O14019
George Steiner : "La mort de la tragédie"



O14019 George Steiner : "La mort de la tragedie"

"La mort de la tragédie"

George Steiner

Gallimard

1993



Pour mon père

Cet essai lui appartient.

Les pièces dont je parle ici sont celles qu’il me lut quand j’étais enfant et m’emmené voir au théâtre.

Si je peux aujourd’hui avoir commerce avec la littérature de plusieurs pays dans leur langue propre, c’est parce que mon père, dès le début, se refusa à reconnaître des frontières dans la vie de l’esprit.



La tragédie est étrangère à la vision judaïque du monde.

Job, en marge du judaïsme.

Dans la vision judaïque, la catastrophe provient d’une faute morale précise ou d’un manque de compréhension.



Iliade

Des tentatives pour jeter la lumière de la raison sur le monde ténébreux qui environne l’homme.



Chaucer

La tragédie doit conter une histoire
Comme vieux livres nous en gardent mémoire,

De l’homme au faîte du bonheur
Qui choit du haut de sa grandeur

Et finit en très grand malheur.



Etéocle

Déjà les dieux n’ont plus de souci de nous.

Notre mort est pour eux la plus belle offrande.



Corneille

Suréna

Il prend congé du théâtre.



Eurydice

Je veux, sans que la mort ose me secourir,
Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir.



Schoenberg

Moïse et Aaron

Conçu à la veille de la catastrophe.

Evidente absence de Dieu.

Folie de la volonté humaine.

Tout cela s’est montré sinistrement en accord avec les événements politiques.



Chesterton

L’artiste de son temps ou bien vit des vestiges, des lambeaux de vieilles mythologies usées,

Ou bien

Il cherche à en créer de nouvelles.



En Pologne centrale



Une petite synagogue.



Une nuit, le rabbin entra.



Il vit dieu assis dans un coin sombre.



Il tomba sur sa face, et s’écria :



"Seigneur Dieu, que fais-tu là ?"



Dieu lui répondit, d’une toute petite voix :



"Je suis fatigué, Rabbin, je suis fatigué jusqu’à la mort."



Dieu, fatigué de la cruauté de l’homme.

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