O14244
Le chien Argos reconnaît Ulysse, après vingt ans d’absence ; mais il meurt aussitôt



O14244 Le chien Argos reconnait Ulysse, apres vingt ans d’absence ; mais il meurt aussitot

Homère

L'Odyssée

"Ulysse reconnu par son chien" (XVII, 290- 327)

Il y avait là un chien couché, qui dressa la tête et les oreilles; c'était Argos, le chien du patient Ulysse, qu'il avait nourri de ses mains, et dont il n'avait pu jouir; il partit trop tôt pour la sainte Ilios. Auparavant, les jeunes gens l'emmenaient contre les chèvres sauvages, les daims et les lièvres. Mais depuis le départ du maître il gisait sans soins, devant la porte, sur un tas de fumier des mulets et des bœufs, où les serviteurs d'Ulysse venaient prendre de quoi fumer le grand domaine. Là donc était couché le chien Argos tout couvert de poux. Alors, quand il reconnut Ulysse qui était près de lui, il agita la queue et laissa retomber ses deux oreilles; mais il n'eut pas la force de venir plus près de son maître. Celui-ci, à sa vue, se tourna pour essuyer une larme, qu'il lui fut facile de cacher à Eumée, et il se hâta de lui poser cette question : « Eumée, voilà qui est étrange, un pareil chien sur le fumier; il a un beau corps; mais je ne puis savoir si sa vitesse à la course égalait sa beauté, ou s'il n'était qu'un de ces chiens de luxe nourris à la maison et que les grands entretiennent pour la montre. » Tu lui dis en réponse, porcher Eumée : « C'est le chien d'un homme qui est mort au loin. S'il était tel pour le corps, pour l'ardeur, qu'au moment du départ d'Ulysse pour la Troade, tu admirerais aussitôt sa vitesse et sa fougue. Dans les profondeurs de l'épaisse forêt, point de gibier qui échappât à sa poursuite : quel flair il avait pour trouver la piste ! Il est sans forces à présent; son maître a péri hors de sa patrie, et les femmes négligentes ne lui donnent plus de soins. Les serviteurs, dès que les maîtres ne les commandent plus, ne veulent plus faire leur travail. Zeus dont la voix s'entend au loin retire la moitié de sa valeur à l'homme que saisit le jour de l'esclavage. » Ayant ainsi parlé, il entra dans la spacieuse demeure; il alla droit dans la grand'salle se mêler aux nobles prétendants. Quant au chien Argos, la noire mort le prit dès qu'il eut revu son maître après vingt années.



Trop d’émotions pour un chien, qui avait vieilli sans harnais.



Joie de retrouver Ulysse.



Une existence accomplie.

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