O14088
Mozart et la femme



O14088 Mozart et la femme

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"Papa chéri, je ne puis écrire en vers, je ne suis pas poète. Je ne puis distribuer les phrases assez artistement pour leur faire produire des ombres et des lumières, je ne suis pas peintre. Je ne puis non plus exprimer par des signes et une pantomime mes sentiments et mes pensées, je ne suis pas danseur. Mais je le puis par les sons : je suis musicien."



Après plus de deux cents ans, Mozart est toujours une étoile qui fascine le monde par sa simplicité et sa facilité d'inspiration. Aujourd'hui nul n’est capable de réaliser ce qu'il a fait étant enfant. Qui, de nos jours, composerait un concerto à 5 ans, une symphonie à 7 ans et tout un opéra a 12 ans ? Aucun artiste contemporain n'est à même de composer plus de 650 œuvres, soit plus de 200 heures de musiques, soit 180 cd, soit une pile d'environ 3 m 20 !



Mozart fut longtemps considéré comme un musicien de seconde classe. Aucun compositeur ne fut autant victime d'incompréhensions et de contresens. Même après sa mort, ses ennemis acharnés l'insultaient encore. Ses détracteurs actuels se couvrent fréquemment de ridicule en qualifiant son œuvre de " musique de répondeur " ou " berceuses gentillettes ". Ceux-là mêmes crient leur préférence pour les compositeurs plus inventifs, et signent ainsi leur ignorance ! En effet si les plus grands compositeurs du XIXième comme Beethoven, Schubert, Chopin ou encore Wagner ont su ce qu'ils devaient à leur prédécesseur, ont crié leur admiration jusqu’à la mort, la majorité, tel Berlioz ne voyait en lui qu'un ordonnateur frivole de festivités galantes. C'est plus d'un siècle après sa mort qu'on le redécouvrira vraiment. Mais il faudra tout de même attendre la Seconde Guerre Mondiale pour que Mozart soit placé au panthéon des compositeurs aux côtés Bach, Schubert et Beethoven. La nature sensible de Wolfgang et son inépuisable besoin d’amour eût souffert de tant d’injustices. Il se savait cependant doué d’un état de grâce, d’une céleste inspiration et n’a jamais douté de son talent. Seules les manigances et l’ignorance musicale de ses contemporains purent parfois le plonger dans quelque abîme, qu’il transposait aussitôt en mélodie parfaite. Mozart se servait de tout pour composer ; ses humeurs joyeuses et ses instants de perplexité furent une source de composition expliquant la richesse de sa création. On peut toujours critiquer ou détester, ce qui existe est éternel ; nul ne peut jurer qu’un jour, une nuit, il ne sera pas bouleversé par la musique de Mozart, et promettre de ne point tomber à genoux à l’écoute de ses notes qui s’aiment, voir et sentir vibrer en soi quelques instants de bonheur ou de mélancolie.

Rien dans l’allure de Mozart n’est attirant ni choquant ; il est petit, maigre, pâle, il doté d’une épaisse chevelure blonde qui fait sa fierté. Il ne porte aucune perruque et préfère poudrer ses cheveux naturels selon la mode. Ses yeux sont immenses, parfois cernés d’une ombre légère, suivant son travail nocturne ou les rages de dent subies la veille. Il porte des vêtements à la mode et adore les manchettes en dentelle, les gilets de brocard, les pièces d’étoffes soyeuses et bruissantes. Il raffole des asperges, des langues en sauce et déplore (dans ses courriers adressés à sa mère) que personne ne sache les préparer comme il les aime. Bien qu’il soit dès l’enfance prédisposé aux études longues et difficiles, son amour de la musique l’obligera à concentrer ses efforts sur l’apprentissage des techniques de composition, au détriment du calcul et des autres disciplines scolaires. Il parlera et écrira néanmoins avec facilité l’italien, le français, l’anglais et l’allemand. N’oublions pas ses connaissances en grec et en latin, qui lui permettent également de traduire un texte avec une rapidité aisée. Ses loisirs sont limités ; il apprécie particulièrement les quilles, le billard et la danse. Il proposera fréquemment à ses élèves de faire une partie de billard, à l’issue des leçons qu’il donnait.



