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Julien Benda : "La Trahison des Clercs"



O13920 Julien Benda : "La Trahison des Clercs"

"La Trahison des Clercs"

Julien Benda

Dictionnaire des Œuvres



1867-1956.



Le livre déchaîna de violentes polémiques.



Il aborde la question des rapports de la politique avec la vie de l'esprit.



Clerc

Tout homme qui ne se fixe point comme but immédiat un résultat pratique, qui garde le culte de l'art et de la pensée pure, qui met son bonheur dans une jouissance d'abord spirituelle.

Disant en quelque manière : <>.



Depuis plus de 2 000 ans, une suite ininterrompue de philosophes, de religieux, de littérateurs, d'artistes, de savants, dont le mouvement est une opposition formelle au réalisme des multitudes.



Le clerc est une sorte de solitaire.

Lorsqu'il exerce son magistère, il se dégage des passions qui animent la foule, amour familial, racial, patriotique, passion de classe :

Il est le champion de l'éternel, de la vérité universelle.

Il ne doit accepter pour elle aucun compromis.

Il est le témoin de l'Esprit, et peu lui importe que son témoignage soit inactuel ou inefficace.



A travers l'histoire, s'avance la noble théorie des clercs dignes de ce nom :

Platon, saint Thomas, Vinci, Malebranche, Spinoza et surtout Socrate, parfait modèle de clerc.



Le clerc, en effet, par sa seule présence, est un facteur de trouble dans l'Etat.

Sa mission est de protester contre tous les abaissements spirituels, même s'ils sont demandés au nom de la patrie.

Tel nous apparaît le bon ordre des choses : le clerc, fidèle à son essence, flétrit le réalisme des Etats.

Sur quoi ceux-ci, non moins fidèles à la leur, lui font boire la ciguë…



Mais il n'en est plus ainsi.

Les clercs modernes, mus soit par le désir de l'argent, soit par la volonté de puissance, soit par un sensualisme romantique, ont cessé de mettre au sommet des hiérarchies spirituelles les valeurs désintéressées.

Comme la foule, ils ne reconnaissent plus que les valeurs pratiques.

Il sont devenus des agents du temporel.



De tout temps, il y a eu des clercs infidèles à leur mission, serviles en face des puissance de ce monde.



Mais ce n'est point la faute particulière qui irrite Benda :

C'est une tendance générale de l'intelligence contemporaine.



La trahison des clercs est toute spirituelle :

Elle consiste bien moins à s'engager dans une action politique, qu'à prétendre qu'il est juste que l'intelligence soit tout ordonnée à des triomphes immédiats et terrestres.



A l'appui de son argumentation, Benda a rassemblé un grand nombre de textes d'écrivains modernes.

Péguy

Maurras

Barrès

Chez eux, la passion patriotique détermine évidemment les jugements intellectuels.


La plus grande part de responsabilité ?

L'Allemagne.



L'Allemagne est celle qui a introduit en Europe la religion de l'âme nationale, de la race, le culte de la force, l'apologie de la guerre, les philosophies nationalistes de l'histoire.



La trahison des clercs se rattache à la crise de sensibilité que traverse l'Europe depuis 200 ans.

C'est une maladie romantique, une conséquence des préférences données à la sensibilité sur la raison, au visible sur l'invisible, au charnel sur le spirituel.



La thèse de Benda, poussée à l'extrême, aboutit à une séparation radicale entre le domaine de la vie et celui de la pensée.

Avec la négation de toute influence possible de celui-ci sur celui-là.



C'est une tentation constante pour l'auteur.



Cependant, le clerc idéal, tel qu'il l'imagine, n'est nullement indifférent à la vie commune.

Il a le droit de s'y engager, précisément en tant que clerc.

C'est ce que firent Voltaire pour Calas, Zola pour Dreyfus.

Ils ne trahissaient pas.

Ils étaient les officiants de la justice abstraite, et ne se souillaient d'aucune passion pour un objet terrestre.



Benda envisage un engagement politique A GAUCHE, au nom de la justice sociale.



Le livre met en cause trop d'écrivains contemporains pour n'être pas un pamphlet.



Il pose très nettement le problème de toute l'intelligence du 19 ème siècle et de l'influence d'une doctrine philosophique comme le pragmatisme.



Livre inactuel.



Il ne se fait aucune illusion.



Une protestation qui est faite au nom du vieil intellectualisme grec et classique.



Le livre s'insère dans un courant d'esprit très répandu après la Première guerre mondiale, qu'avaient illustré les théories du dégagement de Gide, de la démobilisation de la littérature de Jacques Rivière.



Il ne tient pas compte de la transformation radicale de la société moderne depuis la Révolution, qui a provoqué une pression des exigences politiques et économiques sur la personnalité tout entière qu'ignoraient les siècles précédents.

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