O14189
Citations : "Mahmoud Darwish"



O14189 Citations : "Mahmoud Darwish"

"Mahmoud Darwish"

Citations



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J’ai la nostalgie du café de ma mère,
Du pain de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !

Mon père



Un astre passa à l’horizon,
Descendant...descendant.
Ma chemise était
Entre feu et vent,
Et mes yeux pensaient
A des dessins sur le sable.
Et mon père a dit un jour :
Celui qui n’a pas de patrie,
N’a pas de sépulture
... Et il m’interdit de voyager



Je crierai dans ma solitude,
Non pour réveiller ceux qui dorment,
Mais pour que mon cri me réveille
De mon imaginaire captive !



Avec la coupe sertie d’azur,
Attends-la
Auprès du bassin, des fleurs du chèvrefeuille et du soir,
Attends-la
Avec la patience du cheval sellé pour les sentiers de montagne,
Attends-la



J'imagine

J'imagine
et il n' y a pas de mal à cela
ni d'illusion;
que, d'un fil de soie, je coupe le fer,
que d'un fil de laine,
je construits les tentes du lointain
et que je leur échappe
et échappe à moi-même
car je suis...comme je suis!



Nous passons sur le chemin,
Enchaînés,
Prisonniers.
Laquelle, de ta main ou de la mienne,
A endolori l'autre?
Je ne sais.
Mais aucune ne planta cette fois,
Dans ta poitrine ou la mienne,
Le dard du souvenir



Ne t'excuse pas

"La poésie, mon ami, est cette nostalgie inexplicable qui fait d'une chose un spectre et d'un spectre une chose."



Vous, qui tenez sur les seuils, entrez
Et prenez avec nous le café arabe.
Vous pourriez vous sentir des humains, comme nous.
Vous, qui tenez sur les seuils,
Sortez de nos matins
Et nous serons rassurés d'être comme vous,
Des humains!



J‘ai longtemps cru que la poésie était une arme. Et puis j ‘ai compris qu'un poème ne changeait rien. Rien que la poésie.



La Palestine est belle - oui la Palestine est belle
Variée riche - riche en histoire
C'est une terre de mythes
de pluralismes
et elle est fertile malgré le manque d'eau
elle est modeste aussi
la nature y est modeste
c'est un pays simple
Voici la terre de mon poème
et dans ces terres je me sens un peu étranger
il est vrai que l'on peut se sentir étranger
même dans son propre miroir
il y a quelque chose qui me manque
et ça me fait mal
je me sens comme un touriste
sans les libertés du touriste.
Etre en visite me mine,
quoi de plus éprouvant que se rendre visite à soi même...



Ici, sur les pentes des collines, face au couchant
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l’ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l’espoir.



Sur cette terre

Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :
les hésitations d’avril,
l’odeur du pain à l’aube,
les opinions d’une femme sur les hommes,
les écrits d’Eschyle,
les débuts d’un amour, de l’herbe sur des pierres,
des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte
et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir.

Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :
la fin de septembre,
une dame qui franchit la quarantaine avec tous ses fruits,
l’heure de la promenade au soleil en prison,
un nuage mimant une nuée de créatures,
les ovations d’un peuple pour ceux qui montent à la mort souriants
et la peur qu’ont les tyrans des chansons.

Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :
il y a sur cette terre, le commencement des commencements,
la fin des fins,
On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine.
Madame je mérite, parce que vous êtes ma dame, je mérite de vivre.



Qui a dit de l'eau qu'elle est incolore, inodore et sans saveur ?... L'eau a une couleur que révèle la soif. L'eau a la couleur des chants d'oiseaux, le moineau en particulier, de ces oiseaux que n'affole pas cette guerre venue de la mer tant que demeure préservé leur morceau de ciel. L'eau a le goût de l'eau, cette odeur de l'air chaud, en fin d'après-midi, quand il s'élève des champs où se bercent les vagues lourdes des épis, le long d'étendues parsemées de zébrures sombres, pareilles aux ombres fugaces que laissent derrière elles les ailes des moineaux quand ils rasent les moissons. Car il ne suffit pas de voler pour être oiseau. L'une des pires choses de la langue arabe, c'est peut-être que l'avion - tâïra - soit le féminin de l'oiseau - tâïr. Les oiseaux poursuivent leur chant, affirment leur présence au milieu du fracas des bombardements maritimes. Qui a dit que l'eau est inodore, incolore et sans saveur? Qui a dit que l'avion est le féminin de l'oiseau?



