O13869
Jan Assmann : "Violence et monothéisme"



O13869 Jan Assmann : "Violence et monotheisme"

"Violence et monothéisme"

Jan Assmann

Bayard

2009



La religion et la violence semblent s’opposer.

Du moins, c’est ainsi que nous aimons l’imaginer.



René Girard

La religion, le contraire de la violence.

Fin de la violence.



LA VIOLENCE ET LE SACRE.



Prétendu retour à la religion

Mouvements religieux en Occident et surtout en Orient.

N’a pas amené plus de pacification.

Mais au contraire un accroissement terrible de violence et de conflit sur la terre.

La religion est devenue le carburant le plus efficace de la violence politique.



Histoire du christianisme et de l’islam

Pas d’idéal de la religion comme fin de la violence.



Girard vante le christianisme, comme dépassement définitif de la violence.

Mais il a laissé une traînée de sang particulièrement large dans l’histoire, avec ses croisades, ses guerres de religion, ses persécutions de sorcières et d’hérétiques, ses pogroms contre les juifs, la destruction des cultures "païennes" indigènes, et les massacres de tous ceux qui confessaient une autre foi.



Alliance de la foi et de la violence, depuis l’Ancien Testament.



Alliance entre les deux.

Légitimation des actes de violence dans l’histoire.



Manque de précision dans le débat entre religion et violence.



Désamorcer des textes qui, entre les mains de fondamentalistes, peuvent à tout moment mettre le feu aux poudres.

Au lieu d’être la servante de la politique, la religion gagnerait à s’appréhender comme un contre-pouvoir face à la politique.



Monothéisme biblique :

Une frontière entre la domination et le salut.

Entre la puissance politique et la puissance divine.

Déposséder les chefs mondains du salut.

Et les chefs religieux de la violence.

Cette impulsion est inscrite dans le christianisme.

Mais jamais réalisée.

C’est elle qu’il s’agit de mettre en œuvre aujourd’hui de façon conséquente.



PLAN



Critique de la violence religieuse



La sémantique de la rupture



Traumatisme et refoulement

Le diagnostic freudien du monothéisme



Là où il y avait des dieux, il doit advenir Dieu



Genèse de la violence iconoclaste



Loi et violence



Le langage de la violence et son origine politique



Du langage à l’exercice de la violence



L’Ecriture accomplie



Révélation et violence



Oswald Spengler

Précurseur de Samuel Huntington.

Il a divisé le monde en huit cultures.

Et a défendu la thèse d’une impossibilité de traduction entre ces cultures totalement opposées.



Dans cette théorie, les cultures sont des monades sans portes ni fenêtres, closes les unes par rapport aux autres.



Les cultures rendent les hommes plus différents qu’ils le sont par nature.



Erik K. Ericson

Pseudo-spéciation

Elle naît des groupes parmi l’espèce "homme" qui s’opposent comme des étrangers parce qu’ils parlent des langues différentes, mutuellement inintelligibles.

Se distinguent par des ornements, des peintures corporelles, des manières de se mouvoir ou plus généralement par des coutumes.



LA SEMANTIQUE DE LA RUPTURE



"Natura non facit saltus."

La nature ne fait pas de sauts.

Credo de Charles Darwin.

Attribué à Leibniz.

Il vient de Maïmonide.



TRAUMATISME ET REFOULEMENT

LE DIAGNOSTIC FREUDIEN DU MONOTHEISME



L’HOMME MOISE ET LE MONOTHEISME



Freud a associé les thèmes du monothéisme à la violence.



Mais ce qui l’intéressait, c’était au contraire la violence qui est opposée au monothéisme.



Il a travaillé à ce livre les cinq dernières années de sa vie.



Il suit la présentation biblique.



Il place le monothéisme au commencement absolu.



Il disparaît pour plus de 600 ans.

Réapparaît avec les prophètes, à la fin du 8 ème siècle.



Lettre à Lou Andreas Salomé

6 janvier 1935

Le Juif est une création de l’homme Moïse.

C’était un Egyptien distingué, haut dignitaire, prêtre, peut-être prince de la dynastie royale.

Un ardent partisan de la croyance monothéiste, dont le pharaon Amenhotep IV avait en 1350 fait une religion d’Etat.

A la mort du pharaon, cette nouvelle religion s’effondra.

La 17 ème dynastie s’éteignit.

Moïse perd tout espoir.

Il décide de quitter son pays natal.

De se procurer un nouveau peuple qu’il instruirait dans la magnifique religion de son maître.

Il alla jusqu’à condescendre à se fixer dans une tribu sémite, venue dans le pays en même temps que les Hyksos.

Il se mit à leur tête.

Leur fit quitter le servage pour la liberté.

Les dota d’une religion, celle d’Aton spiritualisée.

Introduisit la circoncision comme consécration et moyen de se reconnaître.

Elle était de coutume chez les Egyptiens, et le devint chez eux.

Yahvé, leur dieu, les avait choisis comme son peuple d’élection.

Cela se réalisa, mot pour mot, avec Moïse.

Avec cette élection et le don de la nouvelle religion, il avait créé le Juif.

Le Juif supporta aussi mal qu’autrefois l’Egyptien la croyance et les exigences de la religion d’Aton.

Sellin, savant chrétien : Il a été abattu quelques décennies plus tard au cours d’un soulèvement populaire, et sa religion rejetée.

Union avec Midian.

Adoration d’un dieu du genre Vulcain résidant sur le mont Sinaï.



Moïse n’avait jamais entendu parler de Yahvé.



Yahvé :

Le dieu plus ancien se tenait toujours derrière lui.


Yahvé devint l’image même du dieu de Moïse.



La religion de Moïse avait fini par s’imposer sous forme d’une tradition à demi éteinte.


Les religions doivent leur puissance contraignante au RETOUR DU REFOULE.

Ce sont des réminiscences de processus archaïques disparus, de l’histoire de l’humanité.

J’ai dit cela dans TOTEM ET TABOU.



Ce qui rend la religion forte, ce n’est pas sa vérité REELLE, mais bien l’HISTORIQUE.


Freud ne parle pas de l’origine de l’antisémitisme.



Et cette religion a-t-elle été exemplaire pour la formation des religions dans l’absolu ?



La "force de contrainte" est-elle propre à toutes les religions ?

Ou bien est-elle la marque distinctive de la religion monothéiste ?



Une réaction contre la religion monothéiste.



Relation avec l’ambivalence de la relation au père.



Haine meurtrière du père.



Sentiment de culpabilité né de cette hostilité.



Très grande place, dans le monothéisme, de la haine, de la rébellion, de la résistance et du manque de confiance.



Haine et péché s’impliquent mutuellement.


Dans le monothéisme, le souvenir du père primitif de la horde, assassiné puis divinisé sous forme de totem.



Forme sublimée :

Exigence d’une obéissance et d’un amour inconditionnel.



La circoncision ?

Castration originelle.

Terrassement de la pensée logique.



Une névrose collective de contrainte.



Obligation d’adorer un Dieu que l’on ne peut voir.



LA OU IL Y AVAIT DES DIEUX DOIT ADVENIR DIEU.

GENESE DE LA VIOLENCE ICONOCLASTE.



Les idoles

Partout, pêle-mêle, sang et meurtre, vol et fourberie, corruption, déloyauté, trouble, parjure, confusion des gens de bien, oubli des bienfaits, souillure des âmes, crimes contre nature, désordres dans le mariage, adultère et débauche.

Le culte des idoles est le commencement, la cause et le terme de tout mal.



Une diffamation grotesque des autres religions, rejetées dans le paganisme.

Le paganisme cesse désormais d’être une autre forme de religion.

Il est devenu l’irréligion, l’absence de dieu, œuvre du diable, une maladie, une passion.

Un péché.

C’est une sorte de guerre d’extermination que l’on même ainsi.

Et c’est le christianisme qui l’a gagnée.



LOI ET VIOLENCE



LE LANGAGE DE LA VIOLENCE ET SON ORIGINE POLITIQUE



Je livrerai entre vos mains les habitants du pays, et tu les chasseras devant toi.

Tu ne feras pas d’alliance avec eux, ni avec leurs dieux.

Ils n’habiteront pas ton pays, de peur qu’ils ne te fassent pécher contre moi, car tu servirais leurs dieux et ce serait pour toi un piège.

Vous abolirez tous les lieux où les peuples que vous dépossédez auront servi leurs dieux, sur les hautes montagnes, sur les collines, sous tout arbre verdoyant.

Vous démolirez leurs autels, briserez leurs stèles.

Leurs pieux sacrés, vous les brûlerez.

Les images sculptées de leurs dieux, vous les abattrez.

Et vous abolirez leur nom en ce lieu.



En clair :

Tu dois exterminer le païen qui est en toi.



DU LANGAGE A L’EXERCICE DE LA VIOLENCE :

L’ECRITURE ACCOMPLIE.



Juda Maccabée a placé son mouvement de résistance sous le signe du droit de la guerre deutéronomique.



REVELATION ET VIOLENCE



Othmar Keel

Concept de "monothéisme immature".

Le monothéisme biblique n’est pas un monothéisme véritable.

Les autres dieux ?

Ils existent.

Le monothéisme s’y oppose, comme une contre-religion.



Sentiment d’une différence.

Etant un peuple qui habite à part.

Qui n’est pas rangé parmi les nations.

Une fidélité à Yahvé, le Dieu vrai parmi tous les dieux.



Au contraire, le christianisme et l’islam considèrent leur Dieu comme absolument unique.



Ils sont destinataires de l’appel.

De la soumission.



Ma thèse :

Le motif de la violence de cette tradition s’explique par la force antagoniste de la "distinction mosaïque" entre la religion vraie et la religion fausse.

Une rupture radicale.

Une "conversion" nécessaire.

Elle l’exige des hommes.



C’est le contraire d’une forme d’évolution.

Il s’agit, non d’une évolution, mais d’une rupture.

Le code narratif pour cette irruption de l’extérieur est la révélation.



L’enjeu de la religion de l’Ancien Testament est-il vraiment la distinction du vrai et du faux ?

S’agit-il d’une religion de la révélation ?



Moses Mendelssohn

Jérusalem

1783

A ses yeux, le judaïsme n’est pas une religion de révélation.

Les Israélites ont une législation divine.

Mais non une doctrine des vérités salvifiques.

Ni d’axiomes raisonnables universels.

Révélation par la NATURE et par les CHOSES, mais jamais par la PAROLE et les SIGNES ECRITS.

Distinction entre les dogmes et les règles de vie.

Les dogmes se rapportent à des vérités éternelles.

Ils sont révélas à tous les hommes dans la création.

Ils sont déchiffrables par la raison que le créateur a donnée aux hommes.

Ils ne sont pas affaire de foi.

Confiés à la tradition orale, vivante.



Notre questionnement généalogique sur les origines de la violence religieuse nous a ramenés vers la sphère politique, c’est-à-dire vers la violence de L'Etat et du droit.

La violence religieuse n’est pas enracinée dans la nature de la chose.

Elle est même une contradiction.

Il est temps de tirer une ligne de démarcation claire entre les concepts de RELIGION et de VIOLENCE.

La violence relève du champ de la politique, et non de la religion.

Une religion qui s’empare de la violence reste figée dans le domaine du politique, et manque sa véritable fonction dans le monde.



L’enjeu est donc de dépolitiser radicalement les religions monothéistes, qui sont elles-mêmes nées à partir de l’esprit de la politique et de la législation.

Et d’autre part d’opposer à l’ordre du politique, qui n’est pas pensable sans violence, un autre type d’ordre dont la puissance reposerait sur la non-violence.



Ce n’est qu’à ce moment-là que l’impulsion originale du monothéisme sera accomplie.

A savoir de libérer les hommes de la toute-puissance du cosmos, de L'Etat, de la société ou de quelque autre système à prétention totalitaire.

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