O14632
Marco Antonio Campos : "Arbre, cahier d’aphorismes"



O14632 Marco Antonio Campos : "Arbre, cahier d’aphorismes"

"Arbre, cahier d’aphorismes"

Marco Antonio Campos

Editions du Noroît

Montréal

2009



Ce sont les livres, et non ma famille divisée ni l’école stérile, qui m’ont donné cette perspective esthétique et le sens moral de la vie.



Je me relis

Un regard mélancolique.

Ce que je fus, ce que j’ai été, et qui a disparu.

Ce qui aurait pu être.



Dans la maturité nous marchons sur les ombres de nos plus grands rêves.



Enfants, on nous disait : "Ne vous mêlez pas aux conversations des adultes."

Mais aussi, adultes : "Ne vous mêlez pas aux conversations des enfants."



Dans les familles, les parents pauvres sont généralement d’encombrants fâcheux qu’on tolère à peine et à qui on doit une feinte affection.



Le passé n’existe que pour que les poètes magnifient leurs misères.



Combien de fois en regardant couler l’eau du fleuve, j’ai cru me voir passer moi-même au fil de l’eau.



Le mélancolique connaît des périodes et des instants de bonheur mais pas le bonheur.



Il est difficile de faire des projets à moyen et à long terme quand symboliquement on a un pistolet sur la tempe.



Les blessures de jeunesse sont parfois si grandes que, même cicatrisées, elles n’ont pas besoin de se rouvrir pour continuer de faire mal.



Quand je tente de me rappeler quelque chose d’important, et que je n’y parviens pas malgré mes efforts répétés, je me désespère parce que je sens que je l’ai perdu pour toujours. Il ne me sers à rien de me dire que je ne me le rappelle pas parce qu’il n’en valait peut-être pas la peine.



"En avant la vie", a-t-il dit, et il a oublié le bonheur.



On méprise ce qu’on ne respecte pas.



Dans les relations amoureuses, on cherche au début la réciprocité et l’un des deux finit par être la victime.



Une belle fille attriste une maison pauvre, car l’une ne va pas avec l’autre.



Les belles femmes ont souvent la fierté, intime ou manifeste, de l’être.



L’amitié est ce qu’il y a de plus honorable dans les relations humaines.



On écrit pour que quelqu’un se souvienne avec émotion de quelque page ou de quelques vers ; le pire qui puisse arriver à un poète ou à un écrivain est d’avoir écrit pour rien, c’est-à-dire, pour personne.


On ne devrait pas confondre un poste avec le pouvoir, mais la grande majorité de ceux qui en ont un y croient.


Personne n’a, autant que les vieillards, une âme assez flétrie pour avoir besoin d’éloges.

C’est une manière pieuse de leur faire croire que la vie et leur vie ont eu un sens, qu’elle en ait eu ou non.



La meilleure manière de continuer d’estimer les gens estimables qui nous ennuient est de les éviter le plus possible.



Dans les séparations l’important est le mot ou le signe.

Si je ne dis pas au revoir ou je ne fais pas de signe je ne te dis pas adieu.



La nature, l’art, certains moments pour leur valeur morale et les belles femmes sont des paradis d’exception dans un monde condamné.

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