Une belle dans Sodome

Et la mort sur ton corps prend
Le visage du pardon.
Et je souhaite mourir
Au cœur du plaisir, ô ma pomme,
Ma femme brisée,
Et je souhaite mourir,
Hors du monde... dans une tornade qui s’éteint.

(Celle que j’aime a deux visages.
Un visage hors le monde,
L’autre dans Sodome la vieille.
Et entre eux deux,
Je quête la face de la vérité)
(.....)
(Celle que mon corps réclame
Est belle
Comme la rencontre du rêve et de l’éveil,
Comme le soleil qui, dans les habits de l’orange s’en va
A la mer.
Celle que mon corps réclame
Est belle
Comme la rencontre du jour et de sa veille,
Comme le soleil que la mer rejoint
Sous sa chemise légère)
(....)?
1966



« Aah si le jeune homme était de pierre… »
Que ne suis-je une pierre.

Faut-il, toutes les fois que deux yeux regardent dans le vide,
Que ces nuages me dispersent,
Nuages ?



- Pourquoi nous demande-t-on maintenant de reconnaître Israël ?
-Pour votre salut , pour le salut du monde .
-Quand on se noie , on n'a pas envie que le courant soit plus fort . Quand on se brûle , on ne désire pas que les flammes soient attisées . Quand on est pendu , on ne souhaite pas que la corde soit solide .....



La Terre nous est étroite et autres poèmes

JE DIS TANT DE CHOSES

Je dis tant de choses sur la différence ténue entre les femmes et les arbres,
Sur la magie de la terre, sur un pays dont je n'ai trouvé le tampon sur aucun passeport
Et je demande : Mesdames et messieurs aux cœurs bons, la terre des hommes est-elle, comme vous l'affirmez, à tous les hommes ?
Où est alors ma masure ? Et où suis-je ? L'assemblée m'applaudit
Trois autres minutes. Trois minutes de liberté et de reconnaissance... L'assemblée vient d'approuver
Notre droit au retour, comme toutes les poules et tous les chevaux, à un rêve de pierre.
Je leur serre la main, un par un, puis je salue en m'inclinant... et je poursuis ce voyage
Vers un autre pays, où je dirai des choses sur la différence entre mirages et pluie
Et demanderai : Mesdames et messieurs aux cœurs bons, la terre des hommes est-elle
A tous les hommes ?



LE POÈME DU SABLE

Je suis les commencements.
Je suis les fins.

Je vais vers le mur de mon exécution et, tel l’oiseau
imbécile,
Je confonds la flèche et mon flanc.
Et mon sang est la chanson du grenadier en fleur. Je marche
Et je m’évanouis maintenant dans la tempête de sable.
Le sable viendra couleur de sable.
Tu rejoindras le poète dans la nuit
Et ne trouveras ni la porte, ni le bleu.

Mes mots se sont égarés et ma femme s’est perdue…
Viendront… Viendront deux amants
Qui saisiront les lys fuyant nos jours
Et diront face au fleuve : Qu’il fut bref le temps du sable.
Et jamais ne se sépareront.

Je suis les commencements.
Je suis les fins.
1977



Ma peau s'est collée à ma gorge. Sous mes fenêtres passe
le vent vêtu de gardes. Et l'obscurité n'a pas d'heure.
Lorsque les soldats lâcheront mes mains,
J'écrirai quelque chose…
Lorsqu'ils lâcherons mes pieds,
Je ferai quelques pas…
Et lorsqu'ils tomberont de mes yeux,
Je te verrai… Je verrai à nouveau ma silhouette.
Je te chante ou ne te chante pas.
Tu es le seul chant, et si je me taisais, tu me chanterais.
Et tu es
L'unique silence.