EPICURIEN ET AFFECTUEUX



Dès quatre ans, Mozart montrera d’exceptionnel dons musicaux, nous le savons. Dès qu’il s’assied au clavecin, rien ni personne ne peut détourner son attention, à l’exception des animaux dont le comportement l’amuse. En l’absence de musique, il se conduit comme un enfant. La première fois qu’il joue devant la cour de Vienne, en 1762, après avoir terminé sa démonstration, il saute au cou de l’impératrice et l’embrasse très affectueusement ; quelques personnes présentes sont alors choquées par ce manque de respect de l’étiquette, mais la spontanéité de l’enfant et surtout, son talent prodigieux sont suffisants pour calmer les commentaires et conquérir les cœurs.




Dès son plus jeune âge Mozart est attiré par les femmes, et très sensible à leurs atouts. Ainsi, ce même jour, tombé de son tabouret sur le parquet glissant, Marie-Antoinette (futur reine de France) âgée de sept ans, aide Wolfgang à se relever ; Wolfgang la regarde avec tendresse et reconnaissance puis lui dit : " Vous êtes si bonne, quand je serai grand, je vous épouserai ". Autre exemple qui montre qu’il était un enfant semblable aux autres : en juin 1765, alors qu’il joue en public, un chat entre dans le salon ; Mozart abandonne son piano, se saisit de l’animal et disparaît dans la pièce voisine. Il revient après un long moment et reprend son exhibition là où il l’avait laissée.



VICTIME DE SON HUMOUR



INCOMPRIS PAR LES SIENS



Adulte, sa sœur Nannerl dit qu’il fut toujours un enfant. Il riait facilement, de tout et de rien, souvent de ses propres jeux de mots, de la figure médusée de ses interlocuteurs. Son génie était inversement proportionné à la profondeur de ses blagues favorites. Cependant, rien n’est moins faux que le personnage grossier et stupide du film Amadeus. Son rire, il est vrai, pouvait surprendre, et si l’on s’en réfère aux textes écrits par ceux qui l’ont bien connu, mais ce rire surprenait plus par ses motifs que par sa sonorité. Et comment croire un instant, que ce magicien des sons, cet amoureux de la voix humaine, eût supporté de produire lui-même un son ridicule ou désagréable avec sa propre gorge ? Si tel avait été le cas, Mozart aurait été le premier à corriger cette tare, au lieu de se moquer parfois (dans ses lettres) du rire stupide des imbéciles qui le détestaient. Mais il est aisé de comprendre que bien des biographes n’aient pu supporter tant de grâce, cette somme globale de dons incroyables, ce génie, sans chercher à lui trouver quelque défaut afin de le rendre plus humain, moins admirable ; rassurant pour les médiocres, certes, mais faux !

On a souvent mal jugé Mozart. On continue encore parfois.
Le XIXème siècle fait de Mozart un personnage romantique, affublé de légendes nourries par l’ignorance et par la suite, le désir de se faire pardonner les mauvais traitements qu’il dût supporter, jusqu’à sa mort.

