O14622
Philip Short : "Pol Pot, anatomie d’un cauchemar"



O14622 Philip Short : "Pol Pot, anatomie d’un cauchemar"

"Pol Pot, anatomie d’un cauchemar"

Philip Short

Denoël

2004



Lon Nol

Abolir la monarchie.

Un oracle a prédit que tout le monde jouirait de droits égaux.

Le mauvais roi prendre la fuite, une comète apparaîtra, et... le Cambodge deviendra une république.



Après la chute de Phnom Penh, Pol Pot retourna dans la ville où il n’avait pas mis les pieds depuis douze ans.

C’était alors un fugitif, tapi à l’arrière d’un camion en fuite pour le Vietnam.



20 000 morts.

Aux Occidentaux, Pol Pot prétend que l’action n’avait pas été préméditée.



Il parle d’un plan des "laquais des Etats-Unis."

Pur imagination.



Juillet 1997

Pol Pot jugé par un "tribunal populaire", et condamné à la prison à vie.

Il meurt paisiblement dans son lit, neuf mois plus tard.



Sihanouk à Pékin



Les Khmers rouges triomphent

Sihanouk

Après la victoire, ils me recracheront comme un noyau de cerise.



Les Allemands ont désavoué le nazisme, le présentant comme une aberration, une monstrueuse perversion de leur culture.

Les Chinois et les Russes n’ont pas renié Mao ni Staline, pas plus qu’ils n’ont condamné le premier empereur de Chine, Qin, ou Ivan le Terrible.

A leurs yeux, tout en étant des tyrans, ces hommes avaient incarné, en des temps d’épreuve et de renouveau national, les aspirations de leurs peuples.

Pol Pot, comme Hitler, a conduit son pays vers les ténèbres.

Mais il fut également, pendant un temps, l’authentique porte-parole de l’aspiration à une grandeur révolue qui animait tant de Khmers.

François Ponchaud, missionnaire :

"Le sursaut de l’identité nationale khmère."



Les Khmers rouges ont franchi d’un bond l’abîme entre timidité et massacre.

L’idéologie violente au nom de laquelle ils agissaient avait été léguée par la Révolution française, par Staline et par Lénine.

Mais la forme singulièrement abominable qu’elle prit venait de modèles culturels khmers préexistants.

Toutes les atrocités que les Khmers rouges commirent figurent sur les frises de pierre d’Angkor.

Yos Hut Khemcaro, chef de la Fondation bouddhiste khmère :

"Le Khmer rouge est né de la société cambodgienne, c’est l’enfant du Cambodge."



A peu près ce qui s’était passé il y a cinq siècles.



Le carcan féodal était encore solide.

Sihanouk s’était montré incapable de briser les chaînes invisibles de parrainage et de corruption qui empêchaient le Cambodge de devenir un Etat moderne et prospère.


Pol Pot considérait la politique comme une lutte à mort.

Autrement, on se faisait dévorer.



Les Khmers rouges n’ont pas cherché à exterminer un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

Ils ont conspiré pour asservir un peuple.

Le fait qu’ils aient cru à la noblesse de leur projet n’y change rien.

Sauvagerie impitoyable.



On juge regrettable, mais inévitable que le système actuel soit corrompu jusqu’à la moelle.

Que le peu de richesses nationales soit pillé par les hommes au pouvoir.

Que règne une culture d’impunité.



Dans de telles circonstances, juger les derniers responsables khmers rouges pour leurs crimes passés offre un excellent alibi pour ne rien faire face aux crimes des dirigeants actuels.



Pol Pot a été le principal architecte de la dévastation de son pays.

Mais ses collaborateurs et lui n’ont pas agi seuls.

Yos Hut Khemcaro, chef de la Fondation bouddhiste khmère :

"Des millions de Cambodgiens, clergé bouddhiste compris, ont collaboré avec eux."



La majeure partie des éléments les plus brillants de l’élite intellectuelle du pays a adhéré à la vision de Pol.



Sihanouk partage les torts, car il a exclu toute possibilité d’opposition politique légale pendant les années où il a occupé le pouvoir.

Par la suite, mu par la soif de vengeance et la volonté de restaurer la monarchie, il s’est allié à deux reprises avec Pol Pot.



Ros Chantrabot



Sociologue cambodgien



Existence, depuis l’abandon d’Angkor, d’une sorte d’inéluctable spirale d’autodestruction.



D’auto-suicide des Khmers.



Ce processus d’autodestruction est intégré au cœur même de l’être khmer.



Il lui dicte ses comportements les plus aberrants.



Le peuple khmer ressemble à un futur noyé dont les gesticulations ne font que précipiter la noyade.



Un vase de porcelaine réparé après avoir été brisé en mille morceaux.

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