O14285
Poètes latins : "Catulle, Tibulle, Properce"



O14285 Poetes latins : "Catulle, Tibulle, Properce"

"Catulle, Tibulle, Properce"

Poètes latins

Garnier

1860



CATULLE



Il déplore la mort du passereau



Infortuné Catulle, mets un terme à ta folie.



O lit que décore l’ivoire, que de voluptés, que de joies tu promets à ton maître !



J’aime, et je hais en même temps.



La plaintive élégie, en larges habits de deuil,
Qui, les cheveux épars, gémit sur un cercueil.

Elle peint des amants la joie et la tristesse.



Pleurez, grâces !

Amours, pleurez !

Il n’est plus, le passereau de mon amie.



Vivons pour nous aimer, ô ma Lesbie !

Et moquons-nous des vains murmures de la vieillesse morose.



Infortuné Catulle, mets un terme à ta folie.

Ce qui te fuit, ne cherche plus à le ressaisir.



A moi, vers caustiques et mordants.



Salut, jeune maîtresse du prodigue Mamurra.

Ton nez n’est pas des plus petits,
Ton pied n’est pas mignon,
Tes yeux ne sont pas noirs,
Tes doigts ne sont pas effilés,
Ta bouche n’est pas ragoûtante,
Ton langage n’est pas élégant.

Qu’importe ?

Toute la province ne proclame-t-elle pas ta beauté ?

Ne te compare-t-on pas à ma Lesbie ?

O que notre siècle a le goût fin et délicat !



Ma belle jure qu’elle n’aura jamais d’autre amant que moi.

Que Jupiter lui-même implorerait en vain ses faveurs.

Elle le jure.

Mais les serments qu’une femme fait à celui qui l’adore sont écrits sur l’aile des vents ou sur l’onde fugitive.



Ai dire de bien des gens, Quintia est belle.

Est-elle belle ?

Non, sans doute, car dans tout ce grand corps il n’y a rien de gracieux, rien de piquant.

Lesbie, au contraire, est vraiment belle, toute belle.

Et semble, par un heureux larcin, réunir en elle seule tous les attraits ravis aux autres femmes.



Souvent j’ai cherché dans mon esprit par quel moyen je pourrais te faire parvenir des vers de Callimaque, pour calmer ton courroux,

Et soustraire ma tête aux traits vengeurs dont tu ne cesses de la menacer.

Mais les miens te perceront d’outre en outre, et t’infligeront un éternel supplice.



Septimius

O mon Acmé !

Si je ne t’aime éperdument,

Si je ne cesse de t’aimer jusqu’à mon dernier soupir,

Puissé-je errer seul et sans défense dans la Libye, dans l’Inde brûlante,

Exposé à la rencontre des lions dévorants.



TIBULLE



Massala, c’est vous que je vais chanter ;

Et malgré l’éclat de votre mérite qui me fait craindre pour ma faiblesse.



Un jour viendra, Thaïs, où, frappé dans tes bras,
Je paierai le tribut que l’on doit au trépas.

Fidèle à ma flamme constante ;

Puissé-je alors, pour la dernière fois,

Fixer sur toi ma paupière mourante,
Presser ta main de ma main défaillante ;

Et même encore, au défaut de ma voix,
Par mon dernier soupir t’appeler mon amante !

Tu gémiras ; des pleurs mouilleront tes beaux yeux :

Assise tristement sur mon lit douloureux,
Tu gémiras, ma tendre amie.



Avide de richesses, qu’un autre entasse l’or en brillants



Verse encore, je veux noyer dans le vin des douleurs nouvelles pour moi.



Messala, vous traverserez sans moi la mer Egée ;

Mais fassent les dieux que vous et vos compagnons vous gardiez mon souvenir.



Amour, pour m’attirer, toujours tu me montres un visage riant.

Et bientôt, hélas !

Je n’éprouve que ta cruauté et tes rigueurs.



Ce n’est pas moi qui puis me méprendre sur un signe d’amour,
Ou sur de tendres paroles prononcées d’une voix douce.


Qui est le premier qui forgea la terrible épée ?

C’était un barbare, un cœur de fer.

C’est lui qui fit connaître à la race humaine les meurtres et les combats.

C’est lui qui ouvrit à la cruelle mort une route plus courte.


Nulle autre femme ne m’arrachera à ta couche.

C’est la première condition à laquelle l’amour nous a réunis.



PROPERCE



Elle est donc abrogée, cette loi qui causa longtemps nos pleurs.


O Jupiter, prends enfin pitié des maux de Cynthie.

Elle est si belle !

Sa mort serait pour toi un crime.



Pâris brûlait d’un feu plus doux que jamais,

Lorsqu’à travers les armées des Grecs, il pouvait porter la joie à son Hellène.



Jouis du plaisir de ne point avoir d’égale en beauté.



Cynthie est la première femme, cher Tullus, dont les yeux ont captivé ton malheureux ami.



On me demande pourquoi je ne cesse de chanter les amours
Et pourquoi mes écrits ne respirent que la mollesse.



J’étais libre, et je voulait que ma couche restât déserte.

Mais sous les dehors de la paix, l’amour a su me tromper.



Properce, tu disais :

Nulle femme ne pourra plus rien contre moi.

Et te voilà pris, ton orgueil est tombé.

A peine si tu as pu rester un mois en repos.

Voilà d’autres vers qui vont te couvrir de honte.



L’amour a percé mon cœur de plus de flèches que Suse n’en mit jamais aux mains de ses guerriers.



Ordonne maintenant, ma bien-aimée,

Et mon navire touchera le port, à l’abri du danger,

Ou fléchira sous le poids au milieu des écueils.



Viens donc souvent, unique et charmant objet de mes soucis.



O Jupiter, prends enfin pitié de Cynthie.

Elle est si belle !

Sa mort serait pour toi un crime.



Si je mens, que je connaisse encore les tourments de l’amour,

Et que, loin de toi, je passe mes nuits dans de tristes veilles !



Femme, tu as tort d’avoir cette confiance en ta beauté.

Tu as jadis pris dans mes yeux cet excès d’orgueil.

Tous ces éloges, c’est à mon amour que tu les dois,

Et je rougis aujourd’hui des vers qui ont fait ta célébrité.

Il y avait beaucoup à reprendre à cette figure que j’ai si souvent vantée.

Mais mon aveugle passion te prêtait des attraits que tu n’avais pas.

Ce teint que j’ai si souvent comparé aux roses de l’aurore, ce n’était qu’une couleur empruntée pour orner ton visage.

Les plus fidèles amis n’étaient point capables de m’ouvrir les yeux.



On riait de mon amour au milieu des festins.

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