Puis le début du XXe siècle, notamment avec les lettres de correspondances avec sa cousine la Bäsle, l’a imaginé démoniaque, divin imbécile. Il est vrai que les lettres de nos jours paraissent assez grossières, mais à l'époque cela ne choquait pas. Nous en verrons pour preuve, un extrait d’une lettre de la duchesse d’Orléans, écrite à l’électrice du Hanovre : « Vous êtes bien heureuse d’aller chier quand vous voulez ; chiez donc tout votre chien de soûl. Nous n’en sommes pas de même ici, je suis obligée de garder mon étron pour le soir… » (suivent trois pages sur le même sujet intestinal). Autrement dit, la duchesse d’Orléans doit se retenir toute la journée et attendre d’être enfin seule dans sa suite pour satisfaire un besoin naturel. Mais l’époque permet toutes considérations digestives ; on ne montre pas ses chevilles ni ses mollets, mais on parle de chier comme de boire. Et que répond l’électrice de Hanovre à la duchesse d’Orléans ? : « C’est un plaisant raisonnement de merde que celui que vous faites sur le sujet de chier… » (suivent cinq pages sur le sujet !). Et maintenant que l’aura de Mozart se rétablit dans nos esprits, nous pouvons lire n’importe quelle lettre de sa main, y découvrir le mot tabou, l’expression cochonne, sans croire qu’il fût possesseur exclusif de toute grossièreté ! Voici donc un extrait de lettre adressée à sa cousine qui témoigne de son humour : "Excusez ma vilaine écriture, la plume est déjà vieille, mais il y a bientôt 22 ans que je chie par le même trou et il n'est même pas encore déchiré, tous les jours je chie dedans et mord la crotte à belles dents". Il faut également se rappeler que Wolfgang partageait cet humour avec ses parents. Par exemple, alors qu'elle est âgée de 56 ans, Anna-Maria conclut une de ses lettres par : "Porte toi bien mon amour et pousse toi le cul dans la bouche. Je te souhaite un bonne nuit mon mari, mais d'abord chie au lit et que ça pète". Que veut dire Anna-Maria ? Elle souhaite simplement verdeur et souplesse à son époux, que ses fonctions digestives aillent bien et tout ira bien ! On ne riait pas des même choses il y a deux siècles. Quoique…

Il est temps de cesser de s’en référer à ses différentes images ridicules, les mythes et légendes ne sont que purs fantasmes. L’abondante correspondance et surtout la perfection de la musique de Mozart nous prouvent tout le contraire. Il fut l’un des hommes les plus féconds et les plus intelligents qui aient jamais vécu. Wolfgang sut profiter pleinement de la vie, des plaisirs et du raisonnement ; il fut la plupart du temps, malgré toutes ses misères, un homme heureux et confiant.



EN QUETE D’AMOUR ET DE SENSATIONNEL



Mozart voulait être aimé, que le public soit toujours attentionné, présent avec lui notamment lorsqu’il jouait au clavier. Il souhaitait être honoré pour son sublime travail. " M’aimez vous, m’aimez vous vraiment ?", demandait-il souvent lorsqu’il était enfant, bien qu'il fut presque toujours un enfant. " Donnez-moi le meilleur piano d'Europe, mais pour m'écouter, des gens qui ne comprennent rien ou qui ne veulent rien comprendre, et qui ne ressentent pas avec moi ce que je joue, alors je perdrai toute ma joie". Il aime le succès et ignore le trac. Mozart est sûr de lui, ses concerts ne lui font jamais perdre ses moyens, le public ne l'intimide pas mais au contraire l'encourage. Il déteste cependant qu’un orchestre joue sa musique en l’estropiant, et surtout que ses œuvres soient exécutées trop rapidement. Il s’emporte alors et vocifère : « Ils croient ainsi que ça leur donne du feu ; oui quand il n’y a pas de feu dans une composition, ce n’est pas en la jouant au galop qu’on lui en donne ! »

Mozart adore la compagnie des femmes, surtout lorsqu’elles sont le contraste de sa propre mère : joyeuses, coquettes, un tantinet garces ; c'est avec sa cousine qu'il découvre les plaisirs de l'amour. Les lettres qu’ils échangeront longtemps laissent percevoir le degré d’intimes découvertes qu’ils vécurent ensemble. Plus tard, et bien avant son premier grand amour, il apprendra par son père que la fille d’un boulanger souhaitait prendre le voile, déçue qu’il ne l’aime comme elle l’aimait…Mozart déclenchait des passions involontairement, mais il ne tardera pas à connaître les blessures de l’amour non partagé. Aloysia l'a marqué à jamais. Arriviste et sournoise, elle lui fit miroiter bien des câlineries avant de se tourner vers un autre, Joseph Lange, avec lequel elle fit un mariage d’amour et d’argent. Mozart apprend vite ; les déceptions et les bonnes fortunes lui enseignent l’art d’une musique envoûtante. Ses opéras prônent de nombreuses valeurs, comme la fidélité, l’honneur, l’amour, l’amitié, la fraternité. Wolfgang considère qu'un couple doit s'aimer toute la vie et rester fidèle à sa promesse solennelle. Il persiste cependant des doutes sur la fidélité de Mozart envers sa femme et réciproquement. Les doutes s’effacent et deviennes certitude lorsque l’on relit ses correspondances et les annotations faites sur certaines compositions à l’intention de deux femmes dotées de voix sublimes. Bien plus que les manières et les dentelles des jupons, la voix humaine l’attire et le plonge dans une béatitude sans rivale. C’est pourtant à sa femme qu’il réserve toutes les allusions coquines, sa douceur et ses formules d’amour définitif durant leurs séparations ; même si l’on sait aujourd’hui qu’il eût quelques maîtresses, toute sa tendresse va vers Constanze lorsqu’il lui écrit : "mon petit oiseau est si gonflé d'impatience qu'il est presque monté sur la table".

