Amours amour, p.203, Grasset, 1967)

Nos souvenirs sont le revers de nos espoirs.
(Amours amour, p.203, Grasset, 1967)

Variété dans l'unité : nul besoin de changer de femme à qui sait changer la sienne.
(Amours amour, p.209, Grasset, 1967)

[En propos des femmes]
Qu'on soit jaloux les agace ; qu'on ne le soit pas les vexe. Ne l'être pas et faire semblant de l'être à propos.
(Amours amour, p.210, Grasset, 1967)

S'étendre est plus facile que s'entendre, et s'étreindre que s'atteindre.
(Amours amour, p.218, Grasset, 1967)

Je t'aime, tu t'aimes, on sème.
(Amours amour, p.218, Grasset, 1967)

Entre amants, le tact est de savoir en manquer.
(Amours amour, p.221, Grasset, 1967)

Séduction des hommes mûrs : savent enfin, peuvent encore.
(Amours amour, p.221, Grasset, 1967)

Je pense que toute vérité est bonne à dire, à la condition d'être bien dite, et qu'on n'en saura jamais trop sur notre nature. Je m'appréhende moi-même comme un tout, où le meilleur et le pire cohabitent, étayés l'un par l'autre, et ne puis accepter ici de l'imiter mon choix qu'aux mots qu'il faut pour les peindre.
(Amours amour, p.228, Grasset, 1967)

Que le bonheur qu'on prend ne soit pas du malheur qu'on donne : je n'ai pas d'autre morale.
(Amours amour, p.228, Grasset, 1967)

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