H6525
Des prédictions erronées



H6525 Des predictions erronees

Des prédictions erronées.



Wikipédia



Avant 1940



« Racine passera comme le café » (citation apocryphe de la marquise de Sévigné selon laquelle le café ne représentait qu'une mode passagère, et que le travail de Racine ne résisterait pas au jugement des siècles1).
« La chimie est sur le point d'être achevée », Marcellin Berthelot, XIXe siècle. Berthelot faisait allusion à l'achèvement du tableau périodique des éléments et à la loi d'action de masse. Il faut sans doute entendre sa phrase dans le sens où l'on dirait : « La machine et le papier sont là, on peut maintenant écrire ».
« La réalisation d'une machine volante plus lourde que l'air est impossible ». Citation fausse attribuée à Lord Kelvin, président de la Royal Society en 1895, mais inventée de toute pièce, la plus vieille apparition de cette citation datant de 19812 dans un livre de Chris Morgan3. Lord Kelvin soupçonna initialement tout de même les rayons X d'être un canular. Par ailleurs, sur un modèle supposant la chaleur du soleil produite par la compression des matières le composant sous l'effet de sa gravité, il annonça que ce modèle lui laissait moins d'une décennie de vie encore possible.
Le New York Times publia le 9 octobre 1903, deux jours après l'échec d'une machine volante de Langley et Manly, un éditorial : Flying machines do not fly4 raillant les efforts humains pour reproduire en quelques années le processus du vol que la nature avait mis des millions d'années à établir5. 4 mois plus tard avait lieu le vol des Frères Wright.
« Tout ce qui peut être inventé l'a été ». Attribué à Charles H. Duell, Bureau fédéral des brevets, USA, 1899. Le bureau américain des brevets conteste que cette phrase ait été prononcée par Duell, et fait état d'une confusion probable avec le rapport (confirmé) d'un autre commissaire, Henry Ellsworth6, au Congrès en 1843 : « Advancement of the arts, from year to year, taxes our credulity and seems to presage the arrival of that period when human improvement must end ». La qualité médiocre des nombreux brevets déposés à l'époque (dont chasse d'eau aseptisante par électrolyse et allume-bougie électrique7) pouvait inciter à croire qu'on n'arriverait décidément plus à inventer de choses sérieuses.
« Les aéroplanes sont des jouets scientifiques intéressants, mais ne présentent pas de valeur militaire ». Maréchal Ferdinand Foch, 1911. Abattant à eux trois 173 appareils ennemis observant ou menaçant les lignes françaises, Fonck, Guynemer et Nungesser se chargeront de lui prouver son erreur. Côté adverse, le Baron rouge aussi.
« J'ai tout examiné et tout pesé ; c'est la conscience tranquille que je m'engage sur le chemin que m'indique mon devoir ». L'empereur François-Joseph Ierd'Autriche, à propos de la déclaration de guerre faite à la Serbie, entraînant le monde dans la Première Guerre mondiale : 18,6 millions de morts et la fin de trois empires dont l'empire austro-hongrois.
« Croyez-moi, l'Allemagne est financièrement incapable de faire face à une guerre ». David Lloyd George, ancien Premier ministre britannique, 1er août 1934. La phrase était parfaitement exacte au moment où elle a été prononcée, mais le monde des années 1930 changeait très, très vite.
« La télévision n'aura de succès que pendant six mois. Le public se lassera vite de regarder passivement un meuble en bois tous les soirs ». Darryl Zanuck, directeur de la Twentieth Century Fox. La Twentieth Television Fox possède en 2006 35 stations couvrant 26 créneaux et comptant environ 45 % de parts de marché aux États-Unis.
« Quoi qu'il arrive, la route du pouvoir est fermée devant Hitler » (Léon Blum dans Le Populaire, 02/08/1932), « Hitler est désormais exclu du pouvoir : il est même exclu, si je puis dire, de l'espérance même du pouvoir » (Léon Blum dans Le Populaire, 08/11/1932) Hitler arrive au pouvoir le 30/01/1933.
« Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », Paul Reynaud, 1939. Interrogé après la fin de la guerre sur cette phrase, Paul Reynaud affirma avoir toujours eu en tête qu'il s'agirait d'une guerre mondiale, continuation de la première.
« La bourse a atteint ce qui apparaît comme un haut plateau permanent ». Irving Fisher, professeur d'économie, Université Yale, 17 octobre 1929 ! Plusieurs actions valant 300 dollars en 1929 en vaudront 30 en 1931 et... 3 en 1933. La bourse de New York ne retrouvera en fait son niveau de 1929 qu'en 1956.