Les artistes qu'ils soient musiciens ou peintres dépendent à cette époque de commanditaires et de protecteurs. De plus, Mozart est devenu franc-maçon en 1784 ; il était de plus en plus périlleux d’adhérer à cette philosophie de lumière, surtout au moment de l’arrivée de Léopold II sur le trône. Cependant contrairement à ce que l'on dit encore dans les milieux mal informés, Mozart a connu d’immenses succès, notamment avec ses opéras. Le Mariage de Figaro fit un peu scandale car la part belle était offerte aux subalternes, mais rapidement le succès arriva. Don Giovanni et la Flûte enchantée sont des œuvres profondes et symboliques sont le sens échappera parfois aux spectateurs habitués aux opéras vides de sens philosophique. Souvent lors des premières, en particulier les Noces de Figaro, les bis sont si nombreux que l’empereur doit intervenir lui-même pour stopper les bravos trop nombreux à son goût (Wolfgang sera plus applaudi que l’empereur). Malgré tout, les compositeurs Joseph Haydn et Antonio Salieri sont alors plus connus que lui en Europe. Mozart ne prendra pas ombrage du succès de ses confrères, mais il râlera souvent contre la bêtise des précieuses cours qui ne comprenaient guère d’autre langage que celui des opéras classiques : il l’aime, elle ne l’aime plus, il se suicide, elle revient et prend le voile pour se punir…Banal !



EN GUERRE CONTRE L’OPPRESSION ET LA MEDIOCRITE



Mozart est le premier musicien qui se libère de son employeur et protecteur(Colloredo), se revendique comme artiste libre et défend totalement son art qui reste la première de ses priorités. Il faut aussi comprendre que la philosophie maçonne le pousse alors à développer son esprit de liberté, dans la rigueur et la moralité. Mozart a horreur des classes sociales, des différences flagrantes entretenues par les aristocrates entre eux et le petit peuple, les hiérarchies lui donnent la nausée et faire la révérence lui donne plutôt envie de péter au nez de celui qu’il salue ; Les Noces de Figaro sont alors la méthode qu’il choisit pour dénoncer les injustices qui le rendent malade et l’on souvent humilié. Mozart est le premier compositeur révolutionnaire, avant même Beethoven.

Mozart sait sa musique parfaite et n’ignore pas son réel génie ; Il supporte mal les critiques. Mozart sent qu’il est le meilleur, il sait qu’il demeure le plus grand compositeur de la cour et d’Europe, il est vrai qu’il manque un peu de modestie, -mais comment être humble lorsqu’on peut écrire en quelques minutes ce que d’autres élaborent péniblement en plusieurs jours, avec son supplément d’âme et de beauté ?- .Wolfgang a peu d’admiration pour ses collègues musiciens à l’exception de C.W. von Gluck (1714-1787)dont il apprécie Orphée et Eurydice, mais surtout Joseph Haydn qu'il considère comme le plus grand. Haydn possède aux yeux de Wolfgang un talent immense ; une amitié sans faille les lie. Lorsque Léopold meurt, Wolfgang baptisera Haydn " papa " et l’appellera ainsi jusqu’à la fin de sa vie.

