O14037
Nicole Aubert : "Le culte de l’urgence, la société malade du temps"



O14037 Nicole Aubert : "Le culte de l’urgence, la societe malade du temps"

"Le culte de l’urgence, la société malade du temps"

Nicole Aubert

Flammarion

2003



A tous ceux qui n'ont plus le temps



Les enfants de Chronos



La mutation du rapport au temps

SOS pour tout…

Effets pervers de la logique du profit immédiat

Money is time

L'homme compressé

L'homme à flux tendu

L'urgent et l'important, l'accessoire et l'essentiel

Le salarié, un produit à durée éphémère



Entre jouissance et épuisement



L'urgence comme jouissance mentale



Pathologies de l'urgence

La corrosion du caractère

L'individu malade de l'urgence

L'homme dépressif

Le sentiment de perte

L'homme insuffisant

Le syndrome d'épuisement de la société maniaco-dépressive



De la performance à l'urgence, de l'urgence à la crise

Sortir du piège de l'urgence

Résilience

Identité



Un homme sans avenir ?

Homme pressé

Homme-présent

Homme-instant

L'impossibilité de perdre son temps

Courir tout le temps

Le temps, dans le christianisme, est dominé par Dieu

Le grand marché du Sens

Ici et maintenant

De la recherche du temps perdu à l'hédonisme de l'instant



L'individu hypermoderne, entre urgence et éternité



Philippe Delerm

Des lenteurs qu'on ne mérite plus.



Plus on marche, et moins on atteint un but.



Jacques Ellul

Le mouvement sans direction qui nous anime.

Il n'y a plus ni objectif, ni transcendant, ni valeur déterminante, le mouvement se suffit.



Tocqueville

Aussitôt qu'ils ont perdu l'usage de placer leurs principales espérances à long terme, ils sont naturellement portés à vouloir réaliser sans retard leurs moindres désirs et il semble que du moment qu'ils désespèrent de vivre une éternité, ils sont disposés à agir comme s'ils ne devaient exister qu'un seul jour.



L'individu conquérant

Le culte du <> et la volonté de <>.



L'avènement de l'homme <>



De la quête d'éternité à la quête d'intensité de soi

L'urgence comme raison d'être.

Fuite en avant.

Vivre à 200 à l'heure.



Une immédiate éternité

Rien n'est plus acquis.

Chacun doit, à tout moment, faire la preuve de sa mobilité et de son adaptabilité.

Parcours d'obstacles.

Perte de la conviction en un progrès indéfini.

Emiettement des croyances idéologiques et religieuses, lié à l'approfondissement de la dynamique individualiste. D'où l'abandon de l'idée d'une structuration du présent par le passé. Et éclatement des visions d'un avenir communément partagé.

Plus que la notion de progrès, c'est celle des peurs et des risques partagés qui semble constituer maintenant le seul référent commun de notre société.



Charles Taylor

Société fragmentée.

Les membres éprouvent de plus en plus de mal à s'identifier à leur collectivité politique en tant que communauté.

L'absence de perspectives partagées renvoie les gens à eux-mêmes, et à une expérience limitée au présent et au futur immédiat.



Nouvelles technologies de l'information

Elles ont intégré les pays et les individus dans des réseaux fonctionnaires planétaires.

Le rapport au temps s'est considérablement modifié.

Société en réseaux.

Le temps séquentiel, chronologique, a cédé la place à un temps immatériel fondé sur la technologie, un <>, arrimé au seul présent, affranchi de la durée et des références aux catégories traditionnelles du passé et du futur.
L'émergence de l'urgence comme mode d'être du temps, la prévalence de l'instant, l'empire de l'éphémère, qui impose la brièveté comme manière d'être des choses, accompagnent ce bouleversement.

L'individu vit dans une temporalité immédiate.

Il a l'impression de frôler l'éternité, puisqu’il est dans un temps sans durée qui éternise le présent.

Au début du siècle, on s'efforçait de ressusciter le temps en faisant revivre le passé. Aujourd'hui, on s'efforce <> et de repousser les limites de la mort.

L'urgence incarne la résistance du temps. Elle est *violence* du temps.

L'urgence s'impose à l'homme. L'instantanéité lui est donnée.

Dans les deux cas, l'individu s'efforce de nier le temps.

Par l'urgence, en traitant le plus de choses possible dans le moins de temps, il veut <>.

Par l'instantanéité, il veut "abolir le temps".

Cycle infernal où l'on et englué dans le temps, vaincu par lui.

L'instantanéité libère du temps, arrime dans l'immédiat.

L'urgence peut être libératrice.
Elle fait vivre l'instant intensément.
Etat de crise temporaire dans lequel tout est possible.
On peut se nourrir de cet instant de liberté pour envisager des solutions nouvelles et une réorientation de son action.

L'urgence devient alors le prétexte à la créativité et à la spontanéité, prétexte à l'imagination et à l'improvisation.

Si c'est urgent, alors tout est possible.

L'urgence n'est donc pas seulement un temps plein, court, saturé d'angoisses et de limites, elle est aussi un vide, un temps où les repères traditionnels sont chancelants, un temps où les individus inventent en même temps qu'ils s'inventent..

Lorsque le temps de la décision et de l'action se contracte, l'accès à l'intuition est facilité.
L'urgence n'est alors pas vue comme une contrainte, mais comme une opportunité.
Elle permet la flexibilité de la pensée, et non sa rigidité.
Alors, l'homme retrouve dans l'instant sa propre temporalité et sa propre temporalité.
Il renoue avec son intuition et ses savoirs tacites.
Il peut envisager de transcender ses limites

Confrontés à la logique du gain et de la vitesse, deux types d'individus émergent.
1) L'individu adapté, multibras, multiprise, qui jouit de l'accélération, bondit d'un sujet à l'autre et jette un œil fébrile sur un flash d'infos en sentant vibrer son téléphone portable.
2) L'individu pulvérisé par la vitesse d'une société qui l'écrase parce qu'il ne peut plus y inscrire le moindre projet.



Mais une autre logique existe : Ne pas se laisser déposséder de sa propre temporalité et de ses propres rythmes.
Réintroduire l'épaisseur du temps de la maturation, de la réflexion et de la méditation.
Ne pas agir sous le mode de l'impulsion.

Tension nécessaire entre ces deux logiques d'action :
1) Immédiateté et urgence, qui hache et pulvérise le temps dans un contexte de sacralisation du présent.
2) Tentative de reconquête de soi dans une continuité s'inscrivant dans un ordre de référence porteur de sens.
Alors, l'individu hypermoderne peut essayer de définir un nouveau rapport au temps et tenter d'unifier une identité fragmentée.

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