Si tu n'es pas pluie, mon amour,
Sois arbre
Fécond... Sois arbre.
Et si tu n'es pas arbre, mon amour,
Sois pierre
Humide... Sois pierre.
Et si tu n'es pas pierre, mon amour,
Sois lune
Dans le songe de l'aimée... Sois lune.
Ainsi parla une femme
A son fils qu'on enterrait.



C’est le sable.
Étendues d’idées et de femme.
Marchons en cadence vers notre trépas.
Au commencement les arbres élevés étaient femmes,
Une eau montante, une langue.
La terre meurt-elle comme l’homme ?
Et l’oiseau la porte-t-il en guise de vide ?

Je suis les commencements.
Je suis les fins.

Le sable est forme et possibles.
Une orange qui oublie volontairement mon premier désir.
Je vois dans ce que je vois, l’oubli. Il pourrait dévorer les
fleurs et l’étonnement,
Et le sable est le sable. Je vois un siècle de sable qui nous
recouvre
Et nous renvoie des jours.
Mon idée s’est égarée et ma femme s’est perdue
Et le sable s’est noyé dans le sable…



Ici. Maintenant. Ici... et maintenant.

Ici, entre les débris des choses et le rien,
nous vivons dans les faubourgs de l’éternité
...
Maintenant, nous vivons hier et demain
et nous partons dans deux directions
qui pourraient échanger un salut poétique
...
Ici et maintenant...
l’Histoire ne se soucie ni des arbres ni des morts.
...
Nous sommes toujours là,
portant le fardeau de l’éternité.



PSAUMES/(extraits)

Je te désire lorsque je dis que je ne te désire pas…
Mon visage s’est effondré. Un fleuve lointain dissout mon
corps.
Au marché ils ont vendu mon sang comme du potage en
conserve.
Je te désire lorsque je dis que je te désire,
Femme qui a posé le littoral méditerranéen dans son
giron… les jardins de l’Asie sur ses deux épaules…et
toutes les chaînes au fond de son cœur.

Je te désire ou ne te désire pas.
Le murmure des ruisseaux, le bruissement des pins, le
grondement des mers et le plumage des bulbuls sont
en feu dans mon sang.
Un jour je te verrai et je partirai.

Je te chante ou ne te chante pas.
Je me tais. Je crie. Je n’ai pas d’heure pour les cris,
pas d’heure pour le silence.
Et tu es le seul cri, l’unique silence...



Je suis les commencements.
Je suis les fins.

Le sable est le corps des arbres à venir,
Nuages qui ressemblent aux pays.
La mer et le sommeil seront d’une seule couleur,
Les amants auront un seul visage,
Nous jetterons mille rivières dans les cours d’eau.
Et le passé est le passé. Aux élections des miroirs, il sera
élu
Maître des jours.
Et le palmier est le père de la langue littérale.
Je vois, dans ce que je vois, l’empire du sable sur le sable.
Les trépassés ne souriront pas aux fêtes des tambours.
Adieu… Distances.
Adieu… Espaces.
Adieu chanteurs qui avez remplacé vos cithares par la
Règle
Pour fusionner avec le sable…
Bienvenue à ceux qui sont malades de ma vision, bienvenue
aux pluies violentes….



Je ne t'aime pas ; je ne te hais pas,
Dit le prisonnier à l'enquêteur. Mon cœur est plein
De ce qui ne te regarde pas. Il déborde du parfum de la sauge.
Mon cœur est innocent, lumineux, plein,
Et pas le temps dans le cœur pour la mise à l'épreuve.
Oui, je ne t'aime pas. Qui est-tu pour que je t'aime ?
Es-tu quelque partie de mon moi, un rendez-vous pour le thé,
la raucité d'une flûte, une chanson, pour que je t'aime?
Mais je hais la captivité, je ne te hais pas.
Ainsi parla le prisonnier à l'enquêteur :
Mes sentiments ne te regardent pas.
Mes sentiments sont ma nuit privée...
Ma nuit qui se meut sous les draps, libre
De métrique et de rimes

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