Il n'hésitera pas à insulter ses ennemis compositeurs. Il n’avait aucune référence en dehors de ceux pré-cités. Généralement, la plupart des musiciens ont leur référence, par exemple Beethoven vénérait Haendel, Schubert adorait Beethoven, pour Chopin, Bach et Mozart étaient des dieux. Il a cependant énormément d'estime pour Haendel et Bach qu'il a fait sortir de l'ombre. Son estime se mesure d’ailleurs à la qualité des créations de ses " confrères" domestiques-musiciens. Il passa des années à étudier les œuvres des plus grands maîtres.
Mozart sera un homme très généreux avec ses amis et ses collègues. Il fut extrêmement sociable. Nombreux sont les témoignages contemporains qui le flattent sur sa gentillesse, sa générosité (parfois excessive). Par exemple, alors qu’il n’est plus au service de l’archevêque de Salzbourg, il compose des quatuors qu’il donne à son ami Michael Haydn (frère de Joseph) en retard pour une commande de l’archevêque Colloredo ! Wolfgang a du cœur, il s'émeut facilement des malheurs d'autrui. Ce qui fait de lui presque un naïf, d'une confiance aussi spontanée qu'émouvante. Il prête de l'argent au risque de devoir lui-même en emprunter par la suite. Le calcul ne fait pas partie de son quotidien, il donne lorsqu’il aime et ne compte pas ses efforts pour autrui.

Le plus miraculeux, chez Mozart est sa façon de composer. Il « entend » d’abord toute la mélodie dans sa tête, chaque instrument jouant sa partition et seulement après, il la transcrit. Il compose à folle allure, aussi vite que sa plume, ne revient jamais sur ses partitions, fait rarement des ratures ; un détail véritable du film Amadeus, nous montre l’étonnement de Salieri découvrant les partitions originales, sans retouches ni ratures, d’une perfection mélodieuse, qui laisse à penser que ce petit homme est la preuve que Dieu existe…

L’élaboration d’une sublime symphonie lui demande cinq jours de travail, un opéra lui prend trois semaines. Cependant, dès qu'il a une œuvre importante en tête, Mozart n'aura jamais moins l'apparence d'un homme dit Joseph Lange." Il s'exprime alors de façon incohérente et confuse, en lançant des plaisanteries que l'on n'aurait jamais attendu de lui. C'est en quelque sorte une manière de se libérer de lui même. En fait Amadeus ne tenait jamais en place, il ne cessait de pianoter sur son chapeau, les tables, les chaises, il composait tout le temps. Il lui fallait avoir tout le temps près de lui, surtout en voyage, dans la poche de côté de la voiture, des feuilles de papier à musique auxquelles il confiait ses notes, ses esquisses fragmentaires conservées avec soin dans un portefeuille. Ce procédé était pour lui de la plus haute importance, c’était pour lui, comme il disait, une chose sacrée. "
Mozart n'est alors pas uniquement un compositeur de pur génie, il est aussi un instrumentiste très impressionnant. Il joue surtout du piano-forte, c'est le plus grand virtuose de Vienne et de toute l'Europe. Il maîtrise une technique, une telle façon de jouer qu'il éblouit même les plus grands virtuoses. Il remportera haut la main, sans lever un cil, tous les défis, se lance avec joie dans les joutes musicales, accepte les duels d’harmonie avec l’assurance que son divin talent lui permet. Il jouera aussi à la perfection du violon ( il travaillait comme premier violon dans l'orchestre de Salzbourg sous Colloredo). Il domine aussi parfaitement l'alto et l'orgue. Lorsque Mozart passe un jour à Leipzig, il se précipite sur l'orgue du grand JS Bach, un contemporain témoignera plus tard, marqué par cette vision : " c'était un jeune homme de taille moyenne, habillé à la mode. Doles ( ancien élève de Bach) était tout enthousiasmé par le jeu de l'artiste et croyait revoir son maître devant ses yeux, le vieux Bach. Mozart avait traité à première vue de façon admirable, avec une excellente tenue, la plus grande facilité et tous les raffinements de l'harmonie, ce qu'on lui avait mis sous les yeux ainsi que les thèmes, entre autres le choral : Jesu, meine Zuersicht".



LA MAGIE UNIVERSELLE DE SON ŒUVRE



Mozart est-il le plus grand compositeur de l’histoire de la musique ? La question pourrait paraître vide de sens pour les grands musiciens. En tout cas il persiste deux certitudes au sujet de Mozart : d’une part, il est le musicien le plus facile à aimer des enfants, des politiques, des généraux, des philosophes, des scientifiques…et même par les musiciens au soir d’une dure journée de répétition. D’autre part, Mozart est le musicien le plus universel. Cela se manifeste à travers l’humanité si profonde de ses opéras, dans l’éventail de tous les genres qu’il a abordés et dans lesquels il a le plus souvent excellé. Aucun autre compositeur ou artiste ne s’est exprimé dans un champ de création aussi vaste. Il a excellé dans tous les genres (opéras, concertos, quatuors, etc…) et a atteint la plus haute perfection dans chacun.

Ce qui fait ressortir son génie, c’est la fluidité de sa musique. Il n’est pas nécessaire de chercher un sens, le plaisir est directement là. Certains biographes prétendent que Mozart n’a pas révolutionné la musique, n’a pas crée de style ; qu’il n’y existe pas de style Mozartien. Rien n’est plus faux. Comment dans ce cas, décrire une musique que l’on reconnaît entre mille autres et universellement copiée depuis tant d’années ? Pourquoi ne peut-on confondre Mozart et d’autres compositeurs admirés ? Il est cependant exact qu’il ne mit aucun système à l’œuvre. Les notes coulent et s’assemblent avec harmonie, cette harmonie si logique et naturelle qui fait tant défaut à d’autres. Là où Mozart marie les sons, d’autres conjuguent avec peine ! Sa musique, bien que presque toujours conventionnelle dans la forme, (si l’on accepte l’idée que convention soit avant tout harmonie et non pas crissement bizarre, création délirante et inaudible) n’est même jamais un message, ni une confession contrairement à celle de Beethoven. La musique de Mozart n’a aucun son lié avec sa vie et c’est même étrange de constater que ce sera durant ses moments les plus difficiles qu’il compose alors ses musiques les plus gaies. Ses œuvres sonnent spontanément, parlent librement et cette liberté dispense l’auditeur de tout effort pour prendre plaisir à la musique. Il n’est nul besoin de comprendre pour aimer. Cependant comprendre Mozart permet d’approcher l’état d’extase dans lequel il se trouvait et transporte l’auditeur dans un voyage indescriptible. Mozart composait uniquement pour son plus grand plaisir et celui des auditeurs, il ne cherchait rien d’autre, bien qu’il dût tout de même composer des « commandes » assez fréquemment. Il n’est pas de discours moins raisonnable que celui de dire que Mozart est grand, le plus grand compositeur de l’histoire de la musique, dépassant tous ses prédécesseurs et n’ayant jamais été égalé.

Mozart est mort âgé de 35 ans et dix mois. Sa belle-sœur Sophie prétend dans ses mémoires qu’il n’a pas été soigné comme il le fallait durant sa maladie. « Au lieu de calmer sa fièvre, on lui a fait plusieurs saignées, qui n’eurent pour effet que l’affaiblir davantage. Il tomba sans connaissance et n’en revint pas. Durant sa grave maladie, il ne fut jamais impatient et enfin son ouïe fine et sa sensibilité n’étaient agacées que par le chant du dernier canari qu’il possédait et qu’il aimait. Il fallut l’éloigner dans la chambre voisine car il criait trop fort. Malgré les enflures de ses mains et cette fièvre forte, Wolfgang ne s’est jamais rien, il regrettait de n’avoir pu jouir de son succès, et de laisser sa femme et ses deux enfants. Il tenait à finir le requiem pour leur assurer une bonne rente, certain de la force de cette ultime œuvre. Il était bon et l’on ne pouvait rien faire d’autre que l’aimer. »

Il n’a pas profité du bonheur de se voir vraiment reconnu contrairement à Beethoven. Et pourtant l’œuvre immense est là. Il laisse plus de 600 compositions sublimes et bouleversantes de beauté, de qualité. Les documents que possèdent les bibliothèques nationales et les archives des musées concernant Mozart, notamment sa correspondance avec son père, nous permettent à certaines époques de suivre sa vie presque au jour le jour. Pourtant, Wolfgang Amadeus Mozart demeure l’un des musiciens les plus mystérieux.

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