O14326
Bernard Mandeville : "La fable des abeilles"



O14326 Bernard Mandeville : "La fable des abeilles"

"La fable des abeilles"

Bernard Mandeville



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La Fable des abeilles, The Fable of the Bees: or, Private Vices, Publick Benefits en anglais, est une fable politique de Bernard Mandeville, parue en 1714. Il en a fait un second tome en 1729.
Parue dans un premier temps en 1705 sous la forme d’un poème intitulé « La Ruche murmurante ou les fripons devenus honnêtes gens », The Grumbling Hive, or Knaves Turn’d Honest en anglais, la première version ne fut guère remarquée. Rééditée en 1714 avec un commentaire extensif en prose, elle est bientôt devenue célèbre pour son attaque supposée des vertus chrétiennes.
La signification réelle reste controversée jusqu’à aujourd’hui. Friedrich Hayek vit en lui un précurseur du économique tandis que Keynes mit en avant la défense de l’utilité de la dépense.



ARGUMENT



La Fable des abeilles développe dans une veine satirique la thèse de l’utilité sociale de l’égoïsme. Elle avance que toutes les lois sociales résultent de la volonté égoïste des faibles de se soutenir mutuellement en se protégeant des plus forts1.
Sa thèse principale est que les actions des hommes ne peuvent pas être séparées en actions nobles et en actions viles, et que les vices privés contribuent au bien public tandis que des actions altruistes peuvent en réalité lui nuire. Par exemple, dans le domaine économique, il dit qu’un libertin agit par vice, mais que « sa prodigalité donne du travail à des tailleurs, des serviteurs, des parfumeurs, des cuisiniers et des femmes de mauvaise vie, qui à leur tour emploient des boulangers, des charpentiers, etc. ». Donc la rapacité et la violence du libertin profitent à la société en général.
Les vices des particuliers sont des éléments nécessaires au bien-être et à la grandeur d’une société. L’Angleterre y est comparée à une ruche corrompue mais prospère, qui se plaint pourtant de son manque de vertu. Jupiter leur ayant accordé ce qu’ils réclamaient, la conséquence est une perte rapide de prospérité, bien que la ruche nouvellement vertueuse ne s’en préoccupe pas, car le triomphe de la vertu coûte la vie à des milliers d’abeilles.
Mandeville est largement considéré comme un économiste et un philosophe sérieux. Il a publié en 1729 une deuxième édition de la Fable des abeilles, avec des dialogues étendus exposant ses vues économiques. Ses idées au sujet de la division du travail s’inspirent de celles de William Petty.



PORTEE



L’idée selon laquelle les « vices privés font le bien public » a inspiré nombre d’auteurs dont Adam Smith2 (qui pourtant critique âprement Mandeville par ailleurs3) ou Ayn Randdans La Vertu d'égoïsme4.
Jean-Jacques Rousseau a commenté La Fable des abeilles dans la Première Partie de son Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1754).
Néanmoins, la théorie de Mandeville est bien plus forte, il soutient qu'une société ne peut avoir en même temps morale et prospérité et que le vice, entendu en tant que recherche de son intérêt propre, est la condition de la prospérité5.



RECEPTION



Ces positions ont violemment choqué l’opinion de son époque et ont été combattues par la plupart de ses contemporains6. Les moralistes spiritualistes Hutcheson et Berkeley réfutèrent la Fable des abeilles. Les juges menacèrent de faire un procès à son auteur.

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