O13974
Claudio Magris : "Loin d’où ? Joseph Roth et la tradition juive orientale"



O13974 Claudio Magris : "Loin d’ou ? Joseph Roth et la tradition juive orientale"

"Loin d’où ? Joseph Roth et la tradition juive orientale"

Claudio Magris

Seuil

2009



L’absence est le mot terrible de cette histoire juive :

"Tu vas donc là-bas ? Comme tu sera loin !"

--- Loin d’où ?



Une jeune et très belle femme aux cheveux noirs,

Contrainte par ses bourreaux à se faire peindre nue par un camarade du camp de concentration,

Et qui a presque l’illusion qu’elle va échapper ainsi à la chambre à gaz,

Comme une sainte aux fauves du cirque dans une hagiographie naïve.



Ils s’assimilèrent.

Ils ne prient plus dans les synagogues.

Mais dans des temples ennuyeux, où le service divin est célébré d’une manière mécanique,

Comme dans le premier temple protestant venu.



Ils imploraient le châtiment pour leurs péchés.

Leurs petits-fils sont devenus occidentaux.

Leur Dieu est une source de puissance naturelle abstraite.

Leur prière est une formule, et ils en sont fiers.

Ils sont lieutenants de réserve, et leur Dieu est le supérieur d’un aumônier de la Cour.



Cliché de l’itinéraire

Du révolutionnaire au monarchiste.



Isaac Bashevis Singer

A propos de son frère Joshua

Sortant de l’orthodoxie, il s’était éloigné de la tradition,

Mais ne trouvait rien dans les temps nouveaux qu’il pût dire bien à lui.



Isaac Bashevis Singer

L’esclave

La fin de l’été devient pour Jacob, qui vit malgré lui hors d’Israël,

Les ténèbres d’Egypte,

Le néant dont la face de Dieu est absente.



La Fuite sans fin

Franz Tunda

Homme superflu.

Talonné dans son agir par l’absence de tout but, de tout désir.

De toute place dans le réel et dans l’histoire.



Maurice Blanchot

Effort de Kafka pour éclairer avec dignité et en toute conscience sa propre position d’exilé de la terre de Canaan.

D’exclu de sa patrie.



Roth, à Stefan Zweig

Je déteste le protestantisme !



Roth

Napoléon, un incroyant qui devient "visiblement" petit, tout petit.



Israël de Rijin

Des mystères et des pouvoirs ésotériques de ses grands prédécesseurs,

Il n’avait conservé que

L’histoire

Et les mots.



Dernières œuvres de Roth

Elles se consument en une destruction totale, qui inclut, dans sa négation, jusqu’au "monde d’hier".

Laissant l’écrivain suspendu dans un vide vertigineux.

Ambiguïté constante de son œuvre,

Toujours tendue entre abandon et nostalgie et amer détachement.

Jeu ironique et douloureux.

Mouvement pendulaire entre deux pôles opposés également vains et illusoires,

En dehors et au-delà desquels il n’y a rien.

Absence de toute attitude,

De toute position arrêtée.



Ne reste alors que la fable du saint buveur

Maître hassidique dégradé en épave humaine et sociale.



Impossibilité de toute bildung.



Elisha ben Abouya

Il outrepasse les limites prescrites de la distance que l’on a le droit de parcourir pendant le chabat.

Pourtant, il prévient Méir, absorbé par la discussion.

Au-delà de cette limite, il n’y aurait que le désert.



Congé nécessaire donné au monde juif oriental

Péché semblable à celui d’Onan.

Suspendu entre l’être et le non-être.

Entre le néant et les possibilités infinies des formes individuelles.



Une dimension insaisissable et à demi-inexistante

C’est le domaine du démoniaque.

C’est à-dire de la fin.



Isaac Bashevis Singer

Un mariage à Brownsville

Il fait fusionner la célébration de l’âme juive-orientale avec sa dissolution dans le contexte de la société américaine.



Roth identifie explicitement le Tohu Bohu

Le Chaos



Sammy Groneman

1920

Tohu Bohu

Emblème représentatif de la condition juive.



Northrop Frye

Léviathan dans la mer ?

Léviathan EST la mer.



Objet de sa nostalgie.

Sa vocation inconsciente à l’auto-anéantissement.



Le Juif se transforme en une déité païenne.

En deçà et au-delà de tout éthos et de toute loi.



L’eau attire les démons.

C’est l’élément démoniaque de Lilith,

Qui incarne le pouvoir destructeur du sexe.

Targum

Elle se réfugie sur les bords de la mer Rouge.



Le saint buveur

Il sombre dans l’alcool.

Roth abandonne toute velléité de croire en la restauration d’une littérature positive, et dune dimension classique.

Et il maintient, en même temps, son refus à l’égard du négatif.



Un nihilisme global, comprenant le positif et le négatif.

Les consumant.

Etranger à toute compensation CRITIQUE.

A toute volonté de débat sur la "mort de l’art" ou "la fin des valeurs".



David Bronsen

Roth ? Un état mythomane.



Autodestruction.



Il perçoit le vide.



Une route vers un naufrage délibéré.



Roth

Notre nom est consigné dans les annales disparues de l’ex armée austro-hongroise.

J’avoue que j’en suis fier, précisément pour la raison que ces annales ont disparu.



Perdu

Disparu

Oublié



Un imaginaire qui n’existe même plus dans les mots.

Même plus dans les annales poussiéreuses d’une armée dissoute.

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