Après 1940




Dans l'informatique




« Je pense qu'il y a un marché mondial pour quelque chose comme cinq ordinateurs. » Thomas Watson, président d'IBM, 1943 (voir cependant les précautions oratoires ci-dessus, qui peuvent peu ou prou s'appliquer dans les affirmations péremptoires ci-dessous).
« Avant dix ans, un ordinateur sera champion du monde d'échecs » (Herbert Simon, 1960, encouragé par la réussite de son programme de dames à auto-apprentissage ; c'est en 1997 seulement que le programme Deep Blue gagne un tournoi contre Garry Kasparov, mais sans avoir laissé celui-ci accéder à un corpus de parties jouées par le premier, contrairement aux conditions des championnats normaux8. Kasparov fut cependant par la suite battu dans les conditions des tournois par les programmes Fritz et Deeper Blue et le reconnut)9.
« Un particulier n'a aucune raison d'avoir un ordinateur chez lui ». Ken Olsen, président de la société DEC, 1977. Ce qui était exact à l'époque, les logiciels utilisables par le grand public étant alors quasi inexistants. Ironie de l'histoire, DEC fut quelque temps plus tard rachetée... par la société Compaq, fabriquant essentiellement des PC.
« 640 ko devraient pouvoir suffire à tout un chacun ». Attribué à Bill Gates, lors de l'annonce du PC et de PC-DOS. En 1981, en effet, une mémoire de 128 ko était déjà considérée comme quelque chose d'énorme pour un micro-ordinateur, la plupart se contentant avec bonheur de 32 ko, taille jugée « très confortable ». Le premier Macintosh sera en 1984 la première machine à disposer de 128 ko en standard (plus 64 ko de ROM bourrés de sous-programmes utiles) ; malgré cela, on verra dans la presse des protestations selon lesquelles la machine est inutilisable professionnellement avec aussi peu de mémoire. Cependant Bill Gates nie avoir effectué cette déclaration, qui ne serait qu'interprétation de journalistes10.
« La vérité est qu'aucune base de données en ligne ne remplacera votre journal quotidien, aucun CD-ROM ne remplacera un professeur compétent, et qu'aucun réseau informatique ne changera le fonctionnement d'un gouvernement... » En 1995, l'astronome américain Clifford Stoll met en doute dans son livre Silicon snake oil la possibilité qu'Internet puisse un jour atteindre le grand public, entre autres à cause de l'absence d'un moteur de recherche fiable capable de trier les données. De plus « même si un jour nous arrivions à trouver un moyen de payer en ligne sécurisé, il manquera toujours au e-commerce un élément essentiel : la présence humaine d'un vendeur ».
En 1994, Gérard Théry, Alain Bonnafé et Michel Guieysse remettent au Premier ministre de l'époque, Édouard Balladur, leur rapport sur les autoroutes de l’information et le rôle possible qu'y jouerait Internet. De celui-ci est dit : « son mode de fonctionnement coopératif n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux » ; son « inaptitude à offrir des services de qualité en temps réel de voix ou d’images » est critiquée, et vient la conclusion : « Ce réseau est donc mal adapté à la fourniture de services commerciaux »11.



... et le reste



« Retournez à Liverpool, M. Epstein, les groupes à guitares vont disparaître », Dick Rowe, de chez Decca, à Brian Epstein, manager des Beatles. Cette phrase lui valut le surnom de The man who turned down The Beatles (l'homme qui rejeta les Beatles). Il aurait ajouté que le groupe n'avait pas d'avenir dans le spectacle12.
« Les groupes ne correspondent plus aujourd'hui à la demande du public », explications de Decca à Brian Epstein lors du rejet des Beatles13. Decca rattrapera partiellement son erreur en signant plus tard avec les Rolling Stones sous le label London.
« Pour la majorité de la population, l'usage du tabac a des effets bénéfiques »14. Dr Ian McDonald, chirurgien à Los Angeles, cité dans Newsweek le 18 novembre 1963.
« C'est vraiment avec confiance que j'envisage pour les douze prochains mois l'avenir de notre pays »15 (Charles de Gaulle, vœux à la nation, 31 décembre 1967). C'était l'année où devait aboutir son grand projet de participation, « un ordre social nouveau, je veux dire vers la participation directe des travailleurs au résultat, au capital et aux responsabilités de nos entreprises françaises ». En fin de compte, troubles sociaux aidant, la réforme sera dégradée en simples augmentations salariales classiques assorties de commissions paritaires, assez éloignées du projet initial.
« La France s'ennuie ». Pierre Viansson-Ponté, éditorial dans Le Monde daté du 15 mars 1968. Sept jours plus tard exactement, le 22 mars, va démarrer à Nanterre ce qui va devenir en quelques mois l'animation culturelle de l'année, voire de la décennie.
« Je serai présent au second tour. J'en suis intimement convaincu ». Jacques Chirac, campagne de l'élection présidentielle de 1981. Il est difficile de savoir si l'auteur des propos y croyait réellement lui-même ; dans le cas contraire, de toute façon, il n'aurait pas été habile d'en faire état au risque de démoraliser ses troupes.
« J'ai une imagination normale, mais tempérée par la raison (...) Cela me paraît assez peu vraisemblable (rire) ». Lionel Jospin, en réponse à une question16évoquant le fait qu'il puisse être éliminé au premier tour de la présidentielle de 2002.



Apocryphes



« La révolution n'est pas pour demain » : titre allégué d'un article de la revue Esprit en avril 1968. En réalité, ce titre d'article se trouve dans un pastiche de cette revue en forme de fac-similé, daté en effet d'avril 1968, et imaginé par l'équipe du magazine Actuel bien des années plus tard.



Littéraire



Sur la qualification d'« immortels » des académiciens, Edmond Rostand s'est montré féroce dans son Cyrano (acte I, scène II) :
LE JEUNE HOMME (à son père) :
L'Académie est là ?
LE BOURGEOIS :
Mais... j'en vois plus d'un membre ;
Voici Boudu17, Boissat, et Cureau de la Chambre;
Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon18, Arbaud...
Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c'est